C’est une exposition d’été qui se glisse avec justesse sous le miroir d’eau de la Fondation Carmignac, à travers lequel filtre la lumière du soleil. Son propos n’est pas historique. Ici, le pop est prétexte à livrer des visions du monde. « Sea, Pop and Sun nous invite à réfléchir à la liberté, non pas comme une condition fixe, mais comme une pratique en cours », soulignent les commissaires Anna Karina Hofbauer et Dieter Buchhart. Le parcours offre une vision libertarienne du pop art, mise au présent par des œuvres d’artistes contemporains. Elle s’appuie sur la collection réunie par Édouard Carmignac, depuis ses années de jeunesse à New York, dont il raconte les soirées passées à la Factory d’Andy Warhol, « à l’époque où il était interdit d’interdire », explique-t-il volontiers. Et l’exposition est joyeuse. Chaque chapitre porte le titre d’une chanson que l’on entend dans les différentes salles : « Lucy in the Sky with Diamonds » (The Beatles), « California Dreamin’ » (The Mamas & The Papas), « (Sittin’ On) The Dock of the Bay » (Otis Redding).
Des paysages pop
Alors il faut se laisser porter au gré de belles œuvres, par exemple Ice Cream 1 (1964), une toile d’Evelyne Axell : une femme en train de manger une glace à la fraise, ouvertement provocante. De nombreuses peintures de cette artiste engagée sont exposées – son travail est redécouvert depuis quelques années, comme celui de Marjorie Strider ou de Kiki Kogelnik également présentes. L’Acrobat (2003-2009) de Jeff Koons se livre à une danse endiablée et stridente. Une malice érotique émane de la baigneuse au soleil dont Tom Wesselmann a fragmenté le corps, cadrant sa peinture sur son visage réjoui et sur ses doigts de pieds.
Mais le pop art – et ses éblouissants couchers de soleil dont Roy Lichtenstein et Andy Warhol ont donné des visions lumineuses – est aussi inquiet, ambivalent. Parfois mortifère. Le merveilleux petit coucher de lune de Roy Lichtenstein en témoigne. Les salles de l’exposition tournoient autour d’une sculpture monumentale en sable de Théo Mercier, image triste d’un paysage de plage bétonnée. Les nageurs de Joan Brown semblent à la fois morts et vifs.Parmi les contemporains, Kasper Sonne montre un panorama californien encadré de palmiers particulièrement réussi, proche des compositions de Peter Doig. Lost in Hollywood (2023) l’a-t-il mélancoliquement intitulé.
Un récit se dessine, des années 1960 à aujourd’hui, jalonné par des œuvres de Martha Rosler, de Sylvie Fleury et de Tschabalala Self, des luttes féministes à la défense des représentations des corps noirs. Tout au long de l’exposition, Martial Raysse est très présent, comme il l’est dans la collection, avec ses pin-up dont les couleurs pop portent aussi leur noirceur. L’accrochage s’achève d’ailleurs sur l’une de ses œuvres, le visage en fragments d’une femme magnifique : Faire et défaire Pénélope That's the Rule (1966).
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« Sea, Pop & Sun », 25 avril- 1er novembre 2026, Villa Carmignac, piste de la Courtade, île de Porquerolles, 83400 Hyères.



