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Retour aux sources pour le musée Gulbenkian à Lisbonne

Dans la capitale portugaise, l’institution privée a retrouvé tout son éclat et ses exceptionnelles collections, dans un environnement gagnant en transparences et en fluidité. Visite.

Alexandre Crochet
20 juillet 2026
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Calouste Gulbenkian Museum. © Pedro Pina

Calouste Gulbenkian Museum. © Pedro Pina

Le musée Gulbenkian est un cas d’école : une collection privée d’art ancien, classique, dans un écrin incarnant la modernité. Conçu par une équipe de jeunes architectes portugais, il est inauguré en 1969, à une époque faste pour l’architecture brutaliste, du musée national d’anthropologie de Mexico (1964) au Breuer Building à New York (1966). Un édifice que connaît bien le nouveau directeur du musée Gulbenkian, Xavier F. Salomon : il a supervisé, en tant que directeur adjoint et conservateur en chef de la Frick Collection, le transfert et l’installation des collections de la Frick dans ce bâtiment, rebaptisé Frick Madison, en 2021. Par ailleurs premier directeur du musée Gulbenkian doté d’un profil très international, il est donc familier du dialogue entre collections anciennes et architecture moderniste…

La réouverture au public de l’institution le 18 juillet 2026 coïncidait avec les 70 ans de la Fondation Gulbenkian. Cette structure fut créée en 1956 pour abriter de nombreuses activités philanthropiques selon le souhait testamentaire de l’homme d’affaires d’origine arménienne Calouste Gulbenkian, décédé un an plus tôt. Surnommé « Monsieur 5 % » en référence à ses parts dans la Turkish Petroleum Company et dans des champs de pétrole en Irak, et connu pour vouloir le meilleur en matière d’art, il a laissé à sa mort une fortune colossale… dont bénéficiera la fondation. Aujourd’hui, tant par ses activités que par le parcours des collectionneurs respectifs, celle-ci pourrait se comparer, toutes proportions gardées, au Getty Trust de Los Angeles…

Calouste Gulbenkian Museum, Diane par Jean-François Houdon. © Pedro Pina

Le bâtiment de béton n’a guère pris de rides, niché dans un parc luxuriant qui aurait plu à Calouste Gulbenkian, fervent amateur de beaux jardins, comme il le relate dans ses carnets de voyage au Moyen-Orient. Les salles du musée, elles, nécessitaient un sérieux lifting. L’objectif était « de revenir aux principes d’origine » de ce lieu emblématique des années 1960, explique l’architecte Teresa Nunes da Ponte. Ce chantier a été mené dans le temps très limité d’un an et demi, et dans les clous du budget fixé, à un peu moins de 8 millions d’euros, nous précise la fondation, qui chapeaute le musée. Soit en premier lieu remettre à l’honneur les matériaux omniprésents, en corrigeant les multiples modifications apportées au fil du temps. Soit nettoyer ou rendre à nouveau apparents les murs en granit, les sols en simili marbre portugais. Sur la quasi-totalité du parcours, les angles et les coins fermés ont été bannis, au profit de cloisons ouvertes, pour gagner en transparence et en fluidité. De même, les vastes baies vitrées ont été dégagées, offrant aux visiteurs un aperçu permanent de la généreuse végétation entourant le musée, donnant même l’impression d’être au cœur d'une ville au Brésil plutôt qu’à Lisbonne ! Une impression particulièrement prégnante dans la grande salle dévolue aux vases chinois, présentés dans de nouvelles vitrines impeccablement transparentes venues de Grèce. Les cartels, différents selon les huit départements des collections, ont été harmonisés. L’essentiel des informations, y compris sur Calouste Gulbenkian, n’est disponible que sur le site Internet du musée.

Calouste Gulbenkian Museum. © Pedro Pina

Parmi les temps forts du parcours figurent les salles des précieux tapis et textiles, d’Italie à la Perse, celles des tapisseries européennes brodées d’or et d’argent, aux provenances exceptionnelles, mais aussi l’argenterie et les services de table français du XVIIIe siècle – l’un des ensembles les plus importants au monde. Une salle entière est consacrée aux vedute signées Guardi.

Avisé et bien conseillé, Gulbenkian avait aussi profité de l’inespérée dispersion par les autorités soviétiques d’une partie des fabuleuses collections du musée de l’Ermitage, à Leningrad – aujourd’hui Saint-Pétersbourg. Il acquit notamment deux tableaux de Rembrandt et un de Rubens, provenant de la collection de Catherine II de Russie… Sans oublier, entre autres, la salle dédiée à Lalique, dont Gulbenkian fut le mécène et le plus grand collectionneur de bijoux.

Xavier F. Salomon a notamment imprimé sa marque aux grandes salles consacrées au mobilier du XVIIIe siècle, veillant à atténuer l’éclat des parquets afin qu’il ne rivalise pas avec la profusion des boiseries et des marqueteries des meubles les plus précieux, signés Riesener, Oeben ou Boulle. Une moquette les remplace, présente aussi dans les salles dédiées à la peinture et à la sculpture des XVIIIe et XIXe siècles, pour créer une atmosphère « plus intime et plus domestique », précise Xavier F. Salomon.

Une attention très importante a en outre été apportée à la lumière, notamment à travers la participation du Français Frédéric Ladonne, spécialiste de la conservation qui est intervenu entre autres au Centre de conservation du Louvre à Liévain (Pas-de-Calais) et tout récemment dans le cadre du prêt de la Tapisserie de Bayeux au British Museum à Londres. « Il s’agissait de restituer l’esprit de ce musée, en travaillant les ouvertures vers l’extérieur, en enlevant certaines doublures du plafond, en redirigeant les éclairages », confie-t-il. En plus des nombreux filtres du verre, pour limiter les effets inesthétiques des rayons du soleil, des arbres ont été plantés dans un patio pour filtrer la lumière sur la splendide statue en marbre de Diane par Jean-Antoine Houdon, qui a appartenu à Catherine II de Russie. À la nuit tombée, apparaît un effet imprévu : la sculpture semble surgir au milieu des arbustes, telle un fantôme venu de l’Antiquité, en pleine chasse. « Aujourd’hui, on aborde la lumière autrement en muséographie. Pour une ou deux œuvres très fragiles, il n’est plus forcément nécessaire de plonger toutes les salles dans la pénombre », explique Frédéric Ladonne. En définitive, un nouveau regard sur une collection exceptionnelle, désormais mieux mise en lumière.

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Musée Gulbenkian, Av. de Berna 45A, Lisbonne, Portugal, https://gulbenkian.pt/museu/en/

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