En 2004, le Conseil international des musées (ICOM) avait révisé en profondeur son Code de déontologie, adopté pour la première fois en 1986. Lors de sa 41e Assemblée générale ordinaire à l'UNESCO, à Paris, le 25 juin dernier, l’organisation a adopté à une large majorité une nouvelle version de ce texte qui définit le cadre éthique mondial de la profession dans un monde en transition.
Dans le prolongement de la définition du musée adoptée à Prague en 2022, cette refonte pilotée par le Comité permanent pour l’éthique de l’ICOM (ETHCOM) a mobilisé 114 comités nationaux et internationaux. Le vote marque l’aboutissement d’un processus initié en 2020.
« Un musée est une institution permanente, à but non lucratif et au service de la société, qui se consacre à la recherche, la collecte, la conservation, l’interprétation et l’exposition du patrimoine matériel et immatériel, rappelle l’ICOM. Ouvert au public, accessible et inclusif, il encourage la diversité et la durabilité. Les musées opèrent et communiquent de manière éthique et professionnelle, avec la participation de diverses communautés. Ils offrent à leurs publics des expériences variées d’éducation, de divertissement, de réflexion et de partage de connaissances. »
Ce nouveau Code de déontologie pour les musées comporte cinq principes fondamentaux destinés à guider leur action.
Le premier stipule que les musées sont au service de la société « en préservant et en interprétant le patrimoine matériel, immatériel et numérique ». « Accessibles et inclusifs, les musées collaborent avec une diversité de personnes et de communautés afin de prendre soin de leur passé, de leur présent et de leur futur, poursuit le texte. Grâce à la pluralité de leurs perspectives sur le patrimoine, les musées fonctionnent comme des espaces de dialogue ouverts, veillent au respect des droits humains, œuvrent pour la justice sociale et contribuent à la promotion de la paix. »
Le deuxième axe insiste sur le professionnalisme des équipes : « Afin de préserver la confiance que la société accorde aux musées, ces derniers doivent opérer et communiquer de manière éthique et conformément aux normes professionnelles. Cela induit des responsabilités pour l’équipe de direction du musée, pour les personnes redevables des actions menées dans sa gestion quotidienne et la mise en œuvre de son plan stratégique, et pour toutes celles et ceux qui travaillent dans un musée ou avec lui. »
L’éducation constitue le troisième pilier, définissant le musée comme un espace « d’expériences variées propices au partage de connaissances et à la réflexion ».
Le quatrième principe encadre la gestion des collections : « Les musées collectent, sauvegardent et présentent le patrimoine matériel, immatériel et numérique. Ils assurent la sécurité, la documentation et la conservation des collections dont ils ont la garde. Les musées conduisent des recherches et transmettent des connaissances au service de la société, tout en respectant la pluralité des points de vue et les droits des communautés dont ils conservent les collections ».
Enfin, le cinquième volet concerne la gouvernance des musées en tant qu’institutions permanentes à but non lucratif : « Les instances de gouvernance, chargées de l’orientation stratégique et de la gouvernance des musées, sont responsables de la pérennité de leur institution à long terme. Elles doivent garantir les ressources professionnelles, matérielles et financières nécessaires au maintien du musée et au service de la société ».
Cette nouvelle version du Code de déontologie pour les musées prend en compte les transformations du contexte pour redéfinir les règles de bonne conduite professionnelles. Initialement rédigé pour « définir des normes professionnelles minimales et encourager la reconnaissance des valeurs partagées par la communauté muséale mondiale », selon les termes de l’ICOM, le texte formule en outre des exigences afin de répondre aux préoccupations contemporaines.
Il incite ainsi les institutions à adopter des pratiques durables et écoresponsables ; à traiter la question des legs coloniaux en collaborant avec les pays d’origine pour la gestion, voire la restitution de biens culturels ; enfin, à mettre en place un usage responsable face à l’essor de l’intelligence artificielle, dans un univers de mutation numérique.
Dans son introduction, l’ICOM dresse le constat que « les musées sont confrontés à des défis géopolitiques, sociaux, économiques et climatiques majeurs, alors même que certaines pratiques et attitudes sociétales durablement établies font l’objet de remises en question ». Aussi l’organisation prend-elle soin de préciser que ce cadre universel est flexible compte tenu de la diversité des contextes financiers, juridiques et culturels des musées à l’échelle internationale.
« L’ICOM reconnaît que les ressources peuvent varier d’un musée à l’autre et que certaines institutions peuvent ne pas disposer des moyens nécessaires pour mettre en œuvre l’ensemble de ces principes, écrit le réseau muséal. Le présent Code énonce toutefois des normes communes auxquelles les professionnels de musée adhèrent, qu’ils partagent et qu’ils sont tenus de faire respecter. »




