Rouvrira, rouvrira pas ? La réinstallation du Palais de la découverte dans le Grand Palais a cristallisé les oppositions ces dernières années, allant jusqu’à une rupture et le débarquement sans ménagement, le 12 juin 2025, de Bruno Maquart, le président d’Universcience depuis 2015, qui a défendu jusqu’au bout la réouverture de ce haut lieu de la vulgarisation des sciences dans son lieu d’origine. Arrivée le 5 janvier 2026, sa remplaçante, Sylvie Retailleau, physicienne, ancienne présidente de l’université Paris-Saclay et ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a pourtant repris à son compte le projet de réinstallation, dont le principe a finalement été acté. Fermé depuis 2020, le Palais de la découverte doit rouvrir ses portes en mars 2027.
Après avoir été relevé de ses fonctions à la tête d’Universcience, Bruno Maquart a été nommé, un mois plus tard, conseiller maître à la Cour des comptes par décret du 16 juillet 2025, au titre du « hors tour », après avis de la commission d’intégration et proposition du premier président de la Cour. Ses observations dont nous rendons compte ici, relèvent toutefois de la procédure contradictoire et sont formulées en qualité d’ancien président d’Universcience, non au titre de ses nouvelles fonctions à la Cour.
Dans son rapport, la Cour des comptes estime qu’Universcience, établissement créé en 2010 par la réunion du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie, s’éloigne de sa vocation d’origine. Selon elle, la Cité aurait privilégié des approches sociétales, écologiques ou ludiques au détriment du lien avec l’industrie et les grandes mutations technologiques : cloud, réseaux sociaux, téléphonie mobile, satellites, objets connectés. La médiation humaine, centrale au Palais de la découverte, manquerait de complémentarité avec celle de la Cité. La Cour invite aussi à réexaminer des activités jugées périphériques : bibliothèque coûteuse, Cité des métiers assimilée à un service d’aide à l’emploi francilien, centre des congrès sous-exploité, aquarium vieillissant.
Elle pointe aussi une gouvernance fragile. Universcience, ni pleinement culturel ni strictement scientifique, ne serait prioritaire pour aucune de ses tutelles. Les contrats d’objectifs devraient mieux mesurer le rayonnement national et intégrer les moyens. Depuis la loi Fioraso de 2013, l’établissement a perdu son rôle de chef de file national, sans avoir assez repensé sa relation aux territoires. La Cour critique un partage des responsabilités déséquilibré en interne, entre le président et la directrice générale déléguée, ainsi qu’un organigramme trop lourd.
Le dossier immobilier concentre une autre série de critiques. Sur 221 390 m² d’emprise, seuls 42 000 m² sont muséographiques. La rénovation du Palais de la découverte, liée au Grand Palais, dépasse les 50 millions d’euros et reste entravée par des désaccords avec GrandPalaisRmn, concernant le partage des coûts. À La Villette, la rénovation de la Cité des sciences, évaluée en 2023 entre 1,3 et 1,6 milliard d’euros, se trouve dans une impasse financière. Une option plus « frugale », confiée à Lacaton & Vassal, pourrait diviser le coût par deux, mais doit encore être consolidée.
De plus, la Cour considère que la situation financière de l’établissement est critique. Le résultat net est passé de +4,1 millions d’euros en 2018 à -20,1 millions en 2024, sous l’effet d’un recul des produits (-7,1 %) et d’une hausse des charges (+10,4 %). Les recettes de billetterie restent inférieures de 31 % à 2019, tandis que la fréquentation a chuté de 37 %, conséquence aussi de la fermeture du Palais de la découverte. La trésorerie a fondu de 73,6 à 42,5 millions entre 2018 et 2024 ; le budget initial 2026 prévoit 1,1 million seulement en fin d’exercice, avec un possible besoin de 10 millions d’euros en début 2027. La Cour appelle donc à des mesures urgentes de redressement.
Le volet social est tout aussi sensible. La Cour relève une masse salariale en hausse de 13 % entre 2018 et 2024 et préconise de ne pas remplacer tous les départs. Elle pointe l’absence de contrôle du temps de travail pour près de 40 % des personnels, un absentéisme élevé, des médiateurs parfois limités à une ou deux médiations par jour, et un climat conflictuel.
La Cour formule enfin huit recommandations, dont le recentrage de l’offre sur les missions d’origine d’Universcience, la révision des statuts, la clarification de la gouvernance, la stabilisation des projets immobiliers et la réorganisation des systèmes d’information.
Dans ses observations, Bruno Maquart, président d’Universcience de 2015 à 2025, répond que l’analyse doit être replacée dans un contexte exceptionnel. Selon lui, l’établissement s’est adapté aux enjeux contemporains (esprit critique, durabilité, intelligence artificielle, climat) et a connu avant la crise du Covid-19 une dynamique record, avec près de 3 millions de visiteurs en 2019. La baisse ultérieure tiendrait à des crises exogènes : grèves, pandémie, inflation de 19,2 %, hausse de l’énergie de 31,5 %, fermeture du Palais de la découverte et rénovation de la Géode et de la Cité des enfants.
Il conteste surtout l’opposition entre ambition scientifique et grand public. Universcience, explique-t-il, travaille avec le CNRS et des comités scientifiques, renouvelle ses expositions permanentes et aborde le numérique, l’IA, la durabilité, la santé, les sciences de la nature et l’industrie, mais par des angles accessibles. Il juge réducteur de mesurer une exposition à sa seule fréquentation. Sur les territoires, il rappelle les effets de la loi Fioraso et met en avant Fab Lab à l’école, Science Actualités ou le Printemps de l’esprit critique. Sur l’immobilier, il défend la force des deux sites et la rénovation « frugale » de la Cité des sciences et de l’industrie avec le projet de Lacaton & Vassal. Enfin, il attribue la crise financière au désengagement réel de l’État, évalué à plus de 21 %, tout en soulignant que les charges ont baissé en euros constants.
« Pour conclure, écrit Bruno Maquart, il est permis de penser que les réouvertures de la Cité des enfants en 2026 et du Palais de la découverte en 2027 permettront à l’établissement de rétablir sa situation financière et de revenir à meilleure fortune ».



