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La collection de Joe Lewis bat des records à Londres

Dans un contexte de lutte du marché contre le Brexit et de compétition avec d’autres places de marché, la vente a totalisé 296,3 millions de livres chez Sotheby's cette semaine, soit la collection la plus chère jamais vendue au Royaume-Uni.

Anny Shaw
26 juin 2026
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Oliver Barker vendant les chef-d'oeuvres de la collection Lewis chez Sotheby's le 24 juin. © Rayan Bamhayan. Courtesy Sotheby's

Oliver Barker vendant les chef-d'oeuvres de la collection Lewis chez Sotheby's le 24 juin. © Rayan Bamhayan. Courtesy Sotheby's

Londres a passé une grande partie de l’année dernière à voir New York dominer le marché des ventes aux enchères grâce à une succession de collections exceptionnelles. Mercredi soir, 24 juin, cependant, la capitale britannique a rappelé à tous son pouvoir d’attraction.

La vente organisée par Sotheby’s des œuvres issues de la collection de Joe Lewis, financier milliardaire et ancien propriétaire du club de football de Tottenham Hotspur, a rapporté 249,3 millions de livres sterling, soit 296,3 millions de livres sterling frais compris (343 millions d’euros), soit la collection d’un seul propriétaire la plus chère jamais vendue au Royaume-Uni, et l’un des meilleurs résultats aux enchères à l’échelle mondiale cette année.

Ce montant total a presque triplé le précédent record britannique de 101 millions de livres sterling, établi par la collection de Pauline Karpidas en septembre 2025, et a constitué une lueur d’espoir bienvenue pour un marché londonien qui peine à se défaire des inquiétudes liées au Brexit, à la fiscalité et à la concurrence de New York, Hong Kong et même Paris.

Gustav Klimt, Bildnis Gertrud Loew (Gertha Felsőványi, 1902). Courtesy de Sotheby’s

Constituée pendant près d’un demi-siècle par Lewis et sa fille Vivienne, la collection offrait un panorama exceptionnel du modernisme européen et de la peinture figurative d’après-guerre, regroupant des artistes allant de Gustav Klimt, Egon Schiele et Amedeo Modigliani à Pablo Picasso et Lucian Freud. Estimée entre 150 et 200 millions de livres sterling (hors frais), la vente a largement dépassé les attentes, même si le rythme souvent lent et réfléchi des enchères a suggéré que même les collectionneurs les plus fortunés du marché restent sélectifs aux niveaux de prix les plus élevés. À la demande de la famille Lewis, aucune des œuvres n’était garantie, ce qui a ajouté un élément d’incertitude quant au déroulement de la vente.

Cette vente a également souligné l’importance persistante des acheteurs asiatiques sur le segment haut de gamme du marché de l’art. Selon Sotheby’s, les collectionneurs de cette région ont enchéri sur la moitié des 25 lots proposés, pour environ un tiers du montant total de la vente. Plusieurs des œuvres les plus chères de la soirée ont été remportées par des enchérisseurs représentés par Wendy Lin, présidente de la branche asiatique de la maison de ventes, notamment Bildnis Gertrud Loew (Gertha Felsőványi), de 1902 par Klimt, vendu pour 31 millions de livres sterling (36, millions de livres sterling, frais compris), alors que son estimation se situait entre 20 et 30 millions de livres sterling.

« Dans l’ensemble, la soirée d’hier était assez exceptionnelle », déclare Clare Keiller, directrice de la recherche au sein du cabinet londonien de conseil en art Beaumont Nathan. « Nous assistons à un retour du public dans les salles de vente londoniennes. Les enchères asiatiques sont de retour – nous l’avons également constaté à New York [en mai] – et cela a fait toute la différence. »

Malgré un total élevé, le déroulement des enchères a révélé une réalité plus nuancée, avec un rythme qui semblait plus mesuré que frénétique. La vente, initialement prévue pour durer une heure, s’est prolongée pendant près de deux heures, les deux premiers lots ayant à eux seuls pris près de 20 minutes.

Néanmoins, certains chiffres sont incontestables. Le premier lot, un portrait de Paul Hugot par Gustave Caillebotte, a largement dépassé son estimation de 3,5 à 4,5 millions de livres sterling pour être adjugé à 8,5 millions de livres sterling (10,3 millions de livres sterling, frais compris). Une vive surenchère a fait grimper le deuxième lot, La Belle promenade, de René Magritte, une œuvre sur papier qui a atteint 13,5 millions de livres sterling (16 millions de livres sterling, frais compris), pulvérisant les estimations de 3 à 4 millions de livres sterling. Une très belle culbute : l’œuvre avait été achetée chez Christie’s en 2014 pour 2,2 millions de livres sterling.

Plus de la moitié des œuvres se sont vendues au-delà de leurs estimations hautes. « Les estimations étaient dans l’ensemble assez bien calibrées, je ne pense pas qu’elles aient semblé exagérées », commente Clare Keiller. « Le marché restant assez sensible aux prix, cela fait vraiment la différence ». Par exemple, une appréciation judicieuse a permis de dégager un très léger rendement pour Baigneuses, sirènes, femme nue et minotaure (1937) de Picasso, que les Lewis avaient acquis chez Christie’s en 2020 pour 6,4 millions de livres sterling, frais compris. Estimé entre 3,5 et 4,5 millions de livres sterling, il s'est finalement vendu à 5,7 millions de livres sterling, soit 7 millions de livres sterling frais compris.

Une correction de prix encore plus importante a été enregistrée par Danaë, œuvre précoce (1909) d’Egon Schiele, peinte alors que l’artiste n’avait que 19 ans et qui est revenue aux enchères neuf ans après avoir été retirée d’une vente chez Sotheby’s à New York, alors avec une estimation comprise entre 30 et 40 millions de dollars. Cette fois-ci, les estimations ayant été revues à la baisse entre 12 et 18 millions de livres sterling, l’œuvre s’est vendue pour 15,2 millions de livres sterling (17,9 millions de livres sterling, frais compris) à l’issue d’une longue bataille entre Wendy Lin et Fahad Malloh, le directeur de la stratégie commerciale de la maison de ventes basé en Arabie saoudite, qui a finalement remporté l’enchère.

Amedeo Modigliani, Nu assis au collier, 1917. Courtesy Sotheby’s

Le prix le plus élevé de la vente a été atteint par le Nu assis au collier de Modigliani, datant de 1917, un tableau si scandaleux qu’il avait entraîné la fermeture d’une exposition lors de sa présentation à Paris l’année de sa réalisation. Lewis l’avait acheté en 1995 pour 12,4 millions de dollars. Le 24 juin, il est parti en une seule enchère à 41,5 millions de livres sterling (48,2 millions de livres sterling frais compris) à Simon Stock, spécialiste senior de Sotheby’s pour l’Europe et l’Asie, après avoir été estimé « au-delà » de 45 millions de livres sterling.

Un autre lot très attendu, Sleeping by the Lion Carpet (1995-1996) de Lucian Freud, décrit par le critique Martin Gayford comme « le meilleur tableau que Freud ait jamais peint » s’est vendu à son estimation basse de 25 millions de livres sterling, soit pour 29,3 millions de livres sterling frais compris.

Plutôt que de délaisser les catégories établies, les collectionneurs d’aujourd’hui semblent prêts à payer un supplément pour les œuvres les plus rares et les plus convoitées, à l’instar de Nymphéas (1907) de Claude Monet, vendu aussi le 24 juin en soirée, mais d'une autre provenance que la collection Lewis, pour 35 millions de livres sterling (40,8 millions de livres sterling, frais compris), devenant l’œuvre impressionniste la plus chère vendue aux enchères en Europe depuis plus d’une décennie.

Marché de l'artVente aux enchèresSotheby'sJoe Lewis
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