Basée à Zurich, la maison de ventes Koller a occupé pendant près de quarante ans un bureau un peu caché dans le palais de l’Athénée, à Genève. Depuis le 1er avril 2026, vous louez une belle arcade dans une artère passante de la Vieille-Ville. Qu’est-ce qui vous a décidés à déménager ?
Comme nous n’organisions plus de ventes à Genève, beaucoup de gens pensaient que nous avions disparu. Nous avions pourtant une adresse ici depuis toutes ces années, avec quatre ou cinq personnes employées en permanence. Nous avons donc voulu trouver un nouvel espace, en centre-ville, pour des raisons de visibilité, mais aussi pour avoir un lieu d’exposition digne de ce nom que nous pouvions coupler avec celui que nous occupons habituellement à l’hôtel Beau-Rivage. Depuis notre emménagement il y a deux mois, nous constatons déjà la différence : le public regarde et entre. Des clients que nous connaissions mais voyions peu viennent à présent nous saluer. Cela crée une tout autre dynamique et change notre manière de travailler.
Vous montrez à Genève les highlights (temps forts) de vos ventes zurichoises, mais n’y organisez plus de vacations depuis plusieurs années. Votre récente installation signifie-t-elle que vous les reprendrez ?
En théorie, nous ne programmerons pas d’enchères à Genève, à part peut-être des house sales. Nous l’avons fait en 2022 avec la dispersion du contenu de l’ancien hôtel particulier de la famille Fatio. Cela a attiré de nouveaux clients, mais aussi beaucoup de curieux. C’est quelque chose que nous aimerions développer, mais c’est délicat, car les Genevois sont discrets et laissent difficilement pénétrer le public dans leur intérieur ou celui de leurs parents. Au cours du temps, nous nous sommes beaucoup battus pour transformer la vente annuelle genevoise en deux cessions. Pour cela, il a fallu imaginer des thèmes (la photographie, le vin, le design) qui ont ensuite été repris à Zurich où notre espace est mieux adapté aux expositions et aux vacations, et où le système juridique cantonal est beaucoup plus favorable qu’à Genève. Et même si l’on peut organiser ici une vente avec quatre personnes, cela nécessite un back-office très lourd qui va de la comptabilité aux transports, en passant par les photographes et l’administration. Au-delà de l’effort, cela signifie aussi retirer des objets importants à Zurich. Nous ne disons pas que nous ne ferons plus jamais de ventes à Genève, il faut simplement qu’il y ait une opportunité suffisante pour justifier qu’elle se passe ici plutôt qu’à Zurich.
Vous avez Bonhams pour voisin, et Artcurial n’est pas loin. Quelle est aujourd’hui la place de Genève sur le marché des enchères, en dehors de l’horlogerie et de la joaillerie ?
Il y a quarante ans, le panorama était très différent. Il y avait l’hôtel des ventes (devenu Piguet – Hôtel de Ventes), Christie’s et Sotheby’s, qui travaillaient dans des bureaux plus petits. Bonhams et Artcurial n’étaient pas encore arrivés. Si ces maisons se sont agrandies ou se sont petit à petit installées à Genève, ce n’est pas forcément pour y organiser des ventes, mais c’est parce que la région compte énormément de collectionneurs, lesquels possèdent des pièces extraordinaires. Pour une maison importante, être présent à Genève, et plus généralement en Suisse romande, vaut la peine, car la communauté des acheteurs et des vendeurs y est très active.
Des maisons plus locales, comme Genève Enchères, Piguet – Hôtel de Ventes ou Dogny Auctions, à Lausanne, n’existaient pas non plus à cette époque. Les considérez-vous comme des concurrentes ?
La concurrence est toujours une bonne chose, cela signifie qu’il y a du travail pour tout le monde. En ce qui concerne ces maisons locales, la concurrence se situe à un autre niveau. Leur succès nous réjouit, car cela montre que le marché est sain et qu’il fonctionne. Ce quartier où nous nous trouvons était autrefois celui des antiquaires. À part un ou deux, presque tous ont disparu. C’est une preuve que le marché a changé et que les gens se fournissent désormais ailleurs : sur Internet et aux enchères. Si une ou deux maisons commençaient à fermer, cela voudrait dire que le secteur est en perte de vitesse. Or, dans les ventes, c’est plutôt le contraire : de nouveaux acteurs arrivent.
L’automobile et la numismatique mises à part, vous vendez tout aux enchères. Qu’est-ce qui ne marche vraiment plus ?
Les étains et les pendules en général ne sont pas faciles à disperser, à moins que celles-ci soient exceptionnelles. Tout ce qui relève des arts décoratifs, si ce n’est pas rare ou bizarre, est un marché également compliqué. Le mobilier ancien, s’il ne porte pas une signature prestigieuse, est difficile à vendre.
En revanche, l’art ancien fonctionne encore, et même plutôt bien.
Oui, tout à fait. Cependant, si vous comparez un catalogue de maîtres anciens d’aujourd’hui à un catalogue d’il y a dix ans, vous trouverez peut-être moins de pièces. Mais la qualité y est beaucoup plus élevée. Il y a quelques années, on pouvait bien vendre un tableau avec la mention « école hollandaise » ou simplement « paysage hollandais du XVIIe ou XVIIIe siècle ». À l’heure actuelle, cela ne suffit plus, il faut une attribution.
Cela signifie-t-il que votre métier s’est complexifié ?
De nouvelles contraintes sont apparues, liées aux matières protégées, aux droits d’auteur sur les images, aux frontières, à l’augmentation des demandes de condition reports, ces constats d’état des œuvres, et aux expertises toujours plus poussées.
Que pensez-vous des vendeurs qui ne comprennent parfois pas que la valeur d’enchères des œuvres qu’ils ont achetées il y a vingt ans a pu s’écrouler ?
On entend souvent cette phrase, qui m’agace profondément : « Une œuvre d’art ou une antiquité est un investissement qui vous fera plaisir tous les jours. » C’est une ânerie absolue ! Si vous avez de la chance, tant mieux ! Mais si vous achetez, c’est d’abord parce que l’œuvre vous a plu. Pourquoi quelqu’un accepte-t-il de payer 100 000 francs suisses une voiture qui n’en vaudra plus que 60 000 le lendemain, mais s’inquiète lorsqu’il acquiert un tableau qu’il a regardé toute sa vie et qu’il revend moins bien ? Si une personne achète raisonnablement une œuvre d’art ou une antiquité, j’espère que c’est pour la contempler. Ensuite, si elle a de la chance, cet objet maintiendra sa valeur ou en gagnera. S’il en perd, elle aura au moins eu la joie de l’avoir eu longtemps sous les yeux.
Hormis pour les vacations de prestige, les ventes à la criée sont de plus en plus rares. Koller en fait toujours, mais pensez-vous les abandonner au profit du tout online ?
Cela dépend des départements. Les ventes d’art suisse, par exemple, remplissent encore la salle avec des gens qui misent et pas seulement sur des petits lots. En revanche, pour les arts décoratifs, c’est presque vide. Quand cela se terminera-t-il ? J’espère le plus tard possible, même si un jour, tout se fera uniquement en ligne. Je pense toutefois que les expositions demeureront nécessaires. Bien qu’une partie de la clientèle travaille à partir de photographies et sur condition reports, voir une œuvre reste indispensable. Pour un catalogue papier, on peut essayer de corriger les couleurs, mais sur un écran, chaque étalonnage est différent. Les ventes online fonctionnent très bien sans présentations physiques, mais nous tenons à ces dernières pour que les gens puissent regarder les objets et se faire une idée. Elles sont pour nous essentielles.
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Koller GENÈVE, rue Étienne-Dumont 14, 1204 Genève, Suisse.




