L’Union européenne a menacé de retirer son financement à la Biennale de Venise si les organisateurs autorisent la Russie à faire son retour officiel à l’événement, pour la première fois depuis son invasion de l’Ukraine en 2022.
À la suite d’une lettre de protestation adressée par 22 ministres européens de la Culture au président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, ainsi qu’à son conseil d’administration, les commissaires européens chargés de la technologie et de la culture, Henna Virkkunen et Glenn Micallef, ont condamné la décision de la Fondazione Biennale d’autoriser la Russie à rouvrir son pavillon. Selon eux, la culture « ne devrait jamais être utilisée comme une plateforme de propagande ».
Virkkunen et Micallef ont publié une déclaration commune le 10 mars 2026, indiquant : « Les États membres, les institutions et les organisations doivent agir conformément aux sanctions de l’Union européenne et éviter d’offrir une tribune à des personnes qui ont activement soutenu ou justifié l’agression du Kremlin contre l’Ukraine. Cette décision de la Fondazione Biennale n’est pas compatible avec la réponse collective de l’Union européenne à l’agression brutale de la Russie. Si la Fondazione Biennale devait maintenir sa décision d’autoriser la participation de la Russie, nous examinerions d’autres mesures, notamment la suspension ou la résiliation d’une subvention européenne en cours accordée à la Fondation Biennale. »
La subvention européenne s’élève à 2 millions d’euros, selon le Financial Times. Elle comprend notamment le financement d’une vingtaine de projets cinématographiques liés à la Biennale.
En publiant la déclaration sur X, Glenn Micallef a ajouté : « Les scènes européennes doivent refléter les valeurs européennes. » La ministre ukrainienne de la Culture, Tetyana Berezhna, lui a répondu : « Merci, Glenn, de soutenir l’Ukraine et de défendre les principes de la démocratie et de la justice. »
L’annonce, le 3 mars 2026, du maintien du pavillon russe a suscité des protestations du gouvernement ukrainien ainsi que de figures dissidentes du monde culturel russe, dont le groupe Pussy Riot. Au 12 mars, une lettre ouverte de protestation, intitulée « Stop the normalization of war crimes through art », publiée sur Change.org, avait recueilli près de 7 500 signatures d’intellectuels et de personnalités du monde international de la culture.
En réponse, la Fondazione Biennale a déclaré dans un communiqué publié la semaine dernière que Venise devait rester un « lieu de dialogue » et une plateforme œuvrant à « la fin des conflits et des souffrances ».
L’envoyé culturel international de Vladimir Poutine, Mikhaïl Chvydkoï, a déclaré le 10 mai à l’agence de presse d’État russe Tass que « la Russie doit participer à tous les grands événements culturels internationaux et, si la direction d’une organisation internationale est prête à l’accueillir, nous sommes ouverts à cette perspective. Ce que pensent les personnes qui ne sont pas directement impliquées dans ces événements relève de leur droit, mais cela ne devrait en aucun cas influencer la décision des organisateurs, en l’occurrence la Biennale ».
Selon Tass, qui l’a rapporté le 5 mars, l’Académie russe de musique Gnessine de Moscou assurera la direction artistique du pavillon russe, à la demande du « ministère des Affaires étrangères, par l’intermédiaire du ministère de la Culture ». En juin 2025, l’académie avait accueilli un concert intitulé « Songs of the Special Military Operation », terme utilisé par le Kremlin pour désigner la guerre contre l’Ukraine.
La commissaire du pavillon, Anastasia Karneeva, est la fille de Nikolaï Volobouïev, ancien général du Service fédéral de sécurité (FSB) et actuel directeur général adjoint du groupe public russe de défense Rostec. Smart Art, une société spécialisée dans la production d’expositions d’art, qu’elle a cofondée avec Ekaterina Vinokurova, fille de Sergueï Lavrov, avait été chargée en 2019 d’assurer la gestion du pavillon russe pour une durée de dix ans.
Anastasia Karneeva, contactée par The Art Newspaper, n’a pas répondu à nos sollicitations.




