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Les Loeb, une dynastie de marchands d’art, de Miró au Mali

À l’occasion des 102 ans de cette dynastie de marchands d’art, Albert et Sonia Loeb ont été associés à la conception de l’exposition consacrée à leur donation au musée des Confluences, à Lyon, et publient parallèlement un ouvrage réunissant la correspondance entre Joan Miró et Pierre Loeb, le père d’Albert.

Olga Grimm-Weissert
17 avril 2026
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Vue de l’exposition « Au Mali, quand les animaux dansent » au musée des Confluences, à Lyon. © musée des Confluences - Bertrand Stofleth

Vue de l’exposition « Au Mali, quand les animaux dansent » au musée des Confluences, à Lyon. © musée des Confluences - Bertrand Stofleth

Le nom Loeb a marqué de son empreinte le marché de l’art depuis plus d’un siècle. Pierre Loeb (1898-1964) a en effet ouvert la Galerie Pierre à Paris en 1924, soutenu par son frère jumeau Édouard, à la fois courtier et galeriste. Albert Loeb, le fils de Pierre, a poursuivi la tradition familiale en proposant à la fois peintures contemporaines et art prémoderne. Albert, malgré ses presque 94 ans, et sa femme Sonia ont fait une importante donation au musée des Confluences de Lyon de masques d’animaux et de marionnettes du Mali. Les donateurs se sont également beaucoup investis dans la subtile exposition que l’institution présente jusqu’en février 2027, « Au Mali quand les animaux dansent ».

La donation au musée des Confluences comprend une centaine d’objets de cultes qui servaient encore au début du XXIe siècle pour les fêtes villageoises tout au long du fleuve Niger, au Mali. Les Loeb les ont acquis auprès de marchands à Bamako ou à Ségou pour garantir leur authenticité. L’équipe du musée, sous la responsabilité de Yoann Cormier, avec le soutien actif de sa directrice, Hélène Lafont-Couturier, s’est penchée sur la signification symbolique des animaux, de leurs masques et de leurs marionnettes, présentés ici dans une scénographie à la fois ludique, intelligente et esthétique, évoquant danses et chants, toujours accompagnés par la sonorité des tambours. Le couple Loeb ayant été invité pendant des années aux fêtes dans les villages près du fleuve Niger, Albert a pu filmer les cérémonies et prendre des photos. Leur projection anime le parcours muséal.

La situation politique et religieuse au Mali rend presque impossible la perpétuation de ces pratiques anciennes depuis une quinzaine d’années. Par conséquent, Sonia et Albert Loeb, après la fermeture de leur galerie parisienne en 2015, ont souhaité en préserver la mémoire dans un cadre muséal : celui de ce musée-vaisseau situé au confluent du Rhône et de la Saône. L’exposition est accompagnée d’un catalogue réalisé sous la direction attentive et compétente de Sonia Loeb.

Parallèlement, le couple publie aux Éditions Norma un très beau livre réunissant les lettres échangées entre Joan Mirо́ (1893-1983) et son galeriste et ami Pierre Loeb : Mirо́ – Loeb. Correspondance 1926-1936. L’ouvrage comprend des fac-similés des lettres, leur transcription en français et leur traduction en anglais. Il est complété par des lettres de 1945 à 1963, soit jusqu’à l’annonce à Mirо́ du décès de Pierre par son frère Édouard en 1964.

Pierre Loeb et sa famille ont dû fuir la France après l’aryanisation de sa galerie en 1941. Installés à Cuba, ils ont vécu à La Havane grâce à quelques tableaux enroulés de Picasso et des œuvres de Mirо́. De retour à Paris en 1945, Pierre Loeb a pu récupérer sa galerie grâce à l’intervention de Picasso. Mais il manquait quelques pièces d’archives… Par l’un de ces miracles dont le marché de l’art a le secret, Albert Loeb a été contacté en 1999 pour récupérer 43 lettres de Joan Mirо́, ainsi qu’une quinzaine d’autres signées de son père, contre une somme d’argent à payer en espèces… Réunis en un splendide livre, ces écrits sont la preuve d’une sincère amitié entre le galeriste et son peintre, que Pierre contribua à faire connaître par ses nombreuses expositions. Le lecteur y découvre des observations sur la peinture, et – en ce qui concerne Mirо́ – un franc-parler, qu’il qualifie lui-même de « langage trop brutal ». La vie quotidienne n’est pas omise, avec l’évocation de visites réciproques en famille, l’aide matérielle apportée par le galeriste et le payement mensuel qu’il verse consciencieusement.

Lors d’une rencontre organisée chez Artcurial début avril, Albert Loeb a évoqué Pierre Matisse, galeriste new-yorkais et fils du peintre, qui a mis du temps pour apprécier les inventions picturales et surréalistes de Mirо́. Pour convaincre son collègue, Pierre Loeb lui avait fait cadeau d’une toile, que Pierre Matisse a léguée plus tard au Metropolitan Museum of Art de New York, en mémoire de Pierre Loeb.

Mirо́ a été très généreux avec Albert Loeb, quand celui-ci a organisé en 1979 des expositions muséales en hommage à son père et à son oncle Édouard. Le peintre avait conçu l’affiche, reproduite sur la couverture du livre, et avait fait cadeau de cette œuvre originale à Albert. « Pierre Loeb […] a ouvert les portes à des nouveaux horizons », avait-il déclaré. De leur côté, Sonia et Albert Loeb élargissent notre horizon.

--

« Au Mali quand les animaux dansent », Donation Sonia et Albert Loeb. Jusqu’au 7 février 2027, Musée des Confluences, 86 quai Perrache, 69002 Lyon

Catalogue, coédition Éditions Lienart/Musée des Confluences, Lyon, 208 pages, 39 euros

Albert Loeb et Sonia Loeb, Mirо́ – Loeb. Correspondance 1926-1936, Paris, Éditions Norma, français et anglais, 256 pages, 39 euros

ExpositionsMusée des ConfluencesPierre LoebSonia et Albert LoebMaliJoan MiróPierre MatisseThe Metropolitan Museum of Art (MET) New YorkÉditions Norma
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