Quatorze communes de l’Hérault se sont réunies autour d’une commande publique d’envergure dessinant un parcours artistique à l’échelle du territoire. Soutenu par la Direction régionale des affaires culturelles d’Occitanie, le projet « Balades Artistiques en Méditerranée » (BAM), conçu pour célébrer les vingt ans de Sète Agglopôle Méditerranée, déploie des œuvres dans l’espace public selon quatre itinéraires organisés au sein de l’archipel de Thau. « Un territoire, une culture singulière, des paysages exceptionnels, des artistes qui y résident et travaillent, d’autres qui y sont invités », résume Salvador Garcia, commissaire artistique de la programmation. Au-delà de la formule, l’ambition est claire : relier les sites patrimoniaux et naturels aux regards des artistes contemporains, inscrire la création dans la continuité plutôt que dans l’événement isolé.
Sète, qui compte moins de 50 000 habitants, s’est en effet forgé au fil des décennies une réputation artistique que bien des métropoles plus vastes pourraient lui envier. BAM en propose aujourd’hui une extension à l’échelle de l’agglomération, de Mireval à Marseillan, de Villeveyrac à Frontignan, l’étang de Thau en constituant le cœur.
Dans la ville même, plusieurs interventions jalonnent le parcours, à commencer par l’Octo en bronze de Johan Creten, installé dans les jardins du Sémaphore – raie gracile tournée vers la Méditerranée, dont la silhouette archaïque semble surgir d’une mythologie marine – ou les facétieux Bears de Kenpis, conçus par Fabrice Hyber, place Aristide-Briand. Dans le parc Simone Veil, Dans ma main de Françoise Pétrovitch, bronze figurant une femme tenant un oiseau, la chevelure déployée en cascade jusqu’à masquer partiellement le visage, entre en résonance avec la rocaille du site, laissant au visiteur le temps d’en découvrir la gravité silencieuse. Ainsi, plus qu’une constellation d’interventions, BAM esquisse une cartographie sensible où chaque œuvre infléchit la perception du territoire. Celui-ci, comme le rappelle Loïc Linares, président de Sète Agglopôle Méditerranée élu en 2025, est structuré par des « paysages naturels d’exception – littoraux, étangs, lagunes, massifs –, d’une richesse écologique remarquable, auxquels s’ajoute la diversité d’un patrimoine bâti et immatériel. »

Chourouk Hriech, Sentinelles Silencieuses, 2025, Sète. Courtesy Office de Tourisme Archipel de Thau
Sur le Lido, les Sentinelles silencieuses de Chourouk Hriech interrogent alors la verticalité dans un paysage gouverné par la ligne ininterrompue de la mer. Trois totems sculpturaux s’élèvent comme des présences ailées tandis que sur leurs surfaces métalliques, des dessins en noir et blanc déroulent l’histoire architecturale qui a façonné l’identité sétoise.
BAM accorde également une place importante à des artistes qui vivent et travaillent sur le territoire et dont les œuvres entretiennent un lien direct avec ses usages et son histoire, à l’exemple de François Liguori, de Richard Di Rosa et d’Elisa Fantozzi. À Poussan, sur les versants de Thau, André Cervera présente ainsi Que la fête commence, un ensemble de sept sculptures disséminées dans la vieille ville. Natif du village, prochainement exposé au musée Paul Valéry de Sète (du 29 mars au 7 juin 2026), il puise dans les traditions locales encore vivaces pour composer un théâtre à ciel ouvert où des figures masquées, héritières de la Commedia dell’arte, surgissent au détour des ruelles. L’intervention ne se contente pas d’habiter l’espace public tant elle ravive une mémoire festive et populaire et réinscrit le récit collectif dans la matérialité des façades. À Marseillan, Maxime Lhermet propose avec Ostraria une sculpture composée de colonnes d’huîtres chromées fixées sur des barres de palétuvier. En reprenant un élément emblématique de l’économie lagunaire pour le traduire en une forme verticale stylisée, il érige une figure dressée qui fait affleurer la mémoire ostréicole dans le paysage.
D’autres œuvres privilégient une insertion étroitement liée au site. Sur le massif de la Gardiole, à Gigean, Jean Denant conçoit une ombrière en acier en guise de belvédère. Établi à Sète, l’artiste imagine une structure à la fois arborescente et géométriquement organisée qui, tout en se fondant dans le paysage, en constitue le point d’observation privilégié. À Montbazin, l’artiste argentin Pedro Marzorati déploie une logique comparable avec O’assis, un mobilier sculptural tandis qu’à Mireval, Agnès Rosse introduit une note plus légère avec ses Curieuses et curieux en argile postés sur le toit du centre culturel comme des observateurs malicieux du quotidien.
Plus au sud, à Frontignan la Peyrade comme à Villeveyrac, Hervé Di Rosa et Robert Combas perpétuent l’esprit sétois de la Figuration libre. Avec La Table de désorientation, Hervé Di Rosa prend à revers le dispositif de repérage en le couvrant d’azulejos, substituant à la lecture panoramique une prolifération narrative où le signe l’emporte sur la vue. Robert Combas, de son côté, dresse un Homme à la tête de branches en bronze, figure où le corps humain se prolonge en ramure, mêlant statuaire et imaginaire végétal.
À Mèze, la question écologique affleure sans emphase. Au château de Girard, Bob Verschueren déploie six grandes feuilles en bronze, chacune travaillée différemment. Leurs nervures, comme à peine plissées par le vent, animent la surface d’un relief souple et donnent au métal une respiration organique. Par leur échelle, elles dialoguent avec les proportions du château et installent le vivant au cœur de l’architecture.
Sur les rivages de l’étang, Élise Morin inscrit son Dédale dans la ligne du paysage lacustre sans en rompre l’horizon. La sculpture aux lignes étirées évolue au contact de la course du soleil et de l’air marin ; sa transformation lente prolonge dans la matière les enjeux environnementaux propres à l’étang de Thau, évoquant certaines démarches du land art, notamment celles de Nancy Holt.
À Frontignan, enfin, l’installation sonore de Céleste Boursier-Mougenot viendra rejoindre Le Cheval de mer de Victoria Klotz, tandis qu’à Vic-la-Gardiole, le promontoire conçu par Ève Laroche-Joubert prolongera cette attention aux paysages littoraux et à l’expérience du site.




