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Salon du dessin
Analyse

Le Salon du dessin se renouvelle au Palais Brongniart

Référence dans son domaine, la Foire, désormais placée sous une direction bicéphale, cultive l’équilibre entre feuilles anciennes, modernes et contemporaines.

Amandine Rabier
23 mars 2026
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Anselm Feuerbach, Portrait d’une jeune femme aux cheveux noirs de profil droit, vers 1870, craie sur papier bleu. Courtesy de Dr. Martin Moeller & Cie

Anselm Feuerbach, Portrait d’une jeune femme aux cheveux noirs de profil droit, vers 1870, craie sur papier bleu. Courtesy de Dr. Martin Moeller & Cie

Le Salon du dessin occupe une place singulière dans le paysage des foires internationales : il n’a tout simplement pas d’équivalent. Devenu une référence mondiale pour les arts graphiques, l’événement s’impose comme un observatoire particulièrement fiable de ce marché. Il se distingue notamment par le dialogue étroit qu’il entretient avec les institutions, tout en ayant le souci de s’ouvrir au plus grand nombre. Conservateurs, chercheurs, collectionneurs ou amateurs s’y retrouvent autour d’un même objet : la feuille de papier, envisagée comme un territoire d’inventions poétiques, de liberté, parfois même d’étrangeté, à la fois examinée comme une œuvre, un document et un témoignage d’ex-périmentations esthétiques.

Cette 34e édition voit succéder à Louis de Bayser une coprésidence constituée de Florence Chibret-Plaussu (Galerie de la Présidence) et Hervé Aaron (Didier Aaron), une figure historique du Salon du dessin.

L’EXIGENCE POUR MAÎTRE MOT

Avec 39 exposants soigneusement choisis (dont 18 galeries étrangères), le Salon affirme plus que jamais le format resserré, à taille humaine, qui fait son identité : ici, pas de gigantisme, mais une sélection exigeante. La manifestation met à l’honneur la matérialité du dessin à travers ses Rencontres internationales, un colloque scientifique réunissant des chercheurs sous la direction de Sarah Catala, Valentine Dubard de Gaillarbois et Axel Moulinier.

À l’aune de ce thème, le parcours des stands déroule un véritable abécédaire des techniques et des supports, montrant comment le médium s’est affranchi de sa fonction préparatoire pour devenir une œuvre autonome. Chez AB – Agnès Aittouares (Paris), la pierre noire rend visible la pensée en train de s’élaborer dans un portrait par Pierre Bonnard de sa cousine Berthe – dont
il fut amoureux –, au trait vif et maîtrisé ; à la galerie Éric Coatalem (Paris), Giambattista Tiepolo joue avec l’encre et les réserves de blanc dans une scène virtuose, Le Cortège nuptial de Polichinelle. W. M. Brady & Co. (New York) rappelle la sophistication du dessin aux trois crayons (pierre noire, sanguine, et craie blanche) des XVIIe et XVIIIe siècles, avec une élégante figure d’Étienne-Charles Le Guay.

Le fusain affirme sa puissance dans un nu tout en rondeur de Suzanne Valadon à la Galerie de la Présidence (Paris), alors que l’aquarelle et la gouache déploient leurs effets spectaculaires dans l’Ara Macao saisissant des raisins (1810) d’Auguste Pelletier à la galerie Terrades (Paris). Didier Aaron (Paris, New York, Londres) présente un rare portrait de Louis-Léopold Boilly, d’une précision psychologique acérée. Françoise Livinec (Paris) défend, quant à elle, l’univers mystique de Yahne Le Toumelin, nonne bouddhiste et mère du moine et philosophe Matthieu Ricard. Chez De Bayser (Paris), un étonnant papier calque de Jean-Auguste-Dominique Ingres révèle les subtilités des méthodes de report, tandis que Fabienne Fiacre (Paris) dévoile une étude de Théodore Chassériau pour Le Christ au jardin des Oliviers (1840). Dr. Moeller & Cie (Hambourg) juxtapose de son côté un portrait d’une grande délicatesse d’Anselm Feuerbach sur papier bleu à l’étrangeté grinçante d’une magicienne de Gottfried Brockmann.

Le parcours des stands déroule un véritable abécédaire des techniques et des supports.

Cette édition accueille quatre nouvelles galeries : Jean-François Cazeau (Paris) présente notamment une encre de Zao Wou-Ki ; Demisch Danant (New York), connue pour son regard pointu sur le design, surprend avec un stand consacré à Eugène Isabey, figure majeure du romantisme français ; Lowet de Wotrenge (Anvers) montre une puissante académie de Jacob Jordaens ; enfin, La Forest Divonne (Paris,Bruxelles), avec Alexandre Hollan, confirme l’ancrage contemporain du Salon.

Le renouvellement s’incarne également à travers une génération émergente de marchands tels Sabrier & Paunet, avec un assortiment de dessins préparatoires pour des frontispices du XVIIIe siècle, ou Benjamin Peronnet et Ambroise Duchemin, partageant un stand, où ce dernier propose, entre autres, un Christ mort de Jean-Jacques Henner – autant de signes de la vitalité persistante du goût pour l’art ancien.

Certaines enseignes misent sur des présentations monographiques afirmées, comme Michel Descours (Paris) avec un rare ensemble de feuilles mythologiques de Louis Cretey, artiste du XVIIe siècle habituellement peu enclin aux études.

Eugène Boudin, Rivage, n.d., pastel sur papier. Courtesy de la galerie de la Présidence

PARIS, CAPITALE DU DESSIN

Le Salon inaugure en outre un parcours « Nouveaux collectionneurs ». Chaque galerie signale une œuvre plutôt abordable ainsi que son prix aux amateurs désireux d’amorcer une collection – grands maîtres, artistes à redécouvrir ou talents à suivre – dans un esprit de partage particulièrement perceptible durant la Foire. « Il ne faut pas avoir peur d’engager la discussion : les marchands se rendent extrêmement disponibles et ont à cœur de transmettre leur passion », rappelle la coprésidente Florence Chibret-Plaussu.

Longtemps centré sur l’ancien, l’événement a progressivement élargi son spectre. Depuis 2006, le prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel & Florence Guerlain y présente ses trois finalistes – Cathryn Boch, Simon Schubert et Renie Spoelstra – témoignant de la vitalité de la création contemporaine sur papier. « Il n’y a qu’à voir la fabuleuse exposition “Dessins sans limite” au Grand Palais, à Paris, pour constater l’importance prise par le dessin ces dernières années : une telle initiative n’aurait pas été envisagée il y a quinze ans. Cela montre un basculement dans le statut du médium », souligne Florence Chibret-Plaussu.

De même, le choix du musée invité à porter un regard sur ses collections a contribué à faire évoluer le Salon. En proposant la Fondation Dubuffet en 2024, Florence Chibret-Plaussu avait fait bouger les lignes ; l’exposition avait rencontré un très bel écho. Aujourd’hui, c’est le musée d’Art moderne André-Malraux, au Havre, qui déroule un accrochage allant de Thomas Couture à Sonia Delaunay, en passant par Eugène Boudin, Edgar Degas ou Camille Pissarro. Désormais, musées d’art ancien et musées d’art moderne se succèdent parmi les institutions invitées.

Au fil des ans, la Foire a généré un véritable écosystème : le temps d’une semaine, Paris devient la capitale du dessin. Une vingtaine d’établissements locaux – du musée d’Orsay à la Bibliothèque nationale de France, du Petit Palais au Musée national Picasso-Paris – ainsi que la Foire Drawing Now Paris, au Carreau du Temple, prolongent ce dialogue. Durant ces quelques jours, impossible d’échapper au dessin.

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Salon du dessin, 25-30 mars 2026, palais Brongniart, place de la Bourse, 75002 Paris.

Salon du dessinFlorence Chibret-PlaussuHervé AaronFoires et salonsParisDessin
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