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Critique

Le Mamco en route vers l’Avenir

Pendant l’été, le Musée d’art moderne et contemporain de Genève s’installe dans une ancienne ferronnerie des Eaux-Vives, rue de l’Avenir. Cette première exposition hors-site fait à la fois le point sur la naissance de l’institution et sur ses futurs objectifs.

Emmanuel Grandjean
7 juillet 2025
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Dans l’entrée des espaces d’exposition, les néons Unconditional Sign (II, III, IV), 2011, de Mai-Thu Perret et Skylark, 1992, de Sylvie Fleury, accueillent les visiteurs. Photo : Annik Wetter/« Psot Nentebras Xul », Mamco x SOMA, 2025

Dans l’entrée des espaces d’exposition, les néons Unconditional Sign (II, III, IV), 2011, de Mai-Thu Perret et Skylark, 1992, de Sylvie Fleury, accueillent les visiteurs. Photo : Annik Wetter/« Psot Nentebras Xul », Mamco x SOMA, 2025

C’est une ancienne ferronnerie des Eaux-Vives bientôt reconvertie en centre d’art. Un lieu inédit au cœur de Genève, immense, que le Mamco va occuper jusqu’au 4 septembre. L’institution se trouvant nomade pendant au moins quatre ans, en raison de la rénovation du Bâtiment d’art contemporain où elle est installée, c’est donc au 32 rue de l’Avenir qu’elle pose ses premières valises. L’endroit appartient à la galeriste Mighela Shama qui ouvrira à la fin de l’année, sous le nom de SOMA, ce gigantesque espace d’exposition de 1000 m² sur deux niveaux à des projets artistiques.

Directeur du Mamco, Lionel Bovier a profité de ce « déménagement » hors-site pour raconter l’histoire de l’institution dans une petite salle située à l’entrée. Une aventure de longue haleine, qui retrace aussi le parcours semé d’embûches de l’art contemporain à Genève avec ses polémiques, ses œuvres dans l’espace public vandalisées, ses atermoiements politiques et ses bonnes volontés souvent privées.

Ce préambule documentaire local donne ainsi le « la » de l’exposition dont le titre renverse la devise du canton « Post Tenebras Lux » en « Psot Nentebras Xul ». « Pour mettre un peu de désordre, explique Lionel Bovier. L’idée était de mesurer la pertinence de notre travail depuis toutes ces années, c’est-à-dire de constater si nous avions bien enregistré les scènes qui se sont succédées aussi bien dans nos collections que dans celles de la Ville et du Canton. Et de voir aussi quelles sont les signatures qui nous auraient échappées et celles qui devraient nous intéresser pour l’avenir. »

Le visiteur est ainsi accueilli par les néons de Mai-Thu Perret illuminant le haut corridor en béton qui s’ouvre sur l’espace principal d’exposition. Couloir au bout duquel le spectateur se heurte au coffre arrière de Skylark, la Buick de 1967 de Sylvie Fleury. Une pièce de 1992, emblématique de l’artiste genevoise dans laquelle elle déclare son amour pour les magazines, les Girls Groups, Chanel, les rouges à lèvres et les palettes de maquillage écrasées. La belle américaine est garée juste à côté d’un mirador en bois de Fabrice Gygi et d’une colonne placardée d’articles sur la vie de Silvio Berlusconi, sorte de parodie de la Colonne sans fin de Brancusi par Gianni Motti. La visite des artistes confirmés se poursuit au sous-sol où la tête de sanglier accrochée au mur par Valentin Carron – After the Hunting Rush, 2002 – pleure des larmes de vin, juste à côté des sculptures en feuilles de béton de Pierre Vadi.

La sculpture The World Is Yours, 2020, de Mathias C. Pfund est exposée devant la toile hyperréaliste Patterns of recognition, 2024, de Viola Leddi. Photo : Annik Wetter/« Psot Nentebras Xul », Mamco x SOMA, 2025

En ce qui concerne l’avenir, le directeur du musée mise sur des noms qui circulent – Timothée Calame, Lou Masduraud – et d’autres sans doute bientôt davantage connus, comme Viola Leddi, passée par la HEAD, dont les toiles hyperréalistes représentent des espaces domestiques où s’entremêlent souvenirs intimes, références à la culture italienne et critique de l’image de la femme dans la société. « C’est une artiste qui a un vrai marché et dont les œuvres sont difficiles à obtenir, poursuit Lionel Bovier. Cette toile nous a d’ailleurs été prêtée par une collection privée de Vienne. Même si ce n’est pas encore trop tard, c’est aussi une manière de nous dire qu’on aurait sans doute dû nous y intéresser avant. »

La pièce La vie et tout, 2025, de Bastien Gachet, réalisée pour l’exposition. Photo : Annik Wetter/« Psot Nentebras Xul », Mamco x SOMA, 2025

Les artistes passés sous les radars, il en est aussi question. Comme Bastien Gachet qui travaille depuis une quinzaine d’années et aurait mérité, le directeur l’admet, une plus grande visibilité. « C’est un artiste qui a beaucoup produit pour les autres et qui est doué. Son esthétique assez singulière n’a peut-être pas été assez regardée. » Le visiteur découvre ainsi Keep on dancing Denis de 2017, un radiateur qui ondule, telle la colonne vertébrale d’un animal inquiétant. Et La vie et tout, pièce spécialement conçue pour l’exposition, qui prend la forme d’un lavabo en céramique. Un sanitaire blanc hygiéniste servant à collecter les déjections : on pense tout de suite à Robert Gober. L’œuvre de Bastien Gachet, il est vrai, aurait dû être mieux regardée.

« Psot Nentebras Xul », jusqu’au 7 septembre 2025, fermeture estivale du 15 juillet au 13 août, Mamco x SOMA, 32 rue de l’Avenir, Genève, Suisse.

Le lieu propose un programme riche d’événements consultable sur le site Internet du musée. Un bar éphémère, Liaisons, organisé en collaboration avec le chef Florian Le Bouhec, est ouvert au public chaque jeudi jusqu’à 22 heures.

ExpositionsMamco GenèveLionel BovierGenèveSuisseArt Contemporain
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