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Marché de l'art

Guillaume Piens : « Donner une visibilité aux jeunes galeries et aux talents émergents »

Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris, revient sur les enjeux du secteur « Promesses » et sur les tendances pour l’édition 2021.

Pourquoi avez-vous créé le secteur Promesses ?

Art Paris se positionnant comme une foire de découverte au printemps, il nous semblait important de donner une visibilité aux jeunes galeries et aux talents émergents qu’elles défendent. D’où la création de ce secteur en 2013. Le mot « Promesses » en lui-même évoque l’engagement et l’espoir de futures réalisations.

Guillaume Piens, commissaire général d’Art Paris. Photo : Chiara Santarelli

Quels sont les critères pour participer ?

Ce secteur concerne des galeries de moins de six ans d’existence. Elles peuvent montrer un maximum de trois artistes émergents. Au départ, la participation n’était possible que pour une seule année. Depuis, nous avons assoupli les règles en permettant aux galeries de revenir plusieurs années consécutives, afin qu’elles puissent s’ancrer dans la foire et trouver leur public.

Comment sont sélectionnées les galeries ?

Les galeries sont sélectionnées par le comité de sélection d’Art Paris qui se compose de cinq membres : Carina Andres Thalmann, Galerie Andres Thalmann (Zurich); Romain Degoul, Galerie Paris-Beijing (Paris); Diane Lahumière, Galerie Lahumière (Paris); Marie-Ange Moulonguet, collectionneuse et consultante; et Pauline Pavec, Galerie Pauline Pavec (Paris).

CE SECTEUR REFLÈTE L’ADN DE LA FOIRE, À LA FOIS RÉGIONALE ET COSMOPOLITE

Avez-vous un partenaire pour financer ce secteur ?

Quand j’ai créé ce secteur, les propriétaires de la foire, Julien et Valentine Lecêtre, ont accepté de me suivre et de financer ce secteur à hauteur de 45% du coût de la participation pour la galerie. C’est une chance, car ailleurs j’aurais dû trouver un sponsor pour pouvoir le faire. Un stand de 26 m2 coûte 10 500 euros HT tout compris, au lieu de 17 585 euros dans le secteur général de la foire.

Souhaitez-vous donner à ce secteur, à côté de votre engagement pour la scène française, une réelle dimension internationale ?

Ce secteur reflète l’ADN de la foire, à la fois régionale et cosmopolite. Avant la crise sanitaire, nous avions un équilibre avec 50% de participations françaises et étrangères. Nous accueillons cette année une première participation du Guatemala, avec la Galería Rebelde, et une galerie ivoirienne, Véronique Rieffel, tout en donnant une vraie visibilité aux galeries en régions, avec deux enseignes marseillaises, Double V Gallery et Le Cabinet d’Ulysse. Quatre galeries sur neuf participent pour la première foire à la foire.

DEUX GALERIES ONT FAIT LE CHOIX D’UNE CONFRONTATION TRANSGÉNÉRATIONNELLE

Que reflète votre sélection 2021 des tendances de l’art de la jeune génération de créateurs ?

La scène africaine est mise en lumière par la Galerie Véronique Rieffel qui fait dialoguer les œuvres du Togolais Clay Apenouvon avec celles de l’Ivoirien Gopal Dagnogo traitant des mouvements migratoires contemporains et des questions d’identité. L’acte de mémoire est au cœur des installations textiles de la Zimbabwéenne Georgina Maxim à qui 31 Project consacre un solo show. Pour sa première participation, la Galería Rebelde met en avant trois artistes guatémaltèques, Clara de Tezanos, JJ. Estrada T. et Marlov Barrios dont la pratique sur différents supports propose une vision syncrétique entre mondes maya, colonial et contemporain.

Grand Palais Éphémère à Paris, vue perspective. © Wilmotte & Associés Architectes

La question du portrait et de la figuration relie les toiles récentes de Rebecca Brodskis et de Joël Degbo (SEPTIEME Gallery) aux peintures de corps distordus inspirées par l’imagerie numérique d’Ana Karkar (Galerie Hors-Cadre), en passant par les images soigneusement déconstruites de sculptures gréco-romaines exécutées au fusain de l’artiste chinois Zhang Yunyao (Marguo). La Double V Gallery propose un duo show entre l’Allemand B.D. Graft qui décline autour du motif végétal peintures, dessins et sculptures, et la Suissesse Caroline Denervaud, dont l’abstraction colorée est guidée par les mouvements du corps.

Enfin deux galeries, Pauline Pavec et Le Cabinet d’Ulysse, ont fait le choix d’une confrontation transgénérationnelle. La première fait dialoguer les ciels incandescents du Franco-Mexicain Adam Bogey avec les toiles de François Ristori, artiste engagé dans la vaste mouvance de l’art informel. La seconde orchestre une rencontre entre les objets assemblés de Laurent Perbos et les œuvres sur papier d’Anne-Marie Pécheur, artiste influencée par le mouvement Supports/Surfaces.

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Art Paris, du 9 au 12 septembre 2021, Grand Palais Éphémère, place Joffre, 75007 Paris.