L’œuvre a été tout proche de quitter le sol français, après sa vente à Cannes chez Azur Enchères, le 14 juin 2023, à un collectionneur étranger, pour la somme de 429 000 euros, frais compris. Le refus du certificat d’exportation par le ministère de la Culture, après la vente, a offert au musée de Cluny l’opportunité de réunir les fonds nécessaires pour l’acquérir. Grâce à la mobilisation du Crédit Mutuel Alliance Fédérale – qui a apporté 223 000 euros –, d’une entreprise anonyme, du ministère de la Culture et de généreux donateurs, la statuette a pu être achetée : elle est désormais promise aux collections du musée national du Moyen Âge, en plein cœur de Paris.
La sculpture en bois de tilleul, qui mesure environ 55 centimètres de hauteur, est attribuée au « Maître du retable de Lautenbach », artiste de l’entourage du sculpteur Nicolas Gerhaert de Leyde. Œuvre strasbourgeoise des années 1470-1480, la statuette témoigne, selon le ministère de la Culture, d’une grande virtuosité et d’une finesse d’exécution dans le traitement des matières et des mouvements. Il s’agit là d’un travail « typique du sculpteur Nicolas Gerhaert de Leyde », expliquait Damien Berné, conservateur en chef et responsable des sculptures du musée de Cluny, au Figaro en 2025. La pièce témoigne de l’influence du maître flamand sur les sculpteurs strasbourgeois de son entourage. Sainte Marie Madeleine est ici représentée en pied, vêtue d’une longue robe aux plis foisonnants. Elle tient dans sa main gauche le vase d’onguent, qui permet en grande partie son identification, et dont elle soulève gracieusement le couvercle de sa main droite. La statuette est réputée provenir de l’abbaye cistercienne de Lucelle, dans le Haut-Rhin.
Sans équivalent dans les collections nationales, la sculpture se trouve dans un remarquable état de conservation et souffre uniquement de la disparition de sa polychromie. À l’issue d’une période d’étude et de restauration, elle rejoindra la salle 21 du musée, consacrée au mobilier religieux du nord des Alpes à la fin du Moyen Âge. Elle complète une importante collection de sculptures germaniques, mais elle devient la première œuvre alsacienne de cette période conservée au musée.
Elle rejoindra par la suite le musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg sous la forme d’un prêt de longue durée dans le cadre du réseau européen des musées d’art médiéval, dont font partie le musée de Cluny et celui de l’Œuvre Notre-Dame.




