Dans cette folle semaine de l’art, il existe pourtant des événements qui offrent un autre cadre, plus intimiste, et un autre rythme. Loin du rush des grandes foires, des discussions et des décisions rapides. Dans le très beau cadre du Bastille Design Center, une ancienne quincaillerie au sol en pavés de bois datant de 1867, les conversations sont plus longues, souvent entre passionnés et connaisseurs. Si elle n’est sans doute pas la plus visible des foires Off de cette Semaine de l’art à Paris, légèrement excentrée dans le 11e arrondissement, elle est assurément l’une des plus singulières et des plus cohérentes. Créé par le galeriste Pol Lemétais, Outsider’ Paris se concentre sur l’art brut. Soit les artistes de la marge, autodidactes, mis en lumière en son temps par Jean Dubuffet. Pour sa quatrième édition, elle s’étend à la Halle Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre – un lieu menacé de fermeture faute de subventions. S’y tient une exposition consacrée au sculpteur mozambicain Zefrino Chilaule, sous la houlette de la galerie Pol Lemétais (jusqu’au 1er novembre 2026). Le volet « galeries », au Bastille Design Center, rassemble quant à lui sur trois niveaux 18 enseignes issues de 8 pays, soit outre la France, la Belgique, le Danemark, les États-Unis, l’Espagne, la Suisse, l’Italie et même le Mexique. Petit « plus » : une librairie spécialisée est installée dans une salle adjacente.
Au sous-sol, l’un des points forts est le stand de la Galleria Doppia V, venue de Suisse avec des enseignes populaires peintes au Sénégal. Souvent désopilantes, elles ont été collectées par François Burland. Au niveau principal, plusieurs stands remarquables forcent l’attention. La galerie Pol Lemétais expose notamment des œuvres sur papier spectaculaires de Bruno Buissonnet, autour de 3 000 euros, ou de Noviadi Angkasapura, artiste né en Nouvelle-Guinée occidentale, partie indonésienne de l’île de Nouvelle-Guinée et aujourd’hui basé à Jakarta, dans la même gamme de prix. Un peu plus loin, Hervé Courtaigne marque un grand coup en présentant un ensemble issu d’une même collection. Pendant trois décennies, à partir des années 1970, le Suédois Bert Berglund, assistant de son célèbre compatriote, le peintre Bengt Lindström – longtemps installé en France –, a patiemment réuni un ensemble hors norme d’art brut, de Martha Grünewaldt à Michel Nedjar. Près de 460 œuvres au total qui feront prochainement l’objet d’une publication, explique la galerie. Celle-ci nous précise aussi que le LaM, le musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Villeneuve-d’Ascq, « a aidé à authentifier une partie des pièces » dont les auteurs se trouvent déjà dans les riches collections du musée. Car l’une des problématiques de l’art brut reste, souvent, l’identification précise des artistes…
À l’étage, sur la superbe mezzanine en bois, il faut s’arrêter sur le « stand » de la galerie Anders Hus (Paris), spécialisée de longue date dans l’art vernaculaire des tribus de l’Inde. L’enseigne s’est ici associée à la galerie indienne Gaia Tree, tenue par Padmaja Srivastava. Celle-ci montre le travail de deux femmes de la tribu des Bhil, Lado Bai et Bhuri Bai, « encouragées à réaliser des œuvres par le directeur d’un musée qui les avait vues peindre sur les murs du musée, alors que dans ces communautés, les femmes ne sont quasiment jamais autorisées à devenir artistes », confie Padmaja Srivastava. Parmi les pièces les plus importantes apportées par la galerie Anders Hus figurent plusieurs œuvres très rares sur papier des Hill Korwa : des « écritures magiques » aux légères influences sanskrit qui n’ont pas laissé indifférents, voici quelques décennies, des personnalités comme agnès b. ou Franck André Jamme, poète et grand spécialiste des arts tribaux de l’Inde, disparu en 2020. Cette semaine, des collectionneurs avisés, dont certains grands chefs d’entreprises françaises, ont jeté leur dévolu sur plusieurs œuvres de l’ensemble présenté conjointement par les deux galeries. De nombreux autres stands aAchant maints points rouges, les prix aAchés, à moins de 10 000 euros, étant souvent incitatifs.
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Outsider’ Paris, jusqu’au 25 octobre 2026, Bastille Design Center, 74 bd Richard Lenoir, 75011 Paris.




