L’ensemble flambant neuf est important : trois édifices réalisés par l’architecte suisse Peter Zumthor, une extension du parc et des bâtiments historiques métamorphosés. À l’intérieur, les 1 500 m2 d’espaces supplémentaires permettent de doubler la surface d’exposition de la collection. À l’extérieur, le parc augmente de près de 10 000 m2. Le coût du projet, soit 120 millions de francs suisses (128,3 millions d’euros) incluant l’achat du terrain, la construction et les frais de fonctionnement des dix premières années, a été exclusivement financé par des fonds privés.
Lauréat du Pritzker Prize et du Praemium Imperiale, Peter Zumthor, aujourd’hui âgé de 83 ans, a préféré séparer, sur des terrains au sud du parc de la Fondation Beyeler, les trois fonctions principales – auditorium, bureaux et musée – en trois édifices distincts, respectivement l’Ammann Pavillon, l’Erlen Torhaus et le Wyss Museum. Le nouveau projet se distingue ainsi du bâtiment de Renzo Piano qui forme une seule entité érigée au nord du site. Contrairement à ce dernier, monumental et unitaire, le triumvirat de Zumthor est, de fait, beaucoup plus modeste en taille. Chacune des parties arbore sa propre forme et se distingue par des matériaux différents.
Reposant sur un mur historique de la parcelle, l’Ammann Pavillon, avec son toit de métal pentagonal et ses baies vitrées sur toute la hauteur, loge un splendide auditorium tout habillé de bois – parquet en merisier, murs en poirier, plafond en érable. En accès libre toute la journée, chacun peut venir s’y détendre ou écouter un virtuose interpréter des œuvres sur le piano à queue. L’acoustique y est d’une qualité optimale.
Dressé comme une vigie urbaine, non loin de l’accès principal de la Baselstrasse, l’Erlen Torhaus, lui, est un bâtiment rigoureusement géométrique, constitué d’une ossature de métal et de bois, avec de vastes parois de verre. Au rez-de-chaussée, derrière le portail en chêne lasuré, se dissimule un ascenseur de grande dimension qui permet de descendre les œuvres d’art au sous-sol. Les trois étages supérieurs accueillent bureaux et autres espaces de réunion.

L’ensemble élargi de la Fondation Beyeler, l’Erlen Torhaus, conçu par l’Atelier Peter Zumthor. Photo Katalin Deér
Entre ces deux édifices, se déploie, autour d’arbres pluricentenaires – un ginkgo, un séquoia, des platanes – et sur trois niveaux, le Wyss Museum. Sa caractéristique majeure est le matériau local dont il est fait, un calcaire du Jura, pierre blonde naturelle que l’on retrouve ici dans tous ses états : en bloc pour les bancs et les escaliers, réduit en poudre dans les sols en terrazzo et pour les murs de façade en béton damé, ou sous forme d’enduit sur les murs intérieurs et les plafonds. Seconde spécificité : aucun mur n’est à angle droit. Les salles d’exposition, claires, se développent autour d’un noyau technique central sombre, habillé de chêne brûlé. Alors que le musée de Renzo Piano bénéficie d’une lumière zénithale, Peter Zumthor, lui, a opté pour de larges parois vitrées latérales qui éclairent les salles de biais et cadrent divers panoramas sur le paysage. Depuis la terrasse du deuxième étage, le visiteur peut, grâce à un escalier extérieur, descendre directement dans le nouveau parc, au sud.
Alors que le jardin existant dégage de nombreux points de vue sur l’environnement alentour, le nouvel Erlengarten, restauré avec soin par les paysagistes de l’agence Vogt Landschaftsarchitekten, conserve, a contrario, un caractère plus sauvage et intimiste. Outre un petit pont effilé sur l’étang également dessiné par Peter Zumthor, de nouvelles sculptures y ont été posées, signées notamment par Rachel Whiteread, Pierre Huyghe ou Louise Bourgeois.
Enfin, des édifices classés du XVIIIe siècle, libérés à la suite de la construction des nouveaux bureaux, ont été restaurés pour devenir des espaces pédagogiques, une serre-boutique sur l’art des jardins aménagée par India Mahdavi ou un salon de musique doté d’un exceptionnel système audio haute-fidélité et d’une collection de disques vinyles offerts, choisis, dessinés, voire interprétés par des artistes.
Baptisée « Constellations », la grande exposition inaugurale, elle, se déploie sur la totalité de ce nouvel ensemble et met en regard, jusqu’au 5 septembre 2027, plus de 230 pièces issues du fonds Beyeler et de prestigieuses collections privées. Les œuvres d’artistes contemporains – Fischli/Weiss, Charles Ray, Roni Horn, Brice Marden… – conversent avec celles de grands maîtres – Picasso, Magritte, Modigliani, Hodler, Monet, Miró… Ce dialogue est émouvant, sinon « mouvant », certaines œuvres étant appelées à changer d’emplacement, voire à être remplacées par d’autres durant la présentation. De nombreuses surprises attendent donc le visiteur, à l’instar de l’installation permanente de brouillard de l’artiste japonaise Fujiko Nakaya, mise en place sur l’étang Nord.
Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, Riehen, Suisse



