L’une des ailes du musée, l’hôtel de Lalande, va pour l’instant rester fermée. La raison ? « En 2021, nous avons finalement acté cette ouverture échelonnée au vu de l’état des boiseries de cet hôtel particulier qui demandaient à être sérieusement restaurées », comme l’a expliqué, le 17 février 2026, à Paris, Étienne Tornier, directeur adjoint et directeur par intérim. L’hôtel de Lalande rouvrira en 2027. « Pour l’heure, 80 % du parcours permanent ne sont donc pas accessibles », a-t-il déclaré. En conséquence, les visiteurs ne découvriront le 22 avril que la moitié du projet d’ensemble imaginé par l’agence d’architecture parisienne Antoine Dufour, sélectionnée en 2019.
La transformation est pour le moins ambitieuse : elle consistait notamment à réunifier les deux bâtiments emblématiques qui composent l’institution, en l’occurrence l’hôtel particulier du XVIIIe siècle et l’ancienne prison municipale du XIXe siècle, tous deux classés monuments historiques. « Les travaux ont été motivés par trois grands axes, détaille Étienne Tornier : l’accessibilité les lieux, la conservation des œuvres et la réduction de la consommation énergétique ». Aussi, les circulations ont été repensées et deux ascenseurs installés ; une isolation complète et un vaste changement des huisseries ont été opérés, les deux bâtiments n’étant plus adaptés pour conserver au mieux les œuvres ; enfin, grâce aux travaux réalisés et, entre-autres, à un raccordement au réseau de chaleur urbain – la centrale géothermique municipale –, la facture énergétique devrait diminuer de… 40 % (par rapport à 2022).
« Nous avions choisi l’agence Antoine Dufour notamment parce qu’elle avait eu une très bonne compréhension de l’existant et de la manière dont les bâtiments avaient été construits à l’époque, précise Étienne Tornier. En retirant le second œuvre, les architectes ont d’ailleurs redécouvert des murs de pierre et des espaces originels qui avaient été dissimulés au fil du temps ». Comme cette « cour des écuries » donnant sur la vaste cour d’honneur en demi-lune et qui fait aujourd’hui office de patio d’entrée par lequel on accède au musée. À l’intérieur, l’accueil en profitera pour prendre ses aises, passant de 17 à 70 m2. Au sein de cette « aile des communs » qui longe la rue Boulan, on trouvera, outre l’accueil, trois nouveaux espaces d’exposition permanente : un cabinet des arts graphiques, une salle des vases – quelque 80 pièces, signées entre autres par Hella Jongerius, Ettore Sottsass ou Gaetano Pesce – et la salle René Buthaud, céramiste majeur du XXe siècle actif à Bordeaux, dont seront présentées une cinquantaine d’œuvres.
Puis, le visiteur passera directement par le « pavillon » – le nouveau bâtiment qui fait désormais la jonction entre les deux édifices du musée – pour rejoindre la « prison », laquelle comprend une nouvelle galerie des savoir-faire – 80 m2 – et l’espace d’exposition temporaire de 500 m2 consacré au design.
Ouvriront également le 22 avril la boutique, dont l’aménagement a été confié au designer Jean-Baptiste Fastrez. « On y entre comme dans une maison : il y a une atmosphère domestique, avec une dimension joyeuse et légèrement décalée », selon Étienne Tornier. Enfin, le restaurant affichera quant à lui 35 couverts.
Les travaux ont bénéficié d’une enveloppe de 14,141 millions d’euros HT pour la rénovation du musée et de 1,859 million d’euros HT pour celle de l’hôtel particulier. À terme, l’institution disposera de 1 800 m2 d’exposition, dont 1 100 pour les collections permanentes. Cette réouverture sera, enfin, l’occasion de décliner, sur tous les supports de communication, la nouvelle identité visuelle du lieu, signée par le graphiste Pierre Jeanneau.
Côté programmation, les expositions inaugurales mettent en avant la création dans toute sa diversité. Le cabinet des arts graphiques accueille ainsi « Morceaux choisis » (jusqu’au 31 août 2026), une quarantaine de dessins sélectionnés parmi un ensemble de 137 pièces dont le collectionneur et galeriste Jacques Sargos a fait don au musée. La galerie des savoir-faire, elle, met en lumière « Céramiques, Corps Sensibles » (jusqu’au 4 janvier 2028), soit 80 pièces de plus de 40 artistes du troisième millénaire avant notre ère à aujourd’hui. Enfin, la prison accueille l’exposition « Une apparente simplicité » (jusqu’au 21 septembre 2026), une monographie en hommage à une « étoile filante » du design, Pauline Deltour (1983-2021).
Le fonds du MADD compte à ce jour quelque 30 000 pièces, dont un dixième sera présenté par roulement. « Avant la fermeture, on tournait autour de 55 000 à 60 000 visiteurs, souligne Étienne Tornier. On vise aujourd’hui les 100 000… ».
--
Musée des Arts décoratifs et du Design, 39 rue Bouffard, 33000 Bordeaux



