Les fouilles archéologiques explorant depuis février 2026 le sous-sol de l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité, dans le cadre de la restructuration du site hospitalier, ont révélé cet été l’existence d’une portion de rempart de Lutèce, la capitale des Parisii (ayant donné son nom à Paris), à l’époque gauloise.
Cette découverte majeure confirme l’hypothèse selon laquelle l’oppidum était situé à cet endroit, avant la conquête de la cité par les Romains en 52 av. J.-C. Dans La Guerre des Gaules, Jules César évoque « une île reliée par des ponts et située dans une boucle de la Seine ».
Le mur de blocs de pierre et de poutres de bois entrecroisées mis en évidence dans le sous-sol de la cour de l’Hôtel-Dieu est typique des fortifications gauloises de la fin de l’âge du Fer. Long d’une vingtaine de mètres, d’une hauteur d’au moins quatre mètres à l’origine, il aurait été édifié entre 200 et 10 avant notre ère, ont révélé les analyses au carbone 14. « La présence de traces d’incendie et de mobilier céramique contemporain de César a renforcé cette hypothèse : et si nous avions enfin des traces matérielles de l’oppidum de Lutèce, tel que décrit dans La Guerre des Gaules ? », s’enthousiasme Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice du patrimoine et responsable territoriale de Paris au Service régional de l’archéologie (DRAC Île-de-France). Un fer de lance gaulois a également été retrouvé au pied du mur.
« Cette découverte comble un vide archéologique, explique Stéphane Deschamps, conservateur régional de l’archéologie à la DRAC Île-de-France. Depuis des siècles, on débat de la localisation de Lutèce. Faute de preuves tangibles sur l’île de la Cité, certains avaient même émis l’hypothèse d’une localisation à Nanterre. Aujourd’hui, avec ce mur et son contexte, nous tenons peut-être la clé du mystère. » Ce mur d’enceinte sur l’île de la Cité confirmerait que la Lutèce gauloise est bien située à l’emplacement de la Lutèce gallo-romaine, éclairant ainsi les origines de Paris.
Ce vestige archéologique extraordinaire s’accompagne d’une autre découverte : à l’arrière, une plateforme composée de sables et graviers rehausse la partie inondable de l’île. Les archéologues y voient un chantier destiné à la préserver des crues afin de s’y installer de façon pérenne.
La Commission territoriale de la recherche archéologique ayant validé un « avis de découverte d’importance exceptionnelle », les fouilles seront prolongées en 2027. Elles visent à mettre à jour d’autres traces de l’occupation gauloise et à comprendre la nature du site : cette place forte était-elle associée à un habitat civil ?
« Nous sommes peut-être face à l’un des vestiges les plus importants jamais découverts pour comprendre la Lutèce gauloise. La prudence scientifique impose encore de vérifier sa fonction et sa chronologie, mais la convergence des indices est aujourd’hui particulièrement remarquable », a déclaré la ministre de la Culture Catherine Pégard, le 23 septembre, lors de sa visite sur le chantier, en présence d’Emmanuel Grégoire, maire de Paris.
« Conserver ce mur sur place n’est pas envisageable dans le cadre des travaux prévus, selon Edward de Lumley, directeur régional des Affaires culturelles d’Île-de-France. Un moulage sera prochainement réalisé, afin qu’après la phase d’études des vestiges, qui sera riche d’enseignements, une reconstitution d’une portion de mur puisse être réalisée, qui intégrera des pierres d’origine. La DRAC mènera un travail avec la Ville de Paris et tous ses partenaires pour permettre au public, à terme, de voir ce mur reconstitué dans un musée à Paris. La photogrammétrie 3D complétera cette démarche en offrant une restitution virtuelle fidèle, accessible à tous. »


