Des archéologues ont découvert ce qu’ils estiment être la plus ancienne œuvre d’art rupestre connue à ce jour, dans une grotte de l’île de Sulawesi, en Indonésie. Ce pochoir de main a été daté d’au moins 67 800 ans, soit 1 100 ans de plus que la plus ancienne œuvre d’art rupestre identifiée jusqu’alors, réalisée en Espagne par des Néandertaliens.
Selon les chercheurs, cette découverte pourrait également apporter de nouveaux éléments sur les migrations des premiers humains vers l’Australie. « Cette découverte a été à la fois exaltante et profondément marquante, explique le Français Maxime Aubert, archéologue et géochimiste à l’université Griffith, en Australie, et coauteur de l’étude publiée dans la revue Nature. Les résultats de la datation ont été une véritable surprise, révélant une œuvre bien plus ancienne que tout ce que nous avions envisagé. C’est l’un de ces rares moments où l’on comprend que l’on est face à une découverte susceptible de transformer notre compréhension de l’histoire commune de l’humanité. »
Dans le cadre d’un programme d’inventaire mené dans le sud-est de Sulawesi, Maxime Aubert et ses collègues ont documenté 44 sites, dont 14 jusqu’alors inconnus. Dans ces lieux, l’équipe a mis en œuvre une nouvelle méthode de datation, appliquée à 11 motifs d’art rupestre. Le pochoir de main présentant la datation la plus ancienne a été découvert dans une grotte située sur l’île satellite de Muna.

Adhi Agus Oktaviana, l’un des chercheurs, au travail dans une grotte de Sulawesi. Photo Maxime Aubert
« Nous avons pu dater cet artefact en analysant de fines croûtes minérales qui se sont formées au-dessus des peintures, explique Maxime Aubert. Comme ces croûtes se sont développées après la réalisation des images, elles nous indiquent l’âge le plus récent possible de ces représentations. »
Pour réaliser des pochoirs de mains comme celui-ci, les hommes préhistoriques soufflaient du pigment sur leur main posée contre la paroi rocheuse. Certains pochoirs découverts à Sulawesi, dont celui daté de 67 800 ans, se distinguent par le fait que les artistes ont remodelé l’extrémité des doigts afin de leur donner une forme pointue. « Cette caractéristique pourrait avoir eu une signification symbolique, possiblement liée au monde animal », précise Maxime Aubert.
« Un pochoir de main a une force émotionnelle particulière, souligne April Nowell, archéologue du Paléolithique à l’University of Victoria au Canada, qui n’a pas participé à cette étude. Lorsqu’on le voit, on comprend immédiatement que ces personnes étaient comme nous, que, fondamentalement, nous sommes les mêmes, et le gouffre de 68 000 ans qui nous sépare d’elles s’efface. »

Pochoirs de mains aux doigts affinés dans la grotte de Leang Jarie, sur l’île de Sulawesi. Photo Adhi Agus Oktaviana
« La tendance particulière consistant à affiner intentionnellement l’extrémité des doigts sur l’un des pochoirs renvoie à une tradition régionale durable et à l’existence d’une véritable communauté de pratiques », ajoute April Nowell.
Cette découverte apporte également de nouveaux éléments sur l’époque et les itinéraires par lesquels les premiers humains sont arrivés en Australie. Jusqu’à présent, certains spécialistes avançaient une présence il y a environ 50 000 ans, tandis que d’autres défendaient une datation nettement plus ancienne, comprise entre 60 000 et 65 000 ans, une hypothèse connue sous le nom de « chronologie longue ».
« Associés, les indices archéologiques et génétiques étayent désormais fortement la chronologie longue et montrent que les ancêtres des peuples autochtones d’Australie ont traversé l’Asie du Sud-Est tout en produisant des artefacts symboliques au fil de leurs déplacements », explique Maxime Aubert.
Les découvertes réalisées à Sulawesi font suite à la mise au jour, en 2024, du plus ancien exemple connu d’art figuratif, représentant un cochon sauvage accompagné de trois figures humaines. Elles relancent désormais la question du nombre d’œuvres anciennes encore enfouies sur les îles voisines, souligne Maxime Aubert. « Pour nous, cette découverte ne marque pas la fin de l’histoire. Elle constitue une invitation à continuer à chercher », explique-t-il.
« Il s’agit d’un nouvel exemple du travail extrêmement rigoureux mené par cette équipe en Indonésie, précise April Nowell. Cette découverte est passionnante et s’inscrit pleinement dans ce que nous connaissons déjà de l’art de cette région. J’ai le sentiment que plus cette équipe poursuivra ses recherches, plus la (pré)histoire de l’art reculera dans le temps. »


