Avant même l’inauguration de son bâtiment emblématique, le Centre Pompidou se voulait en phase avec les artistes de son temps en s’intéressant aux formes de création assistées par ordinateur. Dès 1975, l’Atelier de Recherches en Techniques Avancées (A.R.T.A), son laboratoire informatique, leur était dédié. Par le biais de l’Ircam, son rôle a été déterminant dans le développement de l’informatique musicale.
L’histoire de Beaubourg a été depuis jalonnée d’expositions rendant compte des relations entre informatique et création artistique : « Les Immatériaux » (1985), « Passages de l’image » (1990), « La Revue Virtuelle » (1993-1996) ou plus récemment par le cycle d’expositions « Mutations/Créations » (2018-2022).
L’intérêt du Centre Pompidou pour le potentiel créatif des technologies émergentes s’est notamment manifesté en 2023, lorsqu’il a été le premier musée d’art moderne et contemporain à faire l’acquisition d’un ensemble d’œuvres liées à la blockchain, domaine dans lequel l’institution continue à être active.
Récemment, des œuvres de Robert Alice, Rhea Myers et Anna Ridler ont rejoint la collection, ainsi que le don d’un important ensemble d’œuvres génératives de Tyler Hobbs. La collection Nouveaux médias du Centre Pompidou a en outre acquis ses premières pièces de Hayoun Kwon et Jeanne Susplugas utilisant la réalité virtuelle, ainsi que la réalité augmentée (Hito Steyerl), avec le soutien notamment des Amis du Centre Pompidou. Dans le cadre d’un partenariat avec KADIST, une réflexion autour de l’intelligence artificielle a conduit à l’intégration d’œuvres dans ce champ, conçues par Éric Baudelaire, Holly Herndon et Mat Dryhurst. En parallèle de la création actuelle, des œuvres historiques des années 1960 à 1990 ont également été acquises.
La présence croissante des technologies du numérique dans le paysage artistique trouve un écho dans les expositions organisées par des institutions de premier plan ces dernières décennies, aux côtés du Centre Pompidou, comme le LACMA à Los Angeles, la Tate Modern à Londres ou le Whitney Museum of American Art à New York. Un artiste tel que Refik Anadol a cofondé le premier musée d’art consacré à l’intelligence artificielle, DATALAND, inauguré en juin dernier à Los Angeles.
C’est dans cette continuité de son histoire et au plus près de la création contemporaine que le Centre Pompidou annonce la création d’un « Comité Art Numérique » pour une durée de cinq ans. Ce nouveau dispositif, rassemblant des mécènes français et internationaux, accompagnera l’institution dans son engagement dans ce domaine. En pratique, le comité financera l’acquisition d’œuvres destinées à la collection du musée national d’Art moderne, mais aussi des publications, des programmes de recherches, des expositions, ou des opérations de conservation des œuvres. Une initiative innovante en tant que « mobilisation collective de collectionneurs et d’acteurs de la scène numérique pour accompagner l’enrichissement des collections du Centre Pompidou », selon ce dernier, qui précise que « ce comité portera une attention particulière aux œuvres créées et inscrites sur la blockchain, dites "onchain", ainsi qu’aux nouvelles formes d’art génératif ».
Dans les prochains mois, trois expositions, réalisées dans le cadre du programme Constellation, permettent de rendre compte de cet aspect de la collection :
- « Nos chimères sont-elles ce qui nous ressemble le mieux ? », du 14 septembre au 13 décembre 2026, dans le cadre du partenariat avec KADIST. L’exposition en ligne réunit dix artistes d’aujourd’hui qui interrogent la présence des grands modèles de langage (LLM) et des systèmes d’IA générative comme des chimères contemporaines.
- « Computer Worlds », du 24 septembre 2026 au 14 février 2027, au Centre Pompidou x West Bund Museum à Shanghai. Cette exposition collective, entièrement conçue à partir de la collection du Centre Pompidou, au croisement des disciplines artistiques, met en lumière les œuvres pionnières de l’art informatique, en dialogue avec la création contemporaine.
- « Unstable Media in the 21st Century », du 20 novembre 2026 au 2 mai 2027, à la Kunsthalle de Hambourg. Autour d’une quarantaine d’œuvres, l’exposition invite à découvrir les évolutions récentes de ce champ de la création artistique à travers une grande diversité de formes, de gestes et de situations.




