Où voir cet automne, dans un même lieu, l’un des célèbres bonshommes de neige de Philippe Parreno, un dialogue entre deux figures majeures du XXe siècle, Yves Klein et Lucio Fontana, et des tirages dye-transfer de Joel Sternfeld ? Au Breuer building, bâtiment emblématique de l’Upper East Side de Manhattan, aujourd’hui siège de Sotheby’s et, à partir de demain, nouvel écrin d’Independent 20th Century qui se déroule du 24 au 27 septembre 2026.
Après avoir organisé Independent dans différents lieux de Manhattan au cours des dix-sept dernières années, ainsi qu’à Bruxelles, Elizabeth Dee, galeriste, commissaire et fondatrice de la foire, réussit peut-être là son plus beau coup : convaincre Sotheby’s de l’accueillir dans le Breuer building, acquis en 2023 par la maison de ventes pour 100 millions de dollars.
« Cela nous a semblé tout naturel », confie Elizabeth Dee à The Art Newspaper. Ses échanges avec Charles Stewart, directeur général de Sotheby’s, « ont immédiatement débouché sur un engagement. Tout s’est bien mis en place ». La foire occupe l’ensemble du Breuer building et gagne considérablement en ampleur. Cette édition d’Independent 20th Century est 75 % plus importante que les précédentes, avec quelque 57 exposants et plus de 130 artistes. Elizabeth Dee rêvait depuis des décennies d’y organiser un événement. Une ambition qui l’a accompagnée lorsqu’elle dirigeait sa propre galerie et voyait se succéder dans le bâtiment les institutions de premier plan : le Whitney Museum of American Art, qui le commanda à Marcel Breuer dans les années 1960, avant de déménager dans le Meatpacking District en 2015 ; le Met Breuer du Metropolitan Museum of Art (2016-2020) ; la Frick Madison, qui a accueilli la Frick Collection (2021-2024) ; et désormais Sotheby’s.
Elizabeth Dee se réjouit des face-à-face proposés de la foire. Un « dialogue particulier » entre Yves Klein et Lucio Fontana se noue entre Lévy Gorvy Dayan, qui participe pour la deuxième fois, et Nahmad Contemporary, fidèle de la manifestation. Au quatrième étage du Breuer building, devant sa grande baie vitrée géométrique caractéristique, Lévy Gorvy Dayan présente principalement des œuvres d’Yves Klein du début des années 1960, parmi lesquelles une installation Blue Rain et plusieurs de ses Cosmogonies, marquées par l’action de phénomènes naturels tels que la pluie ou le vent. À proximité, Nahmad Contemporary consacre son stand à Lucio Fontana, en s’intéressant à Venise et à l’influence de la ville sur l’évolution de son œuvre entre 1956 et 1961. Klein et Fontana « entretiennent tous deux un rapport à la lumière et à la nature, explique Elizabeth Dee. Ils étaient amis, s’admiraient et partageaient cette obsession et cette fascination pour l’espace physique et le dépassement des limites de la peinture traditionnelle. » Lucio Fontana avait d’ailleurs fait l’objet d’une importante rétrospective au Met Breuer en 2019.
La galerie berlinoise Esther Schipper, installée aussi à Paris, célèbre pour sa part quarante ans d’« esthétique relationnelle », expression forgée par le commissaire Nicolas Bourriaud. Son stand réunit des œuvres de Philippe Parreno, Liam Gillick, Dominique Gonzalez-Foerster, Angela Bulloch et Pierre Huyghe. « L’art relationnel est en quelque sorte la pierre angulaire du travail [d’Esther Schipper] et de la génération qu’elle a contribué à accompagner », souligne Elizabeth Dee.
L’arrivée d’Independent 20th Century chez Sotheby’s représente un changement d’échelle majeur par rapport aux éditions précédentes, organisées dans les espaces beaucoup plus petits du Cipriani South Street. Elle marque aussi la consécration d’un projet né en 2008, en pleine crise financière, sous la forme d’une modeste organisation à but non lucratif baptisée X – quinze ans avant qu’Elon Musk ne donne ce nom à Twitter.
« J’avais réuni un groupe d’une centaine de galeristes, artistes, représentants de musées et d’institutions, historiens, universitaires et critiques – en somme, tout un écosystème du monde de l’art », raconte Elizabeth Dee. Conçu pour durer un an et répondre à la crise qui frappait alors le monde de l’art, X s’était installé dans l’ancien bâtiment de la Dia Art Foundation, à West Chelsea. « C’est devenu une Kunsthalle et une sorte de forum, où chacun estimait qu’il fallait repenser nos manières de travailler et la conception des expositions pour une nouvelle génération, poursuit-elle. Nous avons accueilli 75 000 personnes en douze mois. »
La jeune organisation avait alors recruté une commissaire encore peu connue, tout juste diplômée d’un master au Bard College : Cecilia Alemani. « C’était notre seule salariée. Nous lui avons dit : voici 40 000 pieds carrés [environ 3 700 m²], voici les expositions que nous voulons organiser, mais nous n’avons aucun budget », se souvient Elizabeth Dee. Cette alliance d’exigence et d’audace a marqué X, puis la foire qui lui a succédé, jusqu’à son installation au Breuer building, près de vingt ans plus tard.
« Je suis impatiente de voir Independent déployer sa vision singulière dans les espaces exceptionnels du Breuer building, alors que nous célébrons cet automne le 60e anniversaire de son ouverture, a de son côté déclaré Madeline Lissner, directrice mondiale du Fine Art chez Sotheby’s. Le dialogue entre l’ambition curatoriale de la foire et l’architecture emblématique du bâtiment offrira une expérience unique aux galeries, aux collectionneurs et au public. »
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Independent 20th Century, du 24 au 27 septembre 2026, Sotheby’s, Breuer Building, New York




