Le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds a eu « une heureuse surprise » : la récente donation du collectionneur suisse Philippe Bodenmann, initialement annoncée comme comprenant 150 œuvres, s’est finalement révélée en compter 218, indique David Lemaire, directeur du musée. « Lorsque nous avons présenté pour la première fois le projet de donation aux autorités politiques [en 2025], tous les portfolios n’avaient pas encore été ouverts et l’inventaire n’était pas achevé, explique-t-il. Les 150 œuvres initialement annoncées étaient seulement celles visibles chez le collectionneur. »
La collection Bodenmann est présentée pour la première fois dans son intégralité dans l’exposition « Voyages en zigzag. La collection de Philippe Bodenmann » (jusqu’au 3 janvier 2027), qui réunit des pièces relevant de l’art conceptuel anglo-américain, de l’art concret zurichois et de la scène néo-géo suisse.
Elle comprend plusieurs œuvres de Joseph Kosuth, Lawrence Weiner et Royden Rabinowitch, ainsi que des pièces d’Olivier Mosset, Marcia Hafif et Günther Förg. Elle est particulièrement riche en artistes conceptuels britanniques ayant fait de la marche une pratique artistique, notamment Hamish Fulton et Richard Long. La donation vient également renforcer le fonds d’art concret zurichois du musée, historiquement important dans la constitution de ses collections, avec plusieurs peintures majeures de Max Bill.

La collection de Philippe Bodenmann accrochée dans son bureau à son domicile. Courtesy du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds
Selon David Lemaire, Intentio (project) (1985) de Joseph Kosuth et un relief monochrome sans titre réalisé par Andreas Christen en 1998 sont les deux œuvres qui viennent le plus judicieusement compléter le fonds du musée. Les deux artistes y avaient déjà bénéficié d’expositions personnelles, respectivement en 1985 et 1994, mais, jusqu’à cette donation, l’institution ne possédait aucune pièce de Joseph Kosuth et seulement une de Christen. David Lemaire décrit Intentio (project) comme « une œuvre charnière dans la carrière de l’artiste », marquant « un changement d’échelle, l’utilisation de la couleur et un rapport au texte beaucoup plus complexe » que dans les premières créations « tautologiques » de Kosuth et de sa série Art as Idea as Idea.
La pièce d’Andreas Christen, datant de 1998, est « particulièrement spectaculaire », poursuit le directeur du musée : « Grâce à son relief, l’œil humain ne parvient pas à percevoir qu’il s’agit d’un monochrome. En outre, les zones plongées dans l’ombre se transforment au gré des variations de la lumière. »
Philippe Bodenmann n’a assorti sa donation d’aucune condition. David Lemaire y voit « un acte de grande confiance envers notre institution, qu’il connaît depuis plus de quarante ans ». Compte tenu de la cohérence de sa collection, ajoute-t-il, il était important aux yeux de Philippe Bodenmann qu’elle soit transmise dans son intégralité.




