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Ce que peut l'histoire de l'art

L’Institut national d’histoire de l’art et ses partenaires ont mis en place la cellule RePaZ pour fédérer la recherche sur le patrimoine et soutenir les chercheurs en zones de crises.

Anne-Solène Rolland
11 septembre 2026
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Nicole Thierry et Jean-Michel Thierry, Bouddha de la vallée de Bamiyan en Afghanistan, 1961, photographie couleur. © Nicole Thierry et Jean-Michel Thierry

Nicole Thierry et Jean-Michel Thierry, Bouddha de la vallée de Bamiyan en Afghanistan, 1961, photographie couleur. © Nicole Thierry et Jean-Michel Thierry

On ne détruit jamais un patrimoine par hasard. Détruire un monument, une bibliothèque ou un site archéologique, c’est toujours tenter d’effacer une mémoire. En choisissant de dédier les Journées européennes du patrimoine*1, qui se déroulent du 19 au 20 septembre 2026, au « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer », le ministère de la Culture nous rappelle l’urgence de ce thème qui résonne aujourd’hui avec une acuité particulière. Car le patrimoine en péril n’est plus une abstraction lointaine, mais bien une réalité concrète qui nous concerne toutes et tous.

La force de RePaZ est la force du collectif.

Nous pensons spontanément aux monuments qui nous entourent, lorsqu’ils sont délaissés ou menacés, ou au patrimoine naturel de plus en plus fragilisé par le réchauffement climatique. Mais celles et ceux d’entre nous dont les recherches portent sur l’Iran, le Liban, le Yémen, l’Afghanistan, qui travaillent avec des collègues du Mali, d’Ukraine, d’Arménie − pour ne citer que quelques territoires meurtris par les fracas du monde −, ont en tête d’autres patrimoines et d’autres types de danger : les conflits, les attaques terroristes, les destructions guidées par des politiques d’exclusion ethnique ou politique. La dernière décennie nous a montré, avec une intensité nouvelle, combien le patrimoine était une cible et qu’aucune zone du monde n’est épargnée.

PRÉSERVER ET CONSERVER

Détruire le patrimoine, c’est détruire une histoire, souvent millénaire, un bien commun, des traces d’une humanité partagée. Quelle résistance alors est plus forte que celle du chercheur, du professionnel qui, de Tombouctou à Mossoul, de Tyr à Odessa, lutte, souvent avec l’appui d’une large communauté, contre la destruction du patrimoine et de sa mémoire, qui documente tant qu’il est encore temps ce qui est menacé et rassemble, lorsqu’il est trop tard, toutes les ressources nécessaires sur ce qui a été détérioré ou détruit afin de préparer l’avenir et une restauration ou reconstruction toujours possible ?

Qu’il s’agisse de lieux, d’objets ou du patrimoine immatériel, la recherche, faite depuis les pays touchés ou depuis l’Europe, est indispensable à la protection du patrimoine et à la conservation de sa mémoire lorsqu’il est en danger ou détruit. On sait aujourd’hui combien les photographies anciennes, les archives de fouilles des sites perdus ou amenés à disparaître sont fondamentales pour leur compréhension et leur restauration; on sait aussi combien les compétences des historiens de l’architecture, de l’art, des archéologues sont précieuses. Loin de ne servir qu’à l’écriture de l’histoire, elles sont essentielles à l’identification des patrimoines menacés et à leur restauration ou à la préservation, dans nos bibliothèques, nos archives et nos musées, de leur mémoire.

Lancé en 2025 par l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), en collaboration avec la mission Terrains contraints de l’UAR 2999 du CNRS et l’Observatoire des patrimoines de l’Alliance Sorbonne Université (OPUS), et avec l’appui de nombreux partenaires, le programme RePaZ (recherche et patrimoines en zones de crises) a justement pour objectif de soutenir les acteurs de cette recherche sur le patrimoine en danger*2. Derrière l’acronyme se cache un effort collectif au service de la communauté de la recherche et du patrimoine. Maintenir des espaces de rencontres, développer des formations, produire des ressources partagées pour les chercheurs dont les terrains et les objets sont devenus, ou risquent de devenir, inaccessibles est plus que jamais nécessaire pour que la recherche se poursuive malgré tout, et que l’isolement et le danger ne détournent pas toute une génération de chercheurs de terrains et de patrimoines riches, sur lesquels tant de travaux restent à faire.

La force de RePaZ est la force du collectif. Parce que protéger le patrimoine commence d’abord par soutenir celles et ceux qui le connaissent, l’étudient et le documentent. En renforçant les collaborations, les mobilités et le partage d’expertise, l’INHA et ses partenaires investissent dans l’avenir de cette recherche autant que dans celui des patrimoines menacés.

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*1 Journées européennes du patrimoine
*2 RePaZ – Recherche et Patrimoine en Zones de crises

Histoire de l'artInstitut national d'histoire de l'art (INHA)PatrimoineJournées européennes du PatrimoineRePaZ – Recherche et Patrimoine en Zones de crisesChroniqueMinistère de la Culture
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