Christian Bernard s’est éteint jeudi 6 août à l’âge de 76 ans, des suites de maladie. Il a notamment dirigé la Villa Arson à Nice de 1986 à 1994, avant de fonder le Mamco de Genève, qu’il a dirigé jusqu’en 2015. Il fut ensuite directeur artistique du Printemps de Septembre, à Toulouse, de 2016 à 2021. Un hommage lui a été rendu le 22 août dernier, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.
Né en 1950 à Strasbourg, Christian Bernard effectue sa scolarité au lycée Fustel-de-Coulanges dans la capitale alsacienne avant de se rapprocher de la mouvance surréaliste grâce à sa rencontre avec l’écrivain Vincent Bounoure. En 1968, il publie un recueil de poèmes accompagné de dessins d’Antoine Bernhart et rejoint le mouvement Phases, fondé et animé par Édouard Jaguer. Il participe également aux événements de mai et juin 1968. La même année, il fonde le groupe La Main à proie, qu’il dirige jusqu’en 1971. Après avoir enseigné le français puis la philosophie comme contractuel, il rejoint le ministère de la Culture en 1982. Il participe notamment à la création du FRAC Rhône-Alpes, ainsi qu’à l’émergence de nouveaux équipements et institutions consacrés à l’art contemporain dans la région, parmi lesquels les musées de Grenoble et de Saint-Étienne, le Nouveau Musée de Villeurbanne et le Magasin de Grenoble.
En 1985, il est nommé à la direction artistique et pédagogique de la Villa Arson, à Nice, qu’il dirige jusqu’en 1994. L’établissement, conçu comme un lieu pluridisciplinaire, associe une école supérieure d’art, un centre d’art, des résidences d’artistes et une bibliothèque. Christian Bernard y renouvelle en profondeur l’enseignement artistique et rapproche l’école du centre d’art, associant les étudiants à sa programmation. Cette période marque durablement toute une génération d’artistes, parmi lesquels Ghada Amer, Michel Blazy, Tatiana Trouvé, Philippe Ramette, Natacha Lesueur ou Jean-Luc Verna.
Mais c’est à Genève que Christian Bernard laisse la plus grande partie de son héritage artistique. En 1991, Christian Bernard est chargé de concevoir le futur Musée d’art moderne et contemporain dans la ville suisse. Il sera installé dans une ancienne usine de Plainpalais mise à disposition par la Ville. « C’était l’hiver, il faisait sombre, et la première découverte de cette usine s’est faite dans le froid, l’humidité et les odeurs très fortes des machines, de l’huile et de tous les fantômes d’une usine qui venait à peine d’être désaffectée. Tous les espaces étaient encore vides, jonchés de quelques restes du passé. C’était à la fois assez excitant et très étrange, car tout cela ne faisait qu’indiquer la disparition », racontait Christian Bernard au micro de la RTS (Radio Télévision Suisse) en 2013, en évoquant sa première visite du bâtiment.
Le Mamco ouvre finalement ses portes en septembre 1994. Christian Bernard en restera le directeur jusqu’en 2015, aux côtés de Françoise Ninghetto. Il y réinvente le musée en en faisant un espace d’exposition en renouvellement permanent, où œuvres de la collection ou en prêts et expositions temporaires sont présentées au sein d’un même dispositif. Sous son impulsion, le parcours est largement repensé plusieurs fois par an, tandis que les espaces adoptent des configurations variées, de la galerie au loft ou à l’atelier. Le Mamco accorde également une place importante aux présentations monographiques de longue durée et à une politique éditoriale privilégiant les textes d’artistes, les essais et les monographies.
En parallèle de ses fonctions au Mamco, Christian Bernard développe plusieurs activités curatoriales en France et à l’étranger. Il prend notamment la direction artistique du Printemps de septembre à Toulouse en 2008-2009, puis retrouve la manifestation entre 2016 et 2021. En 2009, il est également chargé du commissariat du pavillon français à la Biennale de Venise, confié cette année-là à Claude Lévêque.
Parallèlement à ses activités dans le champ de l’art contemporain, Christian Bernard a construit, tout au long de sa carrière, une œuvre littéraire consacrée notamment à la poésie. Entre autres textes, il publie Petite Forme en 2012 et Morceaux choisis, avec des dessins de Philippe Ramette, en 2025. En juin 2026, l’Académie française a même distingué l’ensemble de son parcours poétique en lui décernant son Grand Prix de poésie.




