Cartographe méticuleux de mondes imaginaires, miniaturiste espiègle et ironique, Philippe Favier s’était fait connaître au début des années 1980 en gravant des personnages minuscules et autres fantaisies réjouissantes sur des boîtes de sardines, dessinant au stylo-bille de fantasques scènes de batailles, donnant libre cours sur de très petits formats à des danses macabres médiévales, des voyages oniriques.
D’une impressionnante dextérité, son trait révèle l’acuité de son regard, obligeant à être au plus près pour s’amuser de ces saynètes lilliputiennes, à l’occasion rabelaisiennes. Inclassable, habité par un univers singulier, ce maître du détail s’est par la suite passionné pour d’autres formats et techniques peu usités, du tondo à la peinture sur verre, revisitant avec poésie un savoir-faire traditionnel, puisant son inspiration dans l’histoire de l’art et la peinture classique, dans une approche contemporaine qui n’appartenait qu’à lui.
Le peintre et graveur Philippe Favier a trouvé la mort le 7 mars à l’âge de 68 ans dans un accident de la route entre son atelier de Châteaudouble, dans la Drôme, et sa résidence, sur les hauteurs de Nice.
Né le 12 juin 1957, à Saint-Étienne, où il étudie aux Beaux-arts avant d’y enseigner, l’artiste stéphanois, ancien résident à la Villa Médicis à Rome, disait : « Je peins peut-être pour savoir un jour reproduire tout ce que peindre m’aura empêché de voir ». « Philippe Favier par son univers d’une exceptionnelle et rare poésie savait vous aimanter pour ne plus vous lâcher, lui rend hommage Bernard Chauveau, galeriste et éditeur de nombreux livres avec l’artiste. […] Philippe nous a servi un cocktail unique qui mélangeait avec bonheur tout autant la fidélité, la facétie que la gravité, avec une réelle tendresse dont nous ne pourrons oublier le goût. »
Reconnu internationalement, présent dans de nombreuses collections publiques et privées, il a notamment exposé au musée d’Art contemporain de Lyon (2004-2005), à la Bibliothèque nationale de France (2000) ou à la Galerie nationale du Jeu de Paume (1996), à Paris. Après la Galerie Yvon Lambert, il est aujourd’hui représenté par Ceysson & Bénétière. Il laisse un œuvre merveilleusement discret, où son art délicat de l’infiniment petit, philosophique et rêveur, est l’égal des plus grands.




