Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
Art-o-rama 2026
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
Livres
Art-o-rama 2026
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
Livres
Expositions
Critique

Quand les couleurs racontent le monde

Au Centre international d’art et du paysage de Vassivière (CIAP), l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs » rassemble un ensemble d’artistes autour des usages et des perceptions de la couleur. Présentées dans le bâtiment d’Aldo Rossi, les œuvres prolongent la découverte du parc de sculptures installé sur l’île et les rives du lac.

Aude de Bourbon
31 juillet 2026
Partagez
Vue de l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs » (cur. Arnaud Dubois), CIAP Vassivière, 2026. Photo © Thiery Caron-Divergence

Vue de l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs » (cur. Arnaud Dubois), CIAP Vassivière, 2026. Photo © Thiery Caron-Divergence

Déclinée en variations de violet, de rouge, de brun et de vert, l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs » rassemble installations, sculptures minérales ou tissées, photographies et vidéos pour explorer les alternatives à la fabrication industrielle des couleurs. Parmi les dix-neuf artistes réunis, principalement des femmes, figurent notamment Cécile Bart, Louise Bourgeois, Marinette Cueco, Derek Jarman ou Liliana Motta. Certains des créateurs invités ont exploré les ressources végétales et minérales du territoire afin d’en extraire leurs propres pigments. Cueillette, culture et apprentissage de la chimie ont nourri des œuvres souvent conçues pour l’exposition, qui portent l’empreinte des paysages où elles ont vu le jour.

Mais comment représenter et valoriser ce qui est imperceptible ? Charlotte Marembert s’est intéressée à l’une des ressources naturelles principales en ces temps de canicule, l’eau. Son drap de laine de 6 mètres de long ouvre l’exposition. Il se compose d’un camaïeu de 30 rouges produit à l’aide d’une teinture naturelle mélangée à l’eau de 30 lacs et étangs. Cette œuvre ne rend compte ni de la qualité des eaux ni de ce qui les singularise. Elle évoque toutefois leurs variations invisibles et la richesse de leurs différences. La sculpture de Clara Salomon prolonge cette réflexion : composée d’une multitude de laines colorées, elle témoigne de la diversité des races ovines locales. Elle s’oppose ainsi à l’élevage industriel qui, pour répondre à une demande uniforme de laine blanche, a contribué à réduire le nombre de races et, avec elles, la biodiversité.

D’autres artistes portent leur attention sur la pollution. Avec Indociles, Yann Mingard associe des photographies de plantes invasives capables de capter les polluants présents dans les sols à une image abstraite fondée sur leur colorimétrie scientifique. Son œuvre ne délivre pas davantage de données : elle met en regard deux représentations d’une même réalité, l’une visible, l’autre imperceptible. Anaïs Tondeur, de son côté, a travaillé avec des physiciens pour prélever des particules fines dans l’atmosphère. À partir de ce noir de carbone, elle a ensuite tiré de ténébreuses photographies de ciels. Une mise en abyme aussi belle que tragique.

Vue de l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs » (cur. Arnaud Dubois), CIAP Vassivière, 2026. Photo © Thiery Caron-Divergence

Yto Barrada, qui représente actuellement la France à la Biennale de Venise, est, elle aussi, présente dans l’exposition. Et pour cause. Depuis plusieurs années, l’artiste s’intéresse à la production de teintures végétales à partir de son jardin tinctorial tangérois, devenu le centre de recherche écoféministe The Mothership. Elle présente au CIAP une carte stylisée quadricolore de l’île et de son lac, teintée notamment avec des pigments de garance et d’écorces d’acacia. Lucie Ponard glane elle aussi ses matériaux pour produire ses tasses en terre cuite émaillées. Mais elle ne les récolte pas dans un jardin. Elle récupère des terres d’excavation et rebuts de chantiers afin de leur trouver de nouveaux usages et ainsi participer à leur revalorisation.

Mathias Mareschal révèle, pour sa part, la beauté de la matière à l’état pure en prélevant dans le sol des tranches d’argile blanche oxydée, qu’il nomme Pierres-paysages. De ce geste simple naît un véritable émerveillement. À l’image des artistes réunis dans l’exposition, il cherche à créer autrement, en portant sur le monde un regard attentif à ses équilibres et au respect du vivant. Pour révéler ce qui est (encore) là.

--

« Alors nous irons trouver la couleur ailleurs », jusqu’au 1er novembre 2026, Centre international d’art et du paysage, Île de Vassivière, 87120 Beaumont-du-Lac

ExpositionsCentre international d’art et du paysage de l’Île de VassivièreYto BarradaCécile BartLouise BourgeoisAnaïs TondeurMarinette CuecoDerek JarmanLiliana Motta
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

ExpositionsCritique
30 août 2024

Louise Bourgeois, impériale à Rome

La Galleria Borghese consacre à l’artiste franco-américaine sa première exposition dans la Ville éternelle. Un dialogue éblouissant avec les chefs-d’œuvre de la collection.

Stéphane Renault
ExpositionsCritique
30 mai 2024

Pino Pascali fait l’araignée à la Fondation Prada à Milan

L’institution milanaise présente l’œuvre foisonnante de l’artiste italien à la carrière météoritique. Et met en avant le sens de la mise en scène chez ce membre de l’Arte povera disparu à l’âge de 32 ans.

Emmanuel Grandjean
ExpositionsCritique
27 mai 2025

Paris, la ville des vies d'Agnès Varda

Le musée Carnavalet – Histoire de Paris retrace la relation inspirante de la cinéaste franco-belge avec sa ville d’adoption, depuis le studio de photographie qu’elle y établit rue Daguerre.

Marc Donnadieu
ExpositionsCritique
22 février 2024

L'art pour éclairer Lacan

Le Centre Pompidou-Metz livre une vision singulière de l’œuvre du psychiatre et psychanalyste à travers des œuvres d’art anciennes et contemporaines.

Anaël Pigeat