Déclinée en variations de violet, de rouge, de brun et de vert, l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs » rassemble installations, sculptures minérales ou tissées, photographies et vidéos pour explorer les alternatives à la fabrication industrielle des couleurs. Parmi les dix-neuf artistes réunis, principalement des femmes, figurent notamment Cécile Bart, Louise Bourgeois, Marinette Cueco, Derek Jarman ou Liliana Motta. Certains des créateurs invités ont exploré les ressources végétales et minérales du territoire afin d’en extraire leurs propres pigments. Cueillette, culture et apprentissage de la chimie ont nourri des œuvres souvent conçues pour l’exposition, qui portent l’empreinte des paysages où elles ont vu le jour.
Mais comment représenter et valoriser ce qui est imperceptible ? Charlotte Marembert s’est intéressée à l’une des ressources naturelles principales en ces temps de canicule, l’eau. Son drap de laine de 6 mètres de long ouvre l’exposition. Il se compose d’un camaïeu de 30 rouges produit à l’aide d’une teinture naturelle mélangée à l’eau de 30 lacs et étangs. Cette œuvre ne rend compte ni de la qualité des eaux ni de ce qui les singularise. Elle évoque toutefois leurs variations invisibles et la richesse de leurs différences. La sculpture de Clara Salomon prolonge cette réflexion : composée d’une multitude de laines colorées, elle témoigne de la diversité des races ovines locales. Elle s’oppose ainsi à l’élevage industriel qui, pour répondre à une demande uniforme de laine blanche, a contribué à réduire le nombre de races et, avec elles, la biodiversité.
D’autres artistes portent leur attention sur la pollution. Avec Indociles, Yann Mingard associe des photographies de plantes invasives capables de capter les polluants présents dans les sols à une image abstraite fondée sur leur colorimétrie scientifique. Son œuvre ne délivre pas davantage de données : elle met en regard deux représentations d’une même réalité, l’une visible, l’autre imperceptible. Anaïs Tondeur, de son côté, a travaillé avec des physiciens pour prélever des particules fines dans l’atmosphère. À partir de ce noir de carbone, elle a ensuite tiré de ténébreuses photographies de ciels. Une mise en abyme aussi belle que tragique.

Vue de l’exposition « Alors nous irons trouver la couleur ailleurs » (cur. Arnaud Dubois), CIAP Vassivière, 2026. Photo © Thiery Caron-Divergence
Yto Barrada, qui représente actuellement la France à la Biennale de Venise, est, elle aussi, présente dans l’exposition. Et pour cause. Depuis plusieurs années, l’artiste s’intéresse à la production de teintures végétales à partir de son jardin tinctorial tangérois, devenu le centre de recherche écoféministe The Mothership. Elle présente au CIAP une carte stylisée quadricolore de l’île et de son lac, teintée notamment avec des pigments de garance et d’écorces d’acacia. Lucie Ponard glane elle aussi ses matériaux pour produire ses tasses en terre cuite émaillées. Mais elle ne les récolte pas dans un jardin. Elle récupère des terres d’excavation et rebuts de chantiers afin de leur trouver de nouveaux usages et ainsi participer à leur revalorisation.
Mathias Mareschal révèle, pour sa part, la beauté de la matière à l’état pure en prélevant dans le sol des tranches d’argile blanche oxydée, qu’il nomme Pierres-paysages. De ce geste simple naît un véritable émerveillement. À l’image des artistes réunis dans l’exposition, il cherche à créer autrement, en portant sur le monde un regard attentif à ses équilibres et au respect du vivant. Pour révéler ce qui est (encore) là.
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« Alors nous irons trouver la couleur ailleurs », jusqu’au 1er novembre 2026, Centre international d’art et du paysage, Île de Vassivière, 87120 Beaumont-du-Lac




