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Le directeur du Detroit Institute of Arts identifie un Velázquez porté disparu

Éminent spécialiste du peintre espagnol, Salvador Salort-Pons affirme avoir retrouvé l’œuvre par hasard alors qu’il préparait une exposition au musée.

J.S. Marcus
21 juillet 2026
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Diego Velázquez, Le Comte-Duc d’Olivares en armure, 1626. Courtesy ARS Magazine et de la collection particulière

Diego Velázquez, Le Comte-Duc d’Olivares en armure, 1626. Courtesy ARS Magazine et de la collection particulière

Les tableaux de Diego Velázquez sont particulièrement rares. Quelque 120 œuvres lui sont aujourd’hui attribuées, dont une cinquantaine conservée au musée du Prado, à Madrid. Les autres grands musées internationaux n’en possèdent généralement que quelques-unes, voire aucune, comme le Louvre, tandis que moins de dix se trouveraient encore entre les mains de collectionneurs privés.

Ce nombre pourrait toutefois être revu. Salvador Salort-Pons, directeur du Detroit Institute of Arts (DIA) et éminent spécialiste de Velázquez, affirme avoir identifié dans une collection particulière un portrait peint en 1626 de l’homme d’État espagnol Gaspar de Guzmán, comte-duc d’Olivares. Il présente ses conclusions dans ARS Magazine, une revue d’art trimestrielle publiée à Madrid.

Favori du roi Philippe IV d’Espagne, Olivares joua un rôle décisif dans la nomination du jeune Velázquez comme peintre de cour en 1623, avant de devenir l’un de ses modèles privilégiés. Susceptible d’éclairer les premières années madrilènes de l’artiste, le tableau récemment retrouvé le représente vêtu d’une armure bordée d’or, traversée par une brillante écharpe rouge.

La redécouverte du Comte-duc d’Olivares en armure doit beaucoup à une étonnante coïncidence, raconte Salvador Salort-Pons à The Art Newspaper. Commandé par Olivares afin d’être offert au cardinal Francesco Barberini, puissant neveu du pape Urbain VIII, le portrait apparaît dans l’inventaire romain de ce dernier, avant que sa trace ne se perde pendant plusieurs siècles. Son existence n’a été de nouveau signalée qu’en 1970, avec la publication d’extraits du journal d’un diplomate pontifical du XVIIe siècle.

L’écharpe et l’armure du Philippe IV par Velázquez (1626-1628). Courtesy du Museo Nacional del Prado, Madrid

Depuis longtemps intéressé par les relations artistiques entre l’Espagne et l’Italie, Salvador Salort-Pons avait tenté de retrouver la trace du tableau au début des années 2000. Convaincu que l’œuvre était perdue ou conservée dans un lieu inconnu, il entreprend en 2024 au Detroit Institute of Arts la préparation d’une exposition dossier réunissant plusieurs portraits remarquables d’Olivares peints par Velázquez dans les années 1620. Puis, raconte-t-il, en 2025, « quelqu’un m’a envoyé un courriel ».

Le portrait d’Olivares était alors en cours de nettoyage dans un atelier de restauration madrilène. Jusqu’à cette date, il était considéré comme une œuvre « de l’atelier de Velázquez », précise Salvador Salort-Pons. Invité à l’examiner, il se rend à Madrid à la fin de 2025. « Dès que je l’ai vu, se souvient-il, j’ai recommandé de mener des analyses techniques. »

Les résultats se sont révélés saisissants. Selon Salvador Salort-Pons, les radiographies, les examens sous ultraviolets et la réflectographie infrarouge ont permis de rattacher avec certitude le tableau à la production de Velázquez des années 1620. Les pigments correspondent « parfaitement » à ceux qu’utilisait alors le peintre, souligne-t-il, tandis que le nombre de fils de la toile concorde avec celui de trois autres œuvres de l’artiste, parmi lesquelles un portrait du jeune Philippe IV (1626-1628), également représenté en armure et ceint d’une écharpe. Les radiographies ont en outre révélé d’importants repentirs, autre caractéristique des premières œuvres madrilènes de Velázquez.

Le peintre avait d’abord représenté Olivares vêtu de noir, dans un costume apparemment doublé de fourrure, avant de lui substituer une tenue militaire, explique Salvador Salort-Pons. L’analyse du portrait de Philippe IV conservé au Prado a, de la même manière, révélé sous l’armure et l’écharpe un premier vêtement noir, ultérieurement recouvert.

Paulus Pontius, Gaspar de Guzmán, comte-duc d’Olivares, vers 1626. Courtesy The Metropolitan Museum of Art, New York

Avant la publication de son article, au début de ce mois de juillet, Salvador Salort-Pons avait gardé le silence. « Je l’ai dit à ma femme », confie-t-il. Il avait également informé le Prado de sa découverte. Il finalise actuellement le prêt au Detroit Institute of Arts du portrait en armure de Philippe IV.

L’exposition « Velázquez and Olivares : Early Years at Court » ouvrira à Detroit en janvier 2027. Elle réunira notamment deux célèbres portraits d’Olivares peints par Velázquez dans les années 1620, conservés à l’Hispanic Society of America, à New York, et au Museu de Arte de São Paulo. Elle présentera également une estampe réalisée en 1626 par l’artiste flamand Paulus Pontius, mêlant des éléments allégoriques empruntés à un portrait d’Olivares par Pierre Paul Rubens – lui-même présent à la cour d’Espagne dans les années 1620 – à un buste qui semble dériver du portrait de Velázquez récemment réapparu.

Cette découverte est « considérable », estime Giles Knox, spécialiste de Velázquez et professeur d’histoire de l’art à l’Indiana University Bloomington. Ces premières œuvres sont essentielles pour retracer l’évolution du peintre, souligne-t-il, à une époque où celui-ci suscitait une forte méfiance et une vive hostilité. « Les peintres de la vieille garde le détestaient », affirme-t-il, contraignant le jeune artiste à « prouver qu’il était digne de sa fonction de peintre du roi ».

Le portrait d’Olivares récemment retrouvé témoigne de cette volonté de démonstration. Sur l’épaule droite du modèle, deux rivets devraient apparaître sur l’armure, mais l’un d’eux manque, créant un discret et saisissant effet de trompe-l’œil sous la forme d’un minuscule trou. Ce détail, absent de l’estampe pourtant très proche de Pontius, a été ajouté « pour montrer la grande virtuosité de Velázquez », explique Salvador Salort-Pons.

Une œuvre de cette qualité et de cette importance pourrait logiquement être proposée aux enchères, et le Prado constituerait une destination naturelle pour sa conservation définitive. Malgré l’ampleur exceptionnelle de son fonds Velázquez, le musée madrilène ne possède aucun des premiers portraits peints d’Olivares par l’artiste. Salvador Salort-Pons se garde toutefois de dévoiler le moindre détail sur l’avenir du tableau, au-delà de sa présence dans la prochaine exposition du Detroit Institute of Arts. « Je peux seulement vous dire une chose, ajoute-t-il. S’il m’appartenait, je le garderais. »

Art ancienDiego VélasquezSalvador Salort-PonsDetroit Institute of Arts Museo del Prado MadridExpositions
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