Il y a, à l’évidence, une différence essentielle entre portraiturer des personnes qui se jugent assez importantes pour commander leur propre image et photographier des artistes retirés dans l’espace clos de leur atelier. Le photographe Jean-Marie del Moral a choisi d’opter pour la seconde option, il y a une cinquantaine d’années, après sa rencontre avec le surréaliste catalan Joan Miró. « Il n’y a pas une journée où je ne pense pas à lui, il m’a mis sur un chemin mental qui a changé ma vie », explique-t-il. Depuis, il a eu l’occasion de capturer d’innombrables maîtres de l’histoire de l’art, tels que Pierre Soulages, Antoni Tàpies, Roy Lichtenstein, Robert Motherwell, Sam Francis, Julian Schnabel, Luc Tuymans, Alex Katz, Joan Mitchell, Zao Wou-Ki ou encore César.
Jean-Marie del Moral, Pierre Alechinsky, Mausanne-les-Alpilles, 1998. © Jean-Marie del Moral
Au Centre d’art contemporain Bouvet Ladubay, à Saumur, Jean-Marie del Moral expose une sélection de cent sept photographies en couleur et en noir et blanc, réalisées au plus près d’une cinquantaine d’artistes, le plus souvent dans leurs ateliers. Au cours des trente dernières années, vingt-trois de ces artistes ont vu leurs propres œuvres exposées au cœur de la maison célèbre pour ses vins effervescents. Un lien qui inscrit pleinement cette exposition dans l’histoire du lieu.
Sous le commissariat de Benoît Lemercier, le parcours thématique réunit une sélection de portraits et met en scène des dialogues imaginaires entre artistes liés par des affinités, à l’image de Miró et Alechinsky, auxquels une salle entière est consacrée. Entre ces murs, les deux amis se font face à nouveau, figure contre figure et univers contre univers, autour de la passion du bleu que ces derniers partageaient. Les vues juxtaposées de leurs deux ateliers offrent des ressemblances troublantes : on y retrouve presque les mêmes objets, rangés pratiquement de la même manière.

Jean-Marie del Moral, Miquel Barceló, Paris, 2006. © Jean-Marie del Moral
Certaines images s’inscrivent dans la tradition des vues d’ateliers et des intérieurs d’artistes, des photographies de Brassaï à celles de Constantin Brancusi. « Ce qui serait très beau, c’est qu’une personne qui ne s’intéresse que de très loin à l’art puisse comprendre ce qu’est l’univers d’un ou d’une artiste », confie Jean-Marie del Moral. L’espace consacré à Miquel Barceló est, à cet égard, particulièrement éloquent. Avec une grande sensibilité, le photographe parvient à restituer la personnalité puissante de l’artiste espagnol. Le grand cliché monochrome de ses bottes, couvertes d’éclats de peinture, fait notamment écho à la matérialité âpre de son œuvre : sédiments de sable, projections de terre, poussières de cendre.
Puis viennent les pinceaux de Pierre Soulages, les mains d’Antoni Tàpies, les couleurs de Jan Voss ou encore les gestes de James H. D. Brown. Jean-Marie del Moral, pourtant, n’a jamais passé beaucoup de temps dans les ateliers qu’il a photographiés. « Il faut que ce soit très rapide. Je suis quelqu’un de timide, et pour un photographe, je crois que c’est un avantage, parce que tu n’emmerdes (sic) pas les gens et tu es obligé de capter l’essentiel », explique-t-il. L’exposition témoigne avec acuité de cette capacité à saisir l’espace mental de l’atelier autant que la personnalité des artistes, à travers des compositions vives et poétiques.
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« Jean-Marie del Moral. Ateliers et portraits d’artistes », jusqu’au 1er novembre 2026, Centre d’art contemporain Bouvet Ladubay, 26 rue Jean Ackerman, 49400 Saumur.



