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Le président du Mucem suspendu après des accusations de harcèlement

Pierre-Olivier Costa, visé par une enquête préliminaire pour des accusations de harcèlement moral et sexuel, sera dessaisi de ses fonctions, de manière conservatoire, à compter du 1er juillet. Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions sociales au sein de l’établissement marseillais.

Julien Desneuf et Alexandre Crochet
30 juin 2026
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Le Mucem. D.R.

Le Mucem. D.R.

Le président du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille, Pierre-Olivier Costa, a été suspendu « à sa demande et à titre conservatoire » de ses fonctions à compter du 1er juillet et ce, pour une durée maximale de quatre mois, a annoncé le ministère de la Culture ce mardi 30 juin 2026. Cette mesure intervient alors qu’il est visé par une enquête préliminaire pour des faits présumés de harcèlement moral et sexuel au sein de l’institution marseillaise. Elle fait suite à la remise mi-juin par l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) d’un rapport au ministère de la Culture portant sur le climat social au sein du Mucem et sur des faits potentiellement liés à ces accusations de harcèlement. Dans un bref communiqué, le ministère précise que cette suspension, décidée « à sa demande et à titre conservatoire », vise à « rétablir un climat de confiance et à renouer le dialogue social au sein de l’institution ». L’intérim sera assuré par Anne-Marie Le Guével, inspectrice générale des Affaires culturelles.

L’affaire a débuté par un signalement effectué par le ministère de la Culture en application de l’article 40 du code de procédure pénale, qui impose aux autorités publiques de signaler au procureur les faits susceptibles de constituer un crime ou un délit. Les faits reprochés remonteraient à septembre 2025. D’après Le Monde, le signalement émane d’un jeune cadre arrivé au musée en 2024. Ce dernier accuse Pierre-Olivier Costa de harcèlement moral et sexuel. Cet homme, qui a déposé une main courante à l’époque, se trouve selon Le Monde actuellement en arrêt maladie. Le parquet de Marseille a confirmé fin mars l’ouverture d’une enquête préliminaire à ce sujet.

Parallèlement à cette procédure judiciaire, l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) a été chargée, dès le 10 mars 2026, d’une mission administrative portant sur le climat social au sein du Mucem et sur « tout élément en rapport » avec les accusations de harcèlement. Son rapport a été remis fin avril au ministère de la Culture et ses conclusions pourraient expliquer la suspension de Pierre-Olivier Costa, qui avait rejoint l’établissement public national en fin d’année 2022. Il pourra accéder de son côté à ce document jusqu’ici confidentiel pour préparer sa défense.

N’ayant jamais exercé de fonction de direction dans un grand établissement, cet ancien directeur de cabinet de Brigitte Macron a néanmoins accumulé une certaine expérience en mêlant fonctions politiques et culturelles. Après plusieurs postes à la mairie de Paris auprès de Bertrand Delanoë puis d’Anne Hidalgo, il rejoint en 2017 le mouvement politique La République en marche comme chef de cabinet d’Emmanuel Macron, avant d’être conseiller spécial du président. Il devient ensuite conseiller spécial puis directeur de cabinet de Brigitte Macron à l’Élysée. Il avait auparavant occupé des postes au sein d’institutions culturelles, notamment au Centre Pompidou entre 2007 et 2011, puis au Centre national du cinéma et de l’image animée en 2011-2012.

Sa gestion à la tête de l’institution phocéenne n’avait pas tardé à être contestée par les employés du musée. Dès sa première année à la tête de l’établissement en 2022, Pierre-Olivier Costa avait vu son mode de management vivement critiqué par une partie des équipes. Des agents lui avaient reproché de fragiliser le projet scientifique du musée et avaient dénoncé un management jugé « parfois toxique », exercé notamment par deux conseillers extérieurs.

Le climat social s’était progressivement dégradé. Le syndicat SUD-Solidaires avait appelé à la grève en décembre 2023 puis en juin 2024 pour dénoncer le mal-être au travail. En septembre 2024, la médecine du travail avait également alerté le ministère sur la souffrance des agents. Tout récemment, dans un courrier adressé le 24 juin 2026 à la ministre de la Culture, les représentants du personnel évoquaient un climat « délétère » et dénonçaient « une multitude de dysfonctionnements et de faits inacceptables » imputés selon eux à la direction.

Jusqu’ici, et malgré les mises en cause, Pierre-Olivier Costa n’a eu de cesse de contester les faits qui lui sont reprochés. Dans un communiqué diffusé au début du mois d’avril, le Mucem indiquait que son président accueillait « avec confiance » l’ouverture de l’enquête préliminaire, estimant que celle-ci permettrait de « faire toute la lumière sur des accusations infondées ». Le musée rappelait également à cette occasion qu’un audit sur les risques psychosociaux avait été réalisé en 2025 et qu’un plan de prévention était en cours de déploiement.

L’affaire semble aujourd’hui prendre une dimension politique, avec des répercussions possibles jusqu’à l’Élysée. Ainsi, ce mardi 30 juin, le député (LFI) Hendrik Davi a interpellé le gouvernement via une question écrite, demandant des mesures urgentes pour mettre fin au mal-être au travail au sein du musée et la transmission du rapport de l’IGAC aux organisations syndicales. « Une soixantaine d’agents ont été auditionnés et le rapport serait, selon plusieurs sources, accablant », écrit-il. Et d’ajouter : « la proximité du président avec le couple présidentiel fait craindre aux organisations syndicales que l’affaire soit étouffée. Par ailleurs, aucune suspension n’a été prononcée le temps de l’enquête et il s’avérait dangereux pour les agents qu’aucune mesure ne soit prise pour les protéger et mettre fin à cette situation. »

Dans un communiqué que nous a fait parvenir le Mucem ce mardi 30 juin, Pierre-Olivier Costa « relève que cette décision de suspension est motivée par le souhait de rétablir les conditions du dialogue social au sein du Mucem. Elle ne constitue donc ni une sanction disciplinaire ni une reconnaissance des allégations portées à son encontre ». L’intéressé y précise aussi ne pas avoir eu « connaissance à ce stade du rapport de l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) » remis, selon le communiqué, fin avril. Le président (suspendu) du Mucem ajoute n’avoir « connaissance d’aucune plainte qui le viserait ». Et de préciser n’avoir « jamais été convoqué ni entendu par le parquet dans le cadre de l’enquête en cours », rappelant « qu’il bénéficie de la présomption d’innocence et conteste fermement l’ensemble des accusations portées à son encontre ». Pierre-Olivier Costa a porté plainte pour dénonciation calomnieuse contre l’auteur des allégations de harcèlement et contre X.

Musées et institutionsJusticeMusée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée - MucemPierre-Olivier CostaHarcèlement moralHarcèlement sexuelMinistère de la Culture
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