« Basel Exclusive », tel est le nom de la grande nouveauté de cette édition 2026 de la Foire d’art moderne et contemporain. Dans le cadre de cette initiative, Art Basel a demandé aux exposants de garder des œuvres de premier plan pour la journée d’ouverture, « First Choice VIP », le mardi 16 juin, sans les inclure dans les previews envoyées aux collectionneurs en amont, ni les diffuser dans les viewing rooms en ligne, ni, enfin, chercher à les vendre avant la tenue de l’événement, soit une entorse aux coutumes de la plupart des galeries. « Bien que tout le monde aime que l’art soit diffusé numériquement et soit visible depuis n’importe quel endroit du monde, il demeure primordial de voir les œuvres en personne, confie Vincenzo de Bellis, directeur et chief artistic officer des Foires Art Basel. Il ne s’agit en aucun cas de diminuer l’importance des canaux de diffusion digitaux, qui sont une partie essentielle de notre secteur, une façon d’accroître les opportunités pour le marché de l’art. Mais de nombreuses galeries nous ont demandé ce genre d’attention : pouvoir regarder les œuvres en vrai. »
UN VERNISSAGE RECHERCHÉ
Faut-il voir aussi« Basel Exclusive » comme une réponse à la lassitude d’une partie des collectionneurs, exaspérés d’apprendre que les pièces les plus intéressantes sont déjà réservées ou vendues dès les premières minutes du vernissage VIP, au risque de décourager certains de se rendre à Bâle ? Et ce, à une époque où ceux-ci se déplacent moins en dehors de leur région ? « Avec cette initiative, nous souhaitons aller à l’encontre de l’idée répandue que tout est prévendu et vendu numériquement. C’est quelque chose que nous voulions changer, afin qu’une partie des œuvres soient vraiment à découvrir sur place », explique Vincenzo de Bellis. Ces œuvres, gardées secrètes jusqu’au dernier moment, sont identifiées sur les stands par une marque spéciale, ainsi que sur le plan du Salon. Plus de 70 % des 290 galeries issues de 43 pays et territoires ont annoncé leur souhait de coopérer. Bien sûr, la sincérité de la démarche est laissée à la discrétion des participants, la Foire ne disposant guère d’outils de contrôle…
La veille de l’ouverture, les collectionneurs et institutions disposant de grands espaces et de gros moyens se rendront comme à l’accoutumée sur le secteur Unlimited, dédié aux œuvres d’art monumentales. Pour la première fois, Ruba Katrib, conservatrice au MoMAPS1, à New York, en est la commissaire. Au programme, quelque 60 projets d’envergure signés Ai Weiwei (Magician Space, Pékin), Chris Burden (Gagosian, Los Angeles), Niki de Saint Phalle (Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris), Theaster Gates (White Cube, Londres, New York, Hong Kong, Paris, Séoul), Antony Gormley (Thaddaeus Ropac, Londres, Paris, Milan, Séoul, Salzbourg), Tuan Andrew Nguyen (James Cohan, New York, et Esther Schipper, Paris) ou encore Wael Shawky (représenté par Lisson Gallery, Londres et New York, Lia Rumma, Naples et Milan, et Sfeir-Semler Gallery, Hambourg et Beyrouth), l’un des artistes vedettes de la Biennale de Venise 2024, qui vient de passer la main à la commissaire irakienne Wassan Al-Khudhairi au poste de directrice artistique de l’édition 2027 d’Art Basel Qatar.
Sur les 290 galeries au rendez-vous, 22 sont nouvelles. Seules 4 enseignes qui n’avaient jamais exposé à Art Basel font leur entrée dans la section principale, 10 autres rejoignent cet espace convoité après avoir participé aux secteurs Feature, Statements ou encore Premiere. Ces 4 privilégiés sont Berry Campbell (New York), avec un accrochage de 10 artistes femmes américaines du mouvement dit « postwar », d’Elaine de Kooning à Lucia Wilcox ; Tim Van Laere Gallery (Anvers, Rome), lequel déroule un panorama transdisciplinaire et multigénérationnel incluant Dirk Braeckman, Carroll Dunham, Adrian Ghenie, Leiko Ikemura ou Franz West ; Phillida Reid (Londres), avec une sélection tout aussi diverse, tant en termes d’origines géographique que culturelle, de Mohammed Z. Rahman à Prem Sahib, en passant par Joanna Piotrowska ; et enfin Ortuzar (New York), dans un dialogue intergénérationnel avec Lynda Benglis, Suzanne Jackson ou Lee Bontecou.
UNE OFFRE FOISONNANTE
Dans le secteur Galleries, les enseignes françaises sont bien présentes. Marcelle Alix (Paris) réunit Charlotte Moth, le duo Pauline Boudry/Renate Lorenz, Armineh Negahdari, Mira Schor et Donna Gottschalk dans « Aftershow », une exploration des « coulisses » comme « espace de transformation, d’instabilité et de réimagination féministe ». Par ailleurs, quelques marchands français se glissent parmi les nouveaux venus à Art Basel. Ainsi, dans le secteur Feature, Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris) propose de revisiter les œuvres abstraites de Souleymane Keïta, tandis que la galerie Kaléidoscope (Paris) offre un solo show d’Eduardo Arroyo mettant en avant des œuvres politiquement historiques des années 1960 et 1970. Dans le secteur Statements, dédié aux expositions personnelles d’artistes émergents, (sans titre) (Paris) montre The Depths Beneath the Cage (2026) de Liselor Perez, une installation monumentale mêlant textile et silicone, « réinterprétation féministe et queer de l’enfance, des soins et du pouvoir ».
Pour sa deuxième édition, le secteur Premiere, consacré aux propositions ambitieuses des cinq dernières années, s’étoffe : il passe de 10 à 17 présentations. Statements accueille 18 solo shows d’artistes émergents et 9 nouveaux exposants, parmi lesquels a. Squire (Londres), Wschód (Varsovie, New York) ou encore Blue Velvet (Zurich). Enfin, dans le but de séduire d’autres publics, Zero 10, un espace dédié aux pratiques artistiques de l’ère digitale, fait son entrée à Bâle, sous la houlette de l’artiste américain Trevor Paglen, épaulé par le spécialiste en stratégie numérique Eli Scheinman, déjà responsable de cette section lancée pendant Art Basel Miami Beach, puis à Hong Kong. Cet espace est accessible gratuitement, sur réservation, dans l’Event Hall de la Messeplatz, à proximité des Art Basel Conversations.
Autour de la Foire, le programme Parcours est organisé pour la troisième année consécutive par Stefanie Hessler, directrice du Swiss Institute, à New York, autour du thème de la convivialité. Deux commandes publiques réalisées par les lauréats du premier Art Basel Gold Awards en 2025, Nairy Baghramian et Ibrahim Mahama, sont dévoilées respectivement sur la Messeplatz et la Münsterplatz. « Art Basel reste la plus globale de toutes nos Foires, tant par les galeries que par le public qui y vient. Art Basel créée la vibe à Bâle pendant six jours », conclut Vincenzo de Bellis. À vérifier lors de cette édition !
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Art Basel, 18-21 juin 2026 (« First Choice VIP » les 16 et 17 juin), Messeplatz 10, 4058 Bâle, Suisse.




