On connaît Germaine Krull (1897-1985) comme l’une des figures de proue de l’avant-garde photographique parisienne, dont les cadrages vertigineux sur les architectures métalliques – ses « fers » ainsi qu’elle aimait les appeler – ont contribué à définir le mouvement de la Nouvelle Vision en France durant l’entre-deux-guerres. On ignore souvent qu’elle fut également révolutionnaire communiste, résistante, internée en Martinique, exilée au Brésil, reporter en Afrique équatoriale française, puis directrice du légendaire Oriental Hotel, à Bangkok, pendant vingt ans, où elle s’engagea pour la cause des Tibétains en exil. Cette vie de ruptures assumées, Germaine Krull l’a aussi racontée, affirmant tout au long de son parcours sa stature d’écrivaine autant que de photographe.
L’Art comme témoignage
C’est cette dimension littéraire, longtemps restée dans l’ombre de son œuvre visuelle, que le recueil Chien fou. Textes choisis met aujourd’hui en lumière. Édité en français, en allemand et en anglais par Mack et le Museum Folkwang, à Essen, cet ouvrage restitue pour la première fois un florilège d’écrits couvrant six décennies, des années 1920 aux années 1980 : récits de voyage, mémoires, comptes rendus politiques ainsi que son manifeste de 1930, dans lequel elle définit le photographe comme « témoin de son époque ». Si l’artiste avait déjà publié quelques textes autobiographiques, l’essentiel de son œuvre littéraire restait inédit, conservé dans les archives du Museum Folkwang, à Essen, en Allemagne.
Au fil des pages, des époques et des géographies se dessine le portrait d’un personnage complexe, fidèle à ses convictions, qui n’hésita jamais à tout bouleverser pour préserver son indépendance. Une chose demeura néanmoins, son amour indéfectible pour la photographie, comme elle le confie elle-même : « Je reste avec la photo qui a été pour moi, quand même, ma vie. » L’anthologie, dirigée par Kerstin Meincke et Petra Steinhardt, ouvre par ailleurs la voie à une plateforme numérique en libre accès. Réalisée en partenariat avec la bibliothèque universitaire de Duisburg-Essen, celle-ci rend disponible l’intégralité des écrits originaux de l’artiste ainsi que des documents complémentaires comme des lettres ou certains textes plus courts. Une aubaine pour les chercheurs et une juste reconnaissance pour cette femme engagée qui maniait les mots comme elle utilisait l’objectif : en témoin direct des soubresauts du XXᵉ siècle.
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Chien fou. Textes choisis, Londres, Mack ; Essen, Museum Folkwang, 2026, 320 pages, 35 euros.




