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Catherine Pégard précise les conditions du prêt de la « Tapisserie de Bayeux » au Royaume-Uni

Le ministère de la Culture assure que des mesures exceptionnelles ont été prises pour garantir la sécurité et la conservation de ce chef-d’œuvre de l’art médiéval à chaque étape de son voyage. En contrepartie, des œuvres issues des collections du British Museum seront présentées en France.

Stéphane Renault
4 juin 2026
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Détail de la scène XLVIII, un soldat montre du doigt la cavalerie normande se mettant en branle au début de la bataille d’Hastings. © Ministère de la Culture

Détail de la scène XLVIII, un soldat montre du doigt la cavalerie normande se mettant en branle au début de la bataille d’Hastings. © Ministère de la Culture

Lors d’une conférence de presse ce 3 juin 2026, le ministère de la Culture a détaillé les modalités du prêt de la Tapisserie de Bayeux au British Museum à Londres. Annoncé l’an dernier par le président de la République lors de sa visite d’État au Royaume-Uni, le prêt de la broderie historique du XIe siècle, qui retrace l’épopée de Guillaume, duc de Normandie, devenu roi d’Angleterre, avait suscité des inquiétudes relatives aux risques encourus lors de son déplacement.

« La Tapisserie de Bayeux, trésor millénaire de notre patrimoine, s’apprête à franchir la Manche pour rejoindre le British Museum. Ce prêt est un geste symbolique fort. Il s’inscrit dans une histoire longue, celle qui unit la France et le Royaume-Uni, et qui se lit sur le fil même de cette broderie », a souligné Catherine Pégard, la ministre de la Culture, posant d’emblée la dimension hautement diplomatique de ce prêt.

La Tapisserie de Bayeux met effectivement en scène la conquête normande de l’Angleterre, « dans le cadre d’une rivalité dynastique et politique ». « Bien des siècles plus tard, nous retrouvons, émus, la naissance de notre relation bilatérale et la mémoire d’une Europe en formation dans cet objet culturel français devenu plus célèbre de l’autre côté de la Manche », a poursuivi la locataire de la Rue de Valois.

À travers ce prêt destiné à renforcer les liens franco-britanniques, la France répond aux demandes répétées formulées de longue date par le Royaume-Uni – pour le couronnement de la reine Élisabeth II en 1953 et en 1966, à l’occasion du 900e anniversaire de la bataille d’Hastings.

Dans le cadre d’un accord, des chefs-d’œuvre des collections britanniques seront prêtés en retour : une collection de dessins de la Renaissance italienne (de janvier à avril 2027) et plusieurs pièces de l’échiquier de Lewis, datant du XIIe siècle (d’avril à octobre 2027) au musée des Beaux-Arts de Rouen ; le trésor de Sutton Hoo (d’avril à octobre 2027) au musée de Normandie à Caen. Cette sépulture navale datant du début des années 600 après J.-C. a été découverte en 1939 dans le Suffolk par l’archéologue Basil Brown. Ces prêts croisés manifestent la volonté de resserrement de la coopération entre les deux pays, deux ans après les célébrations des 120 ans de l’Entente cordiale.

Des mesures exceptionnelles ont été prises pour garantir la sécurité et la conservation de la Tapisserie de Bayeux durant les différentes étapes de son transport outre-Manche. Constituée d’une toile de lin mesurant près de 70 mètres de long, la broderie médiévale doit être manipulée avec une extrême minutie. L’œuvre est par ailleurs sensible aux variations de température et d’humidité, à l’exposition à la lumière, ainsi qu’aux vibrations. « La préparation de ce voyage a mobilisé le meilleur de la science et de l’expertise patrimoniale : caisse de transport sur mesure, voyages à blanc, capteurs de vibrations et suivi scientifique garantissent la sécurité et la conservation de l’œuvre à toutes les étapes de son voyage », a assuré la ministre.

Réalisé dans le cadre de ce prêt, le rapport (largement caviardé pour préserver des informations confidentielles) de prestation d’études complémentaires relatives aux conditions de conservation et au transport de la Tapisserie de Bayeux, inscrite au registre Mémoire du monde de l’Unesco depuis 2007, en tant qu’« œuvre vulnérable » et « source documentaire unique au monde », stipule que le dernier changement de lieu d’exposition est intervenu en 1982-1983. Il préconise les mesures de réduction de risque suivantes : protection climatique (caisse super-isotherme, suivi T/HR) ; atténuation vibrations (solutions passives en caisse et suspensions camion) ; protection contre les chocs ; instrumentation pour vérifier l’efficacité (T/HR, chocs, vibrations). En outre, les chercheurs ont fait des tests sur des échantillons fabriqués récemment pour simuler des œuvres et anticiper le comportement d’un textile de cette longueur. Côté logistique, le modèle de camion Mercedez-Benz conseillé pour le transport est équipé d’une suspension pneumatique Airmatic sur les essieux pour un contrôle optimal des vibrations. Hautement sécurisé, il sera directement relié par GPS à la société d’alarme Securitas et aux forces de l’ordre. Après ces tests, le rapport recommande l’ouverture de la caisse spécialement conçue pour le transport uniquement dans un environnement climatisé pour permettre une acclimatation lente et stable.

Si la date du voyage via le tunnel sous la Manche est gardée secrète, l'exposition au British Museum ouvrira au public le 10 septembre. Prêtée pour un an au musée londonien, la Tapisserie de Bayeux sera restaurée à son retour et à nouveau exposée dans la ville normande, dans un nouvel écrin réalisé sur mesure, conçu par l’agence britannique RSHP. La toile brodée sera placée au cœur d’un parcours de visite proposant de renouveler les regards sur l’œuvre.

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