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Critique

Joan Mitchell, par-delà les frontières

Mara Hoberman invite à voyager aux côtés de la peintre abstraite américaine qui s’était établie en France après 1950, donnant la parole à des plasticiens partageant ses horizons.

Camille Viéville
26 mai 2026
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Mara Hoberman (dir.),Transatlantique : Joan Mitchell, Paris, ER Publishing, 2026, 176 pages, 22 euros.

Mara Hoberman (dir.),Transatlantique : Joan Mitchell, Paris, ER Publishing, 2026, 176 pages, 22 euros.

Depuis 2020, la collection « Transatlantique » d’ER Publishing explore les échanges artistiques entre l’Amérique du Nord et l’Europe et offre aux plasticiens l’occasion d’écrire sur une figure majeure de l’art de la seconde moitié du XXe siècle. L’éditrice Elodie Rahard désire ainsi défaire l’idée répandue d’une domination de la scène new-yorkaise sur Paris après 1945 tout en signalant combien l’œuvre d’artistes désormais entrés dans l’histoire continue d’innerver la création contemporaine.

La thématique du mouvement forme un fil rouge qui permet de dépasser le mythe et son inertie.

Après Josef Albers, Martin Barré, John Baldessari, Shirley Jaffe, Eva Hesse ou encore Alice Neel, Joan Mitchell (1925-1992) a les honneurs d’une collection qui semble avoir été imaginée pour elle, tant elle n’a jamais cessé, dans sa vie comme dans son œuvre, de naviguer entre les États-Unis et l’Europe. L’historienne d’art Mara Hoberman rappelle dans sa préface que l’artiste revendiquait son appartenance à un imaginaire singulier, situé quelque part entre New York et Paris, et à la jonction de deux voies picturales, l’expressionnisme abstrait et la tradition française de la fin du XIXe siècle (Vincent van Gogh, Paul Cézanne et, dans une moindre mesure, Claude Monet).

À travers les générations

Pour évoquer Joan Mitchell et son œuvre, Mara Hoberman invite neuf artistes de générations et d’origines différentes à dévoiler des « connexions tissées à travers le temps et l’espace ». La thématique du mouvement forme un fil rouge qui permet de dépasser le mythe et son inertie (les excès de la peintre, ses amours, ses chiens…). Frédérique Lucien (née en 1953), se souvenant des allers-retours féconds entre Vétheuil (Val-d’Oise), où Joan Mitchell a établi son atelier en 1969, et la capitale française, examine sa « relation active à l’espace, pensé comme un champ d’expérience plutôt que comme un cadre ». Stéphane Bordarier (né en 1953), lequel a lui aussi connu l’artiste, décrypte l’évolution incessante de sa touche, tantôt dispersée, tantôt concentrée, toujours mouvante. De même, Robert Longo (né en 1953) raconte qu’en copiant Ladybug (1957) au fusain (Untitled after Mitchell Ladybug, 2013), il est parvenu à suivre à la trace la main de son aînée : « C’est la lumière des artistes venus avant nous qui illumine notre chemin. »

Parmi les plus jeunes, Amélie Bertrand (née en 1985), dans une lettre à Joan Mitchell, révèle ce qui les unit, par-delà l’évidence de leurs divergences. Elle démontre alors que la peinture est pour toutes deux « une condition de survie ». Megan Rooney (née en 1985) célèbre, elle, la mobilité que nécessite le tableau : celle du corps électrisé de l’artiste devant la toile autant que celle de son esprit, transporté « haut, haut, haut, en dehors du bâtiment, en dehors du monde, dans quelque autre lieu sacré ».

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Mara Hoberman (dir.), Transatlantique : Joan Mitchell, Paris, ER Publishing, 2026, 176 pages, 22 euros.

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