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Else von Freytag-Loringhoven : la vie comme ready-made

La première monographie française dédiée à la « baronne Dada » contribue à une redéfinition des dogmes de l’histoire de l’art.

Zoé Isle de Beauchaine
3 avril 2026
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Éric Fassin et Joana Masó, L’art, c’est la vie. Else von Freytag-Loringhoven critique de Marcel Duchamp, Paris, Éditions Macula, 2025, 288 pages, 36 euros.

Éric Fassin et Joana Masó, L’art, c’est la vie. Else von Freytag-Loringhoven critique de Marcel Duchamp, Paris, Éditions Macula, 2025, 288 pages, 36 euros.

« Et si Fontaine, de Marcel Duchamp, changeait d’auteur ? » C’est la question posée par Éric Fassin et Joana Masó en introduction de leur ouvrage L’art, c’est la vie. Else von Freytag Loringhoven, critique de Marcel Duchamp, publié aux Éditions Macula. Il faut attendre les années 1980 pour que cette artiste et poète longtemps ignorée par l’histoire soit redécouverte. L’hypothèse qu’elle serait à l’origine du ready-made de 1917 a un temps circulé, avant d’être démentie par des preuves matérielles. Le duo n’entend pas rouvrir un débat d’attribution, mais plutôt repenser une histoire de l’art dominée par la figure toute-puissante de l’auteur. Un changement de paradigme qu’incarne Else von Freytag-Loringhoven, « figure du non-auteur » par excellence.

Un art de la vie

Celle-ci a réalisé plusieurs œuvres à partir d’objets trouvés, mais ne revendiquait aucune propriété. Elle se proclamait artiste selon une définition radicale : « L’art, c’est la vie. » Là où Marcel Duchamp cherchait la distance intellectuelle et une certaine froideur, elle répondait par une présence organique et érotique, faisant de son corps une performance permanente. De ses tenues composées de déchets – des ready-made appliqués à elle-même – à ses attitudes provocatrices, elle érigeait sa propre existence en œuvre, préférant une créativité incarnée à l’objet fini. fini. Si son excentricité l’a rendue célèbre à New York, dans le quartier de Greenwich Village, son approche n’était pas isolée : en 1917, le milieu artistique new-yorkais qui gravitait autour du cercle Arensberg privilégiait un art de la vie et s’amusait à brouiller les pistes de la paternité pour échapper à la fétichisation de l’œuvre par le marché. De même, Fontaine, signée du pseudonyme R. Mutt, était le fruit d’une effervescence collective. Mais Marcel Duchamp a fini par s’éloigner de cet esprit pour asseoir sa postérité à travers la figure de l’auteur souverain.

Else von Freytag-Loringhoven érigeait sa propre existence en œuvre, préférant une créativité incarnée à l’objet fini.

En sortant Else von Freytag-Loringhoven de l’oubli, Éric Fassin et Joana Masó dessinent une critique en creux du « père » de l’art contemporain. S’appuyant sur les travaux des historiennes d’art Griselda Pollock et Rozsika Parker, ils rappellent que l’exclusion des femmes est le socle même sur lequel s’est bâtie la figure du génie masculin. Dès lors, l’enjeu n’est plus d’ajouter une femme à la « table des grands hommes », mais de « redessiner cette table » pour penser l’histoire de l’art de manière moins verticale et valoriser des dynamiques collectives ainsi qu’une esthétique du vécu.

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Éric Fassin et Joana Masó, L’art, c’est la vie. Else von Freytag-Loringhoven critique de Marcel Duchamp, Paris, Éditions Macula, 2025, 288 pages, 36 euros.

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