À la manière d’un luxueux guide, Chefs-d'œuvre de la Collection Pinault, coédité avec Dilecta, permet au public de découvrir environ 150 œuvres – pour 102 artistes (dont 25 femmes), d’Adel Abdessemed à Lynette Yiadom-Boakye. Ces créations, classées de manière chronologique depuis 1958 (Lucio Fontana, Concetto Spaziale) jusqu’à nos jours (Pierre Huyghe, Camata, 2024), bénéficient chacune d’une notice rédigée, pour la plupart, par un historien d’art issu des milieux institutionnels européens ou états-uniens.
L’art de choisir
Un vertige saisit le lecteur : comment, dans une collection comprenant quelque 10 000 pièces, choisir celles qui « méritent » le qualificatif de chef-d’œuvre ? La directrice générale, Emma Lavigne, dans un texte introductif, esquisse une première piste : « [Selon] François Pinault, cette notion mouvante peut caractériser des œuvres qui résistent à l’érosion du temps, aux scintillements factices du présent, et qui inventent de nouveaux langages plastiques. » Et de préciser que cette définition évolue au fil des siècles, au gré de l'histoire du goût, de l’élaboration de l’histoire de l’art en discipline indépendante et, pourrait-on ajouter, du développement des musées. Elle se révèle culturelle et collective, sans être toutefois universelle.
Aussi, la sélection effectuée par François Pinault reflète-t-elle avant tout les principales caractéristiques de sa collection. Celle-ci est en premier lieu résolument pluridisciplinaire. Aux tableaux d’Agnes Martin (White Flower, 1960) et de Robert Ryman (Untitled, 1961) succèdent les ready-mades lumineux de Dan Flavin (The Diagonal of May 25, 1963, 1963), une installation de Marcel Broodthaers (Le Salon noir, 1966), une sculpture hyperréaliste de Duane Hanson (Housepainter I, 1984-1988) ou encore une vidéo de Kimsooja (A Needle Woman, 1999-2000). Le corpus reflète également une ouverture internationale. De sorte que des artistes issus des scènes française (Bertrand Lavier, Philippe Parreno, Pierre Huyghe…) ou plus largement occidentale (Peter Doig, Thomas Schütte, Mike Kelley, Roni Horn…) côtoient des plasticiens venus des Suds (Lygia Pape, El Anatsui, Lucas Arruda…).
Jean-Jacques Aillagon, conseiller du milliardaire, précise en préface : « Cette ouverture se traduit aussi par l’attention portée à des artistes de l’Europe ou des Amériques dont les origines, souvent historiquement douloureuses, s’enracinent dans le continent africain. » Cet aspect de la Collection Pinault était dévoilé, grâce aux œuvres de Kerry James Marshall (Beauty Examined, 1993), de Michael Armitage (Cave, 2021) ou encore d’Arthur Jafa (Love Is the Message, the Message Is Death, 2016), lors de la remarquable exposition « Corps et âmes », qui s’est tenue du 25 mars au 25 août 2025 à la Bourse de Commerce – Pinault Collection, à Paris.
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Emma Lavigne (dir.), Chefs-d’œuvre de la Collection Pinault, Paris, Dilecta et Bourse de Commerce – Pinault Collection, 2026, 352 pages, 59 euros.



