Pour célébrer les 30 ans de la Hamburger Bahnhof, le musée d’art contemporain de Berlin, l’ancienne halle de chemin de fer a accueilli samedi soir, 14 mars 2026, un grand dîner de gala imaginé par les codirecteurs de l’institution, Sam Bardaouil et Till Fellrath. Cet événement caritatif intitulé « A Night in Berlin » a été rythmé par des performances de membres de l’Orchestre philharmonique de Berlin et du Staatsoper Unter den Linden avec Ellen Allien, un solo de la pianiste Alice Sara Ott et une performance du Tipi am Kanzleramt. Elmgreen & Dragset a proposé, comme toujours, une installation décalée tandis que Monica Bonvicini a conçu une pièce en miroir portant en néon rouge l’exhortation « Own your own desire ».
Le musée a profité de cet événement pour lancer quatre prix remis au cours de la soirée. Pour Sam Bardaouil et Till Fellrath, ces distinctions visent à reconnaître celles et ceux « dont l’engagement rend l’art possible », récompensant à la fois des figures majeures du monde de la création mais aussi apportant un soutien à la scène émergente. L’institution a ainsi affirmé, selon eux, « son engagement en faveur de l’avenir de Berlin en tant que ville d’art ».
Le Hamburger Bahnhof Studio Award, doté de 15 000 euros par artiste, a récompensé trois créateurs de moins de 35 ans vivant et travaillant en Allemagne. Abdulhamid Kircher (né en 1996 à Berlin, vit et travaille entre Berlin et New York) développe une pratique centrée sur la photographie, mêlant archives et installation pour explorer la mémoire et l’identité. Monilola Olayemi Ilupeju (née en 1996 à New York, vit et travaille à Berlin), artiste et écrivaine, déploie une approche transdisciplinaire associant peinture, performance et texte autour des questions d’appartenance et d’identité culturelle. Jonas Roßmeißl (né en 1995 à Erlangen, vit et travaille à Wuppertal), quant à lui, propose sculptures et installations qui interrogent les liens entre architecture, matériaux et enjeux sociaux. Le jury était composé des artistes Mark Bradford, Ayoung Kim et Katharina Grosse, mais aussi de Sam Bardaouil et Till Fellrath, et de Gabriele Knapstein, directrice adjointe et responsable des collections à la Hamburger Bahnhof. Comme l’a souligné l’artiste et jurée Katharina Grosse, « le Studio Award nous rappelle que l’avenir de l’art commence dans l’atelier » et que les artistes ont besoin « d’espace, de temps et de confiance pour prendre des risques ».
Le Lifetime Achievement Award, remis par Frances Morris, directrice émérite de Tate Modern, a été attribué à Mona Hatoum, née à Beyrouth en 1952 et installée à Londres depuis 1975. L’artiste, dont l’œuvre figure dans les collections des plus importants musées internationaux, a également tissé des liens étroits avec Berlin, notamment après sa résidence dans le cadre du programme DAAD Artists-in-Berlin en 2003-2004. Ce prix est réservé à des artistes dont la pratique a « profondément marqué la culture contemporaine ».
Le Global Arts Patronage Award, remis par Glenn D. Lowry, directeur émérite du Museum of Modern Art de New York, a honoré la mécène indienne Kiran Nadar, fondatrice en 2010 du Kiran Nadar Museum of Art à New Delhi, aujourd’hui l’une des principales institutions consacrées à l’art moderne et contemporain en Asie du Sud. Son engagement philanthropique, qui s’étend au soutien de musées, d’expositions et de programmes éducatifs dans le monde entier, a « durablement façonné le développement de l’art moderne et contemporain ».
Enfin, le Changemaker Award, remis par Füsun Eczacıbaşı, présidente fondatrice de la SAHA Foundation et membre de l’association Hamburger Bahnhof International Companions e. V, a distingué la Delfina Foundation à Londres, représenté par Aaron Cezar, pour son rôle majeur dans la promotion de la collaboration artistique internationale. Depuis sa création en 2007, la fondation a accueilli plus de 600 artistes et commissaires de plus de 40 pays dans ses programmes de résidence, développant un vaste réseau avec des institutions telles que Tate Modern ou le Victoria and Albert Museum à Londres, mais aussi avec la Biennale de Venise.
Lors du gala, l’actrice Cate Blanchett a salué le rôle de la Hamburger Bahnhof comme lieu de rencontre des imaginaires : « un endroit où une cacophonie créative peut exister, où différentes voix, visions et énergies se rencontrent », a-t-elle déclaré. « Des lieux comme le Hamburger Bahnhof sont essentiels, a-t-elle ajouté. Ce sont des environnements électriques, qui nous invitent à nous ouvrir les uns aux autres et, le temps d’un instant, à nous laisser porter par les visions d’autrui ».





