La valeur marchande de l’art est plébiscitée depuis des centaines, voire des milliers d’années, mais ses effets bénéfiques sur la santé et le bien-être n’ont jamais été documentés avec une telle rigueur scientifique qu’aujourd’hui.
Dans son nouveau livre, Art Cure : The Science of How the Arts Transform our Health, la professeure de psychobiologie Daisy Fancourt, plusieurs fois primée, montre comment l’art peut avoir un effet tangible et mesurable sur notre santé. Elle s’appuie notamment sur The Green Book du Trésor britannique, un guide d’évaluation des coûts, bénéfices et risques, ainsi que sur des marqueurs biologiques.
Elle présentera ses conclusions lors du Tefaf Summit, organisé à Maastricht le 16 mars. Cette édition s’intéresse à l’impact de l’art au-delà de sa seule valeur économique et à la manière dont le rôle de la culture dans les politiques publiques pourrait être repensé.
Parmi les conclusions les plus frappantes figure notamment le constat que les personnes souffrant de dépression voient leurs symptômes s’améliorer près de deux fois plus lorsque des thérapies artistiques sont associées aux approches classiques telles que les traitements médicamenteux et la psychothérapie. De même, fréquenter régulièrement le théâtre, assister à des concerts, visiter des musées ou des galeries pourrait presque réduire de moitié le risque de développer une dépression les dix années suivantes.
Au cours de l’année écoulée, Daisy Fancourt a travaillé avec le gouvernement britannique à l’élaboration de nouveaux modèles économiques évaluant les bénéfices pour la santé de la participation à des activités artistiques. Les résultats sont impressionnants et viennent contredire de manière solide l’idée selon laquelle les arts seraient moins bénéfiques à la société que les sciences. À titre d’exemple, au Royaume-Uni, les bénéfices généraux pour la santé liés à la participation à des activités artistiques chez les seuls adultes en âge de travailler sont estimés à plus de 18 milliards de livres sterling (21 milliards d’euros) par an.
De tels chiffres sont essentiels pour le rééquilibrage en cours d’un monde de l’art devenu fortement marchandisé. Comme le souligne Daisy Fancourt : « À une époque où l’on examine de plus en plus chaque livre sterling dépensée pour déterminer si elle vaut la peine de l’être, il est important de reconnaître lorsque de tels retours existent. Dans d’autres secteurs, comme le sport ou les loisirs, on parle de retour sur investissement. Pourquoi pas dans les arts ? »
Si Daisy Fancourt présente ses conclusions dans le contexte d’une foire, elle souligne toutefois que ses recherches ne concernent pas uniquement les sphères les plus élitistes du monde de l’art. Comme elle le rappelle dans son livre, ce n’est que récemment que nous avons transformé en marchandise un comportement humain pourtant universel. « Si l’on remonte seulement de quelques siècles, partout dans le monde, chacun racontait des histoires, chantait et dansait comme une part naturelle de la vie quotidienne », écrit-elle.
Au fond, estime Daisy Fancourt, l’accès aux arts est un droit pour tous, et il y a autant de valeur à vivre des expériences artistiques au sein des communautés que dans les galeries et les musées. « Il n’est pas nécessaire d’assister à une production professionnelle dans un théâtre du West End, explique-t-elle. On peut tirer des bénéfices comparables autant en allant voir des écoliers se produire sur scène qu’en regardant des professionnels. Il s’agit surtout de reconnaître la diversité de ces productions et des formes de créativité. »
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Tefaf Summit 2026, Beyond Economic Impact: Rethinking Culture in Public Policy, lundi 16 mars 2026, MECC, Maastricht




