Guy Loudmer : un nom légendaire que l’on prononce encore à voix basse dans les couloirs de Drouot, avec un mélange de respect teinté de méfiance. Le commissaire-priseur, décédé en 2019, fut l’un des derniers « monstres sacrés » des enchères en France dans la seconde partie du XXe siècle. « C’était une personnalité hors norme, visionnaire, résume Rémy Le Fur, qui disperse sa collection à Drouot. Il aimait briller, prendre des risques et n’était, selon le mot d’un de ses collègues, jamais aussi heureux qu’au bord du précipice. Père spirituel de toute une génération de commissaires-priseurs, son tempérament parfois clivant a malheureusement attisé de profondes inimitiés. »
Complexe, celui qui se définissait dans un entretien accordé à La Gazette Drouot comme un « Métèque, fils de Métèque », n’était pas particulièrement bien vu par le cercle restreint des commissaires-priseurs. Ses idées, comme de délocaliser les ventes aux enchères dans un hôtel particulier de la rue Saint Honoré à Paris, dérogent à la charte des commissaires-priseurs. Il s’appuie sur des catalogues luxueux et une communication moderne – des ventes retransmises, dès 1985, en duplex voire en quadruplex jusqu’au Japon –, une démarche jugée trop « commerciale » (sic !) par ses pairs. Guy Loudmer avait fait sienne cette formule de Jean Cocteau : « Le tout dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin ». Résumer la carrière du commissaire-priseur – elle se termine brutalement quelques années après la « vente du siècle », celle de la collection des époux Bourdon en 1990 – à ses coups d’éclat ou ses frasques judiciaires serait profondément réducteur. Il fut cependant placé en garde à vue en 1998 dans le cadre de l’enquête sur les ententes entre commissaires-priseurs à Drouot, avant d’être définitivement condamné en appel en 2003. Celui qui fut l’un des premiers à proposer en France des ventes thématiques, d’art moderne ou de bibliophilie, a été aussi l’un des principaux acteurs de la promotion de ce que l’on appelle alors les « arts primitifs ».

Peuple Douala, Rare cimier représentant un personnage en buste. Courtesy Auction Art rémy le fur & associés
Sa collection, dispersée 10 ans après celle de sa femme Jacqueline par Christie’s et, déjà, Auction Art rémy le fur, révèle une passion indéfectible pour les arts premiers. Ici, la valeur des objets se dispute souvent à la qualité des provenances. Les pièces proviennent en effet de la collection des (très) célèbres marchands Jacques Kerchache et Charles Ratton (Importante porte, peuple Baoulé, est. 3 000-4 000 euros ; Épi de faîtage de Grande Case, peuple Kanak, est. 6 000-8 000 euros), de celle du mythique galeriste Louis Carré (Grand appuie-nuque en bambou, îles Fidji, est. 3 000 à 5 000 euros), ou encore de celle du collectionneur grec Nico Mazaraki et de l’artiste Geneviève Gallibert (Cimier représentant un personnage en buste, peuple Douala, est 12 000-15 000 euros).

Peuple Korwa, Appui-nuque à décor de deux personnages dos à dos supportant l'oreiller et de volutes ajourées, bois. Courtesy Auction Art rémy le fur & associés
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« Collection Guy Loudmer », mercredi 18 février 2026, Auction Art rémy le fur & associés, Hôtel Drouot, 75009 Paris




