Quatre bustes de Jean Carriès, jamais vus ni passés en vente auparavant, surgissent chez Ivoire, à Angers – chaque figure est estimée entre 4 000 et 5 000 euros. Ils dormaient depuis les années 1950 dans un grenier de Bonnétable (Sarthe).
L’histoire commence dans la maison d’Auguste Hurtaud, le chef d’atelier qui a façonné avec Jean Carriès les pièces les plus audacieuses de l’artiste. Ce dernier, décédé à 39 ans en 1894, laisse une œuvre brève et radicale : des marginaux, des épaves, des bébés inquiétants modelés dans le grès émaillé. Avant lui, ce matériau servait aux pots, aux cruches ; lui en fait un langage. Ses glaçures brunes, beiges, crème ont la texture des choses enfouies, des terres cuites à même le sol. Les bustes viennent de Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre), une région de potiers. Jean Carriès s’y installe – au château de Montriveau – pour construire une porte monumentale commandée par l’Américaine Winnaretta Singer, héritière des machines à coudre du même nom, et future princesse de Polignac. Le projet l’obsède, l’épuise, reste inachevé. À la mort de l’artiste, Auguste Hurtaud, plâtrier local devenu le bras droit du sculpteur et le superviseur de l’atelier, garde les bustes, lesquels traversent le XXe siècle dans sa famille, puis dans celle des propriétaires de sa maison.
Parmi les quatre sculptures se trouve L’Épave au bonnet, figure émaciée coiffée d’un simple tissu. Un modèle en plâtre patiné dort au Petit Palais, à Paris. Un autre apparaît dans le célèbre portrait de Jean Carriès peint par Louise Catherine Breslau en 1886-1887, sur lequel on voit l’artiste dans son atelier entouré de ses « créatures ». L’Homme à la casquette, Désespéré au grand chapeau, Bébé pensif : chaque pièce porte cette tension entre le naturalisme des traits et l’étrangeté sourde des expressions. En avril 1888, Jean Carriès expose chez les Ménard-Dorian ; Émile Zola, Auguste Rodin, les frères Goncourt sont là. L’État achète. Le succès consacre ce sculpteur qui refuse l’académisme. Après lui, une génération entière reprend le grès. Les quatre bustes racontent cette révolution discrète.
« Art et collections », 25 février 2026, Ivoire Angers, Deloys, 12, rue des Arènes, 49100 Angers

Napoleon Sarony, Portraits d’Oscar Wilde, janvier 1882, cartes de visite (est. 1 700-2 900 euros chacune).
© Bonhams
Une passion pour Oscar Wilde
Chez Bonhams, à Londres, est dispersée la collection de Jeremy Mason. Ancien marchand d’antiquités orientales et bibliophile reconnu, celui-ci a passé six décennies à traquer et accumuler les traces d’Oscar Wilde : lettres, manuscrits, photographies, factures, cartes de visite... soit tout ce que l’écrivain irlandais a touché. Ce dernier s’est éteint dans un hôtel à Paris le 30 novembre 1900, à 46 ans, ruiné et dévasté après sa condamnation pour homosexualité en 1895 à Londres. Il a connu Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Victor Hugo, a tissé des liens avec André Gide, Pierre Louÿs... Paris fut son refuge puis son tombeau. Sa pierre sculptée par Jacob Epstein attire toujours les visiteurs au cimetière du Père-Lachaise.
Les éléments de la vente mêlent le sublime au trivial. Une première édition de la pièce Salomé dédicacée au poète Stuart Merrill (est. 15 000- 25 000 livres sterling, soit 17 000- 29 000 euros) côtoie la facture de ses fleurs funéraires : 77 francs, Maison Helbig, 2 décembre 1900 (est. 1 500-2 000 livres sterling, soit 1 700-2 300 euros). Deux photographies par Napoleon Sarony, prises en 1882 à New York, montrent Oscar Wilde en veste de velours, culottes, bas de soie, chaussures vernies (est. 1 500-2 500 livres sterling, soit 1 700-2 900 euros chacune). Une lettre à Ada Leverson de février 1895 remercie « le Sphinx » pour sa critique de The Importance of Being Earnest (L’Importance d’être Constant). Deux mois plus tard, l’écrivain est en prison...
Le catalogue propose aussi des lettres à lord Alfred Douglas, son jeune amant, des manuscrits de The Grave of Shelley (La Tombe de Shelley, 1881 ; est. 12 000-18 000 livres sterling, soit 14 000-21 000 euros), un exemplaire de The Ballad of Reading Gaol (La Ballade de la geôle de Reading, 1898 ; est. 500-700 livres sterling, soit 580-810 euros) ainsi que deux missives à Beatrice Faudel-Phillips, une fillette (l’une estimée entre 6 000 et 8 000 livres sterling, soit 6 900-9 200 euros, l’autre, entre 4 000 et 6 000 livres sterling, soit 4 600-6 900 euros), dans l’une desquelles Oscar Wilde prévient que ceux qui rompent leurs engagements « finissent si corpulents que leurs gilets ne leur vont plus ». Jeremy Mason a commencé sa collection avec une première édition de The Importance of Being Earnest ayant appartenu à l’acteur Ernest Thesiger. Depuis, il a rassemblé chaque période : l’enfance, l’école, l’Amérique, la gloire, l’exil. Cet ensemble dessine ainsi une biographie d’Oscar Wilde par fragments.
« Oscar Wilde : The Collection of Jeremy Mason », 18 février 2026, Bonhams Londres, Montpelier Street, Knightsbridge, Londres SW7 1HH, Royaume-Uni

Matthew Boulton, paire de vases à parfum « sphinx », vers 1770, verre bleu et aventurine (est. 52 000-86 000 euro).
© Christie’s LTD, 2025
Un appartement new-yorkais XVIIIe sous le marteau
Christie’s disperse le contenu d’un duplex situé au 990 Fifth Avenue, resté dans la même famille depuis 1927. Le produit des cinq ventes (800 lots !) est estimé à 25,5 millions d’euros. Les bénéfices iront au Metropolitan Museum of Art (Met), à la Frick Collection et à la Morgan Library, tous trois à New York. Les treize pièces de l’appartement donnant sur Central Park et le Met sont décorées dans le goût du XVIIIe siècle européen... importé à Manhattan.
La collection d’Irene Roosevelt Aitken, décédée en avril 2025, commence dans les années 1950-1960 avec la sculptrice Annie Laurie Aitken (dont les galeries britanniques du Met portent le nom) et Russell Barnett Aitken, artiste, chasseur et écrivain. Après la mort de John Aspinwall Roosevelt II – dernier enfant du président Franklin D. Roosevelt –, sa veuve épouse Russell Barnett Aitken en 1986 et continue la collection. Les trois ventes en direct comprennent le contenu de la salle à manger et les peintures britanniques le 11 février, le contenu du salon et les peintures françaises le 12 février, enfin la bibliothèque et les objets de vertu le 13 février ; suivent deux enchères en ligne.
Les pièces maîtresses ? Le portrait de Lady Berkeley, peint par sir Thomas Lawrence (est. 600 000-800 000 dollars, soit 517 000-690 000 euros), et la duchesse et le duc de Belle-Isle, saisis par Maurice Quentin de La Tour (est. 400 000-600 000 dollars, soit 345 000-517 000 euros). Nicolas Lancret livre quatre panneaux figurant les Quatre Saisons commandés par le duc de Melun pour son hôtel de la place Royale (est. 800 000-1,2 million de dollars, soit 690 000-1 million d’euros). Un tapis Louis XIII de la manufacture de la Savonnerie, atelier de Chaillot, de 1640-1650, porte des armoiries avec un château (est. 600 000-1 million de dollars, soit 517 000-860 000 euros). Les provenances sont prestigieuses. Une paire de soupières George III en argent venant de Belton House, vendue chez Christie’s en 1929, intègre la collection William Randolph Hearst (est. 250 000-350 000 dollars, soit 215 000-301 000 euros). Un vase céladon chinois à monture Louis XV, acquis en 1965, provient de Harewood House (est. 200 000-300 000 dollars, soit 172 000-258 000 euros). Russell B. Aitken collectionnait les objets de la maison Fabergé, telle une tabatière en forme de tête d’hippopotame en jaspe sanguin montée or à Saint-Pétersbourg (vers 1890 ; est. 100 000-150 000 dollars, soit 86 000-129 000 euros). Matthew Boulton signe une paire de vases à parfum « sphinx » George III en verre et aventurine (est. 60 000- 100 000 dollars, soit 52 000- 86 000 euros). À noter, enfin, que l’appartement est mis en vente pour 19 millions d’euros, pour la première fois depuis un siècle.
« Irene Roosevelt Aitken. Collector, Connoisseur, Patron », 4-19 février 2026, Christie’s New York, 20 Rockefeller Plaza, New York, NY 10020, États-Unis




