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Critique

Le parcours d'émancipation de Colette

Croisant sa vie et son œuvre à l’aide d’une abondante documentation, courant sur plus d’un demi-siècle, l’exposition à la BnF, à Paris, dessine un portrait infiniment moderne de la femme de lettres et de théâtre.

Catherine Francblin
2 janvier 2026
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Emilie Charmy, Portrait de Colette, 1921, huile sur toile. Courtesy de la Bnf

Emilie Charmy, Portrait de Colette, 1921, huile sur toile. Courtesy de la Bnf

À quoi s’attend-on au seuil d’une exposition consacrée à Colette (1873-1954) ? À retrouver, les uns après les autres, les personnages de ses romans, l’héroïne des Claudine, la mystérieuse dame en blanc du Blé en herbe, le jeune et malheureux « Chéri ». Or, ce n’est pas par ses livres, par son écriture, par l’enchantement de ses phrases et de ses métaphores que le visiteur pénètre dans « Les Mondes de Colette », la magistrale exposition que présente la Bibliothèque nationale de France (BnF), à Paris, à l’heure du transfert des droits de l’auteure au domaine public. Il y est introduit par Colette elle-même, tel qu’elle s’est livrée à travers ses « avatars » innombrables qui dessinent les contours d’une femme multiple, infiniment vivante et moderne. Oubliez donc, au moment d’aborder ce continent immense, l’icône littéraire, la « Grande Colette », celle que vous connaissez depuis les bancs de l’école, la deuxième femme à avoir été élue membre de l’académie Goncourt, en 1945, et la première à qui la France a offert des obsèques nationales. Oubliez « Madame Colette ». Une Colette exceptionnellement proche est surprise ici, une Colette dont la vie et l’œuvre résonnent formidablement avec les questionnements d’aujourd’hui sur le couple, le désir, la condition féminine, l’indépendance par le travail ou les liens de l’humain avec le monde animal...

Doubles et personnages

Une phrase d’emblée révèle l’orientation que les trois commissaires, Émilie Bouvard, Julien Dimerman et Laurence Lebras, ont voulu donner à cette exposition. Elle provient du manuscrit d’une nouvelle publiée dans Les Vrilles de la vigne (1908), dans lequel Colette, revenant sur le personnage de Claudine auquel elle est systématiquement identifiée, écrit : « Vous êtes Claudine, et je ne suis que Colette » avant de barrer la négation pour lui substituer « et je suis Colette ». Ainsi modifiée, la phrase, d’une part, souligne la dimension fictionnelle des créatures de ses livres et, de l’autre, fait d’elle une écrivaine affranchie de ses premiers ouvrages signés du nom de Willy, son intransigeant mari. C’est ce parcours d’émancipation déployé sur plus d’un demi-siècle que le public est invité à découvrir grâce à une scénographie remarquable, organisée en cinq chapitres, riches chacun d’une abondante documentation visuelle composée de manuscrits et de photographies, mais aussi de peintures, d’estampes, d’objets et d’extraits de films.

La première partie suit Colette depuis son jardin et sa maison d’enfance – paradis originel de plantes, de bêtes et d’êtres humains fabuleux, gouverné par la puissante figure maternelle de « Sido » – jusqu’aux autres écrins de nature qu’elle a sublimés. Puis on la retrouve jetée dans « le monde » – le grand et le demi-monde – après qu’ayant quitté Willy, elle est contrainte de gagner sa vie. Ce chapitre est sans doute celui qui approche de plus près Colette dans ce qu’elle a d’unique. Quelle autre femme de lettres s’est vouée comme elle pendant dix ans à la pratique journalière des barres parallèles pour se forger, comme elle le disait, un corps d’acier ? Car la carrière de mime, danseuse et comédienne de music-hall, qu’elle embrasse à partir de 1906, exige un engagement rigoureux, indissociable d’une bonne santé physique. Décrivant dans ses livres les coulisses, elle raconte, à la manière d’Honoré de Balzac, qu’elle vénère, le quotidien des artistes, leurs misères et leurs grandeurs, mettant notamment en lumière la condition des femmes, leur vulnérabilité et l’exploitation qu’elles subissent parfois, victimes de directeurs de théâtre enclins à imposer certaines poses propres à satisfaire le public masculin.

Mais ce monde, Colette ne fait pas que le décrire. En entrelaçant continûment l’œuvre et la vie, l’exposition le démontre : elle le partage ; elle en parle de l’intérieur. Elle est « la vagabonde », pour reprendre le titre de son roman paru en 1910, part en tournée avec ses partenaires (Mathieu Amalric y revient dans un montage d’images), se produit à demi nue sur les planches ou dans les caf’conc’, brave les interdits et les sifflets en s’exhibant sur la scène du Moulin-Rouge avec son amante, Missy, fille du duc de Morny et ex-marquise de Belbeuf. En 1932, ayant abandonné les feux de la rampe, elle n’hésite pas à ouvrir un salon de beauté, y crée un poudrier à son nom, concocte des recettes de crèmes...

Boris Lipnitzki, couverture de Vu, 8 juin 1932.

© Boris Lipnitzki/Roger-Viollet. Courtesy de la BnF

Une plume en liberté

Le chapitre « S’écrire », au centre de l’exposition, fait place à la fiction, c’est-à-dire aux trois principaux types féminins créés par Colette : Claudine, Renée Néré et Léa. Elles représentent les trois âges et les trois possibilités d’existence offertes aux femmes dans la société de la Belle Époque. Mais comment parler à leur sujet de « personnages », étant donné leur parenté avec la romancière, laquelle, à travers ces derniers, pratique une forme d’auto-fiction ? La question se posant alors de savoir dans quelle mesure, au gré de ses dédoublements, elle invente et ment sur elle-même. En parallèle de son activité littéraire, Colette mène une carrière journalistique. Elle collabore d’abord au Matin que dirige son second mari Henry de Jouvenel, puis au Figaro et autres titres de presse après leur séparation. Elle écrit sur tout : la cuisine, le sport, le théâtre, la musique ou encore la maternité. Elle excelle dans les portraits de « monstres », tel le tueur en série Henri Désiré Landru, ou témoigne des désastres de la Seconde Guerre mondiale. On lui attribue quelque 1 200 articles de presse – ce qui ne l’empêche pas de jeter ces mots dans L’Étoile Vesper : « Le journalisme est une carrière à perdre le souffle. Même jeune, je n’ai jamais pu accommoder mon rythme lent à son allure “grand quotidien”. L’obsession du “papier” en retard, des lignes à pondre entre minuit et deux heures du matin, a longtemps dans mes songes tenu la place du rêve de l’examen. » Quel journaliste ne se reconnaîtrait pas dans ces propos ?

Enfin, dernier grand moment, celui qui traite des plaisirs, du sexe et de l’amour. C’est assurément dans ce domaine que Colette s’est montrée la plus libre, la plus anticonformiste. Elle voulait « rompre avec tout ce qui est sage ou tout ce qui passe pour l’être ». Ce programme, elle l’a entièrement rempli dans sa vie comme dans ses livres. Dans Le Blé en herbe (1921), en particulier, pour lequel elle s’inspire de sa liaison avec son jeune beau-fils Bertrand de Jouvenel ; et Le Pur et l’impur (1941) dans lequel elle remet en cause les frontières entre homosexuels et hétérosexuels. La visite s’achève ainsi sur un grand nu couché d’Emilie Charmy (Colette nue, 1919) avec laquelle Colette aurait eu une idylle. De nombreuses peintures – signées Charles Camoin, André Dunoyer de Segonzac, Kees van Dongen, Marie Laurencin ou encore Henri Matisse –, auxquelles s’ajoutent quelques créations contemporaines (par exemple une réinterprétation du costume de faune de Colette dans Le Désir, la chimère et l’amour réalisée par la plasticienne Aurore Thibout), parsèment le parcours. À la fin de l’exposition, un extrait de film (Colette, court métrage réalisé par Yannick Bellon en 1952) la montre clouée sur son fauteuil, répondant à Jean Cocteau en minaudant, tout en s’adonnant à la tapisserie.

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« Les Mondes de Colette », du 23 septembre 2025 au 18 janvier 2026, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, quai François-Mauriac, 75013 Paris.

ExpositionsColetteBibliothèque nationale de France (BnF)Art et littératureParis
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