Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
Architecture
Opinion

Repenser le musée avec Lina Bo Bardi

Architecture ouverte et liberté collective définissent le projet muséographique de l’architecte brésilienne, dont toute institution s’engageant dans des travaux de rénovation ou d’extension devrait s’inspirer.

Béatrice Gross
26 décembre 2024
Partagez
Vue de l’exposition « Italians Everywhere », section Nucleo Storico, Arsenale, Biennale de Venise, 2024. Photo Marco Zorzanello

Vue de l’exposition « Italians Everywhere », section Nucleo Storico, Arsenale, Biennale de Venise, 2024. Photo Marco Zorzanello

La reconnaissance internationale se sera fait attendre. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que l’œuvre de Lina Bo Bardi (1914-1992), figure majeure de l’architecture moderniste au Brésil d’origine italienne, traverse véritablement les frontières de ses pays de naissance et d’adoption. La gloire posthume gagne progressivement les États-Unis et l’Europe, notamment par le biais de premières grandes publications monographiques et l’inclusion de Lina Bo Bardi dans d’importantes manifestations mondiales comme la Biennale d’architecture de Venise.

Après une exposition dans le pavillon central des Giardini sous le commissariat de l’ar-chitecte japonaise Kazuyo Sejima en 2010, un Lion d’or spécial in memoriam pour la totalité de sa carrière est décerné à Lina Bo Bardi en 2021. Et pour la première fois, en 2024, la Biennale d’art de Venise a mis à l’honneur, dans la section Nucleo Storico, l’une de ses réalisations les plus emblématiques : le fameux chevalet de verre et de béton. Conçu pour le Museu de Arte de São Paulo Assis Chateaubriand (MASP), inauguré en 1968, ce système d’accrochage permet de se passer tout à fait de murs et cimaises pour la présentation des œuvres, lesquelles semblent flotter dans l’espace ouvert de la galerie.

EXTENSION DU VÃO LIBRE

Aucun parcours n’est imposé, les jeux de transparence et d’opacité favorisent la curiosité et la spontanéité des visiteurs, les éléments didactiques et autres cartels se trouvant relégués au verso du dispositif. Son projet muséographique, désormais référence incontournable maintes fois revisitée, a d’abord déclenché de vives critiques. Revendiquant la portée révolutionnaire de son geste, Lina Bo Bardi a publié en 1970 des Explicações sobre o Museu de Arte (Explications sur le musée d’art): « Je tiens à préciser que dans le projet, j’avais l’intention de détruire l’aura qui entoure un musée [en présentant] l’œuvre d’art comme travail, comme prophétie d’une œuvre à la portée de tous. » Dans une entreprise générale de remise en question de l’autorité de l’institution et de la hiérarchie des arts, Lina Bo Bardi étend alors l’usage du vão libre (ou open space de la salle d’exposition) à la configuration d’ensemble d’un musée tourné vers la ville et la vie publique au sens large.

Une architecture au service d’un nouvel humanisme du musée.

Comme le souligne l’historien Zeuler R. Lima dans son essai consacré à cette architecte*1, laquelle fut aussi commissaire d’exposition, scénographe, designer, artiste, auteure, enseignante et activiste : « Plus qu’un vocabulaire formel, [l’]héritage [de Lino Bo Bardi] réside dans l’attitude toujours renouvelée de penser son rapport au sens de la culture […] Son action créatrice [s’étant] toujours appuyée sur la volonté d’articuler des principes critiques qui guidaient le rôle des architectes, dans le hic et nunc des relations sociales. » L’absence de style en tant que tel – notion inopérante chez cette architecte qui dit avoir choisi la liberté plutôt que la beauté (l’un n’empêchant pas l’autre cela dit) –traduit une approche plus anthropologique qu’esthétique d’une architecture au service d’un nouvel humanisme du musée.

-

*1 Zeuler R. Lima, Lina Bo Bardi. L’architecture comme action collective, Paris, Institut national d’histoire de l’art, 2024.

ArchitectureLina Bo BardiBrésilChroniqueBiennale de VeniseFêtes 2024
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

ArchitectureActualité
14 avril 2025

Lina Ghotmeh va concevoir le futur Pavillon du Qatar à la Biennale de Venise

L’architecte d’origine libanaise, dont l’agence est basée à Paris, a été choisie pour réaliser le Pavillon du Qatar, le troisième seulement, en près de cinquante ans, à être bâti dans les Giardini de la Biennale de Venise.

Stéphane Renault
ExpositionsOpinion
24 juillet 2024

Préférence transnationale

Dans un contexte de résurgence des pires écueils nationalistes, de crimes de guerre xénophobes, la Biennale de Venise qui promeut la défense des « étrangers partout » convainc le plus là où on l’attend le moins.

Béatrice Gross
ArchitectureActualité
25 mai 2023

Le pavillon brésilien remporte le Lion d’or de la Biennale d’architecture de Venise 2023

Le projet « Terra » de Gabriela de Matos et Paulo Tavares a été couronné lors de la cérémonie de remise des prix de la 18e exposition internationale d’architecture, qui s’est déroulée le 20 mai à la Ca' Giustinian, siège de La Biennale di Venezia.

Stéphane Renault
ChroniqueActualité
7 juin 2024

Calder, Miró et le Brésil à l’Instituto Tomie Ohtake

Si l’amitié complice entre Calder et Miró est bien connue, leur influence sur l’art brésilien est moins étudiée. Gros plan à l’occasion de l’exposition qui réunit ces deux géants.

Géraldine Lenain