Analyse
Marché de l'art

À Paris Photo, plus de jeunes artistes et plus de femmes

Après une année d’éclipse, le Salon revient sur le devant de la scène, réunissant 149 galeries dans le Grand Palais Éphémère et la Galerie Eiffel, sur le Champ-de-Mars.

Le duo qui dirigeait Paris Photo a pris fin avec la nomination en 2020 de Christoph Wiesner à la tête des Rencontres d’Arles, laissant Florence Bourgeois seule aux manettes. Sur le Champ-de-Mars, en dépit de l’installation complémentaire que constitue la Galerie Eiffel, posée dans le prolongement de la structure de Jean-Michel Willmotte, les espaces ne sont pas indéfiniment extensibles. La 24e édition a donc dû réduire la voilure, accueillant 149 participants (provenant de vingt-huit pays) contre 180 en 2019.

Sandy Skoglund, Radioactive Cats, 1980, photographie couleur d’archive. © Sandy Skoglund/PACI

UNE FOIRE QUI RESTE INTERNATIONALE

Comme on pouvait le prévoir, les galeries américaines sont moins présentes (13%, contre 19% en 2019), avec des fidèles cependant (Howard Greenberg, Bruce Silverstein, Fraenkel, Edwynn Houk, Yossi Milo…) et des défections notables (Laurence Miller, Robert Koch, Danziger…). Les enseignes françaises, qui constituent 34% des exposants (contre 29% en 2019), ont gagné au change, mais pour cette année seulement si l’on en croit Florence Bourgeois. « La commercialisation de la Foire s’est déroulée au printemps dernier. Nous étions encore en pleine pandémie, et les galeries internationales avaient peu de visibilité, ce qui explique que certaines enseignes américaines fassent défaut cette année. Mais, pour nous, il est important que Paris Photo garde un ADN très international. » Depuis la reprise des vols transatlantiques, l’embellie est d’ailleurs perceptible. « Nous avons un très bon niveau de réponses de la part des groupes de musées internationaux, notamment américains (Dallas Museum of Art, SFMOMA, Museum of Fine Arts de Houston) et asiatiques (M+ à Hong Kong, Yuz Museum à Shanghai). Avec plus de 136 groupes de musées, dont plus de 105 internationaux, nous sommes revenus au niveau antérieur. » Comme les autres foires, Paris Photo a cependant développé une plateforme en ligne, Online Viewing Rooms, où chaque exposant pourra proposer à la vente cinq œuvres par jour. « Les visiteurs auront également accès à une programmation développée exclusivement sur le site Internet. »

La superficie des stands et leur coût n’ont pas changé. « Si la Fiac a souhaité limiter la taille des stands, en ce qui nous concerne, il nous semblait important de maintenir une variation dans les espaces proposés, en fonction des galeries et des projets. » Le nombre d’éditeurs, une trentaine, est stable et atteste de l’importance du secteur. « Quand il a fallu gérer les espaces, à aucun moment ne s’est posée la question de réduire ceux dévolus à l’édition et au prix du livre Paris Photo-Aperture Foundation », confie Florence Bourgeois. Elle voit d’ailleurs dans le nombre de signatures d’auteurs annoncées – plus de trois cents – le signe de la vitalité de ce département au sein de la Foire. Le secteur Prismes, dédié aux grandes installations, a été sacrifié, tandis que le secteur Curiosa, consacré à la photographie émergente a gagné du galon, proposant vingt projets, contre quatorze il y a deux ans. Il y a donc davantage de nouveaux artistes à découvrir cette année à Paris Photo, mais rien ne dit que cette montée en puissance perdurera les années suivantes, pour donner un ton plus expérimental à la Foire. « Ce n’était pas prémédité, confie Florence Bourgeois. Nous avons reçu de nombreux projets intéressants, ce qui nous a conduits à en retenir davantage. »

Mina Boromand, Aphantasia, 2021, dessin sur photographie, lauréate Carte blanche Étudiants. © D.R.

DONNER UNE VISIBILITÉ AUX FEMMES

Le nombre croissant de femmes artistes présentées est en revanche voulu, même si la parité est loin d’être acquise. 32 % de femmes participent à l’édition 2021 (contre 21 % en 2019), mais le pourcentage monte à 60 % au sein du seul secteur Curiosa. La reconduction depuis 2018 du parcours ELLES X, qui permet de motiver les galeries, porte lentement ses fruits. « Il est important que le marché valorise les femmes. Je vois encore trop de collectionneurs qui préfèrent acheter des artistes hommes, car ils pensent que s’ils revendent leurs œuvres, elles auront davantage de valeur. Il est important d’impulser un même mouvement à tous les niveaux – marché, galeries, institutions », déclare Nathalie Herschdorfer, directrice du musée des Beaux-Arts du Locle en Suisse, qui orchestre le parcours cette année. Celui-ci comprend trente haltes, distinguant à la fois des artistes établies, comme Mary Ellen Mark, Orlan ou Sally Mann, et des figures peu identifiées, telles que l’Allemande Annelise Kretschmer (Kicken, Berlin) et la Finlandaise Sirkka-Liisa Konttinen (L. Parker Stephenson, New York). « La première, qui vient de La Nouvelle Objectivité*1, était très reconnue de son vivant. Elle tenait un studio, faisait des publications, avait des commandes… et l’histoire a conservé son nom. De la seconde, 73 ans passés et qui vit en Grande-Bretagne, on redécouvre à peine le formidable travail au long cours qu’elle a mené dans les années 1970 sur les habitants de Byker, un quartier de Newcastle upon Tyne, dans le nord-est de l’Angleterre. »

« Il est important que le marché valorise les femmes. Je vois encore trop de collectionneurs qui préfèrent acheter des artistes hommes, car ils pensent que leurs œuvres auront davantage de valeur. »

Au parcours ELLES X s’ajoutent une exposition consacrée à la photographe Deborah Turbeville, dont la MUUS Collection a acquis la succession, et un accrochage du Centre national des arts plastiques qui réunit sept artistes femmes dont des œuvres ont récemment rejoint les collections. « Grâce au soutien du ministère de la Culture et de Kering/Women in Motion, nous avons également lancé, en mars 2021, le site ellesxparisphoto.com, sur lequel nous publions régulièrement des chiffres, des entretiens, des bios. Nous pensons qu’il est important de donner une visibilité aux femmes artistes en dehors de la semaine de Paris Photo », précise Florence Bourgeois.

Cy Twombly, Roses (Gaeta), 2004, tirage Fresson. Courtesy Fondazione Nicola Del Roscio et galerie Gagosian.

Il reste cependant du chemin à parcourir : sur les dix-sept solo shows du Salon, expositions qui témoignent d’une prise de risque des galeries, seuls quatre sont dédiés à des femmes. Gagosian (Paris) arrive en force avec Cy Twombly, Karsten Greve (Paris) avec Herbert List, et Nailya Alexander (New York) avec Alexey Titarenko, mais la surprise devrait venir de Sandy Skoglund (Paci, Brescia), pionnière américaine de la photographie scénique, qui a conçu un projet spécifique pour la Foire, sous le commissariat de l’historien d’art italien Germano Celant. Quant au projet d’une antenne Paris Photo à New York, il est toujours d’actualité, mais décalé à 2023. « Nous n’avons pas pu nous rendre en 2021 à New York pour préparer une édition qui se serait tenue en 2022, mais cela fait absolument partie de notre stratégie de développement. Nous sommes très attendus là-bas. »

-

*1 / La Neue Sachlichkeit est un mouvement actif en Allemagne du début des années 1920 au début des années 1930. Les peintres George Grosz, Otto Dix et Max Beckmann en sont les figures emblématiques.

-

Paris Photo, 11-14 novembre 2021, Grand Palais Éphémère, place Joffre, 75007 Paris.