Il y a un an, un tag sur la façade du FRAC Bretagne à Rennes et un post anonyme sur le compte Instagram #MeTooArtContemporain accusaient de viol Étienne Bernard, directeur de la structure depuis 2019. Une enquête interne ainsi qu’une seconde dans le cadre de la procédure disciplinaire ont décrit « un climat de peur » et des agissements rendant impossible son maintien au poste de direction, avait alors estimé le conseil d’administration de l’institution, qui avait décidé de le révoquer le 4 mai 2026.
Le tribunal administratif de Rennes (Ille-et-Vilaine) a annulé, dans un jugement rendu le 30 octobre, la révocation pour faute grave de l’ancien directeur et ordonné sa réintégration dans les deux mois. Ce revirement judiciaire donne tort au conseil d’administration du FRAC Bretagne, les magistrats ayant estimé que la sanction était insuffisamment justifiée. Sans se prononcer sur la réalité des accusations, les juges considèrent que les faits sur lesquels reposait la sanction ne sont pas indiqués assez clairement, pointant un défaut de motivation formelle. Une enquête reste ouverte par le parquet de Rennes pour des faits de violences sexistes et sexuelles.
« Après plusieurs mois éprouvants où ma probité et ma réputation ont été mises à mal, j’accueille cette décision avec un profond soulagement, écrit Étienne Bernard sur LinkedIn. J’ai toujours réfuté avec la plus grande fermeté les accusations dont j’ai fait l’objet. […] Cette décision claire du Tribunal me permet d’aborder sereinement la reprise de mon activité professionnelle. Je souhaite retrouver les conditions d’un dialogue apaisé pour envisager la suite dans l’intérêt de toutes les personnes concernées et des missions de service public qui nous rassemblent. » Depuis le départ d’Étienne Bernard, la direction par intérim du FRAC Bretagne est assurée par sa secrétaire générale, Cécile Leroux.
Prenant acte de ce jugement, le FRAC Bretagne a publié le 3 novembre un communiqué, dans lequel sa présidente, Madeleine Louarn, écrit : « Le juge n’a pas remis en cause la régularité de la procédure ni la matérialité et la gravité des faits : au contraire il a indiqué dans son jugement que ces aspects n’étaient pas de nature à entraîner l’annulation de la révocation. Le conseil d’administration du FRAC Bretagne est donc conforté à la fois dans la procédure suivie et dans le bien-fondé de sa décision. Il entend se prononcer à nouveau sur la révocation en détaillant dans la délibération elle-même les propos et agissements fautifs, de manière à tenir compte de la position du Tribunal sur la question de forme. »
« Le FRAC Bretagne réaffirme l’importance d’écouter, de croire et de protéger les personnes qui témoignent de violences sexistes et sexuelles, poursuit-elle. Il rappelle que la décision initiale s’appuyait sur une enquête approfondie et une procédure conduite avec rigueur, dans le respect du contradictoire et des droits de la défense. Sa détermination à garantir un environnement de travail respectueux et protecteur demeure entière. »
Bien que le jugement contraigne légalement le FRAC à réintégrer Étienne Bernard, la présidente du conseil d’administration a déclaré que son retour est « impossible » vis-à-vis des équipes.



