La pluie fine et la grisaille qui plombaient le ciel parisien, mardi 20 octobre, lors du vernissage de Design Miami Paris, après plusieurs jours compliqués pour la Ville Lumière, devaient-elles être lues comme un mauvais présage en cette semaine cruciale, mais sous haute tension, pour le marché de l’art ? Passé le porche du chiquissime Hôtel de Maisons, qui accueille pour la quatrième fois la foire internationale dédiée au design historique et contemporain, le ciel semblait pourtant s’éclaircir. En fermant les yeux, on aurait pu se croire à Londres ou à New York : l’anglais dominait largement les conversations, animées et enjouées, entre collectionneurs VIP venus en nombre découvrir les tendances et les pièces maîtresses du salon. De quoi permettre aux marchands de respirer, eux qui retenaient jusque-là leur respiration, inquiets des répercussions d’un week-end parisien chaotique sur une clientèle anglo-saxonne toujours essentielle à la réussite d’une foire. Dès la cour d’honneur, le public est invité à prendre place sur Arabesque, banc monumental tout en courbes enveloppantes signé de l’artiste Pierre Renart (Galerie Maison Parisienne), récompensé par le prix de la meilleure présentation du secteur Design at Large. Installé dans l’entrée, le marchand Yves Macaux se dit satisfait de ce début de foire, avec la vente d’une paire de suspensions fabriquées vers 1903 par la maison Friedrich Otto Schmidt d’après un dessin d’Adolf Loos. Dans la salle voisine, la galeriste parisienne Aline Chastel (galerie Chastel Maréchal), spécialiste des années 1930 et 1950, confie avoir vendu au moins quatre pièces, dont un miroir de Line Vautrin pour un peu plus de 100 000 euros. Même satisfaction chez Didier Krzentowski (galerie kreo), qui a cédé un lampadaire du designer italien Carlo Scarpa pour une somme avoisinant 40 000 euros.

Stand Galerie Yves Macaux © Ivan Erofev. Courtesy Design Miami Paris
Deux galeries étrangères semblent avoir particulièrement bien tiré leur épingle du jeu. Les Suédois de Modernity affichent près de 500 000 euros de ventes, avec une commode Flora de Josef Frank pour Svenskt Tenn (à 240 000 euros), un cabinet unique d’Otto Schulz pour Boet (240 000 euros) et une table No. 16 (16 000 euros). La palme de ce début de foire revient toutefois à la galerie new-yorkaise Salon 94 Design, qui a inauguré le dimanche 18 octobre sa succursale parisienne, rue de Montpensier, au cœur du Palais-Royal. L’équipe de Jeanne Greenberg Rohatyn annonce la vente de deux lampadaires Tête de femme et d’un lampadaire Figure d’Alberto Giacometti (entre 400 000 et 500 000 euros chacun), ainsi que d’une table basse Aux cerfs et aux chiens et d’un tabouret de coiffeuse À la souris réalisés dans les années 1960 par son frère Diego (entre 300 000 et 500 000 euros chacun). Les deux artistes suisses y côtoient des créations contemporaines de Rick Owens, que l’on a vu déambuler dans les salons de l’hôtel avec sa femme Michèle Lamy (autour de 100 000 euros pour la banquette Double Bubble, édition 1/8, 2026), et de Peter Schlesinger (entre 50 000 et 80 000 euros la pièce). Le stand a reçu le prix « Best Gallery Presentation », décerné par un jury composé notamment du collectionneur américain Al Eiber, de l’architecte new-yorkais Lee Mindel et de l’art advisor britannique Simon Andrews.
Nouvelle venue sur le salon, la galerie A/P Room, basée à Dubaï et « première galerie de ce type en Orient », selon sa fondatrice Christelle Bassila (associée à Elie Khouri), joue elle aussi la carte du métissage entre pièces historiques et contemporaines. « Nous avons voulu notamment proposer un dialogue entre le mobilier du Brésilien Joaquim Tenreiro et les lampes organiques, biomorphiques, du sculpteur californien Rogan Gregory », précise-t-elle.
Enfin, les architectes et designers français, emmenés par les indétrônables Jean Prouvé et Charlotte Perriand, ne sont pas en reste. Hélin Serre (galerie Downtown-François Laffanour) annonce notamment la vente, pour une somme restée confidentielle, de la bibliothèque double face sur pieds commandée en 1959 à Charlotte Perriand, via Steph Simon, par le collectionneur d’art africain Henri Waisblat.
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Design Miami Paris, du 20 au 25 octobre 2026, Hôtel de Maisons, 51 rue de l’Université, 75007 Paris.




