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Asia Now
Critique

Asia NOW fait tomber les frontières

La foire dédiée à la scène asiatique contemporaine réunit 150 artistes issus de 24 territoires à la Monnaie de Paris. Un panorama plein de vitalité.

Bérénice Geoffroy-Schneiter
22 octobre 2026
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Galerie Lefebvre & Fils, Paris. Photo : Bérénice Geoffroy-Schneiter

Galerie Lefebvre & Fils, Paris. Photo : Bérénice Geoffroy-Schneiter

Collectionneurs et curieux de tout genre, fuyez la morosité ambiante et courez à la Monnaie de Paris pour y découvrir dans une ambiance festive une kyrielle d’artistes venus des quatre coins de l’Asie ou issus des diasporas. Car s’il est un souhait formulé par les curateurs de cette 12e édition d’Asia NOW, c’est bien celui de vivre des moments de partage et de convivialité. Élargissant les contours dessinés stricto sensu par les frontières géographiques pour évoquer une Asie globale incluant les pays du Proche et du Moyen-Orient, convoquant des artistes confirmés comme les jeunes pousses d’aujourd’hui et de demain, multipliant colloques, tables rondes, performances et installations éphémères, Asia NOW affirme plus que jamais sa singularité.

Curatée par Valentina Rosas Saad, une « exposition dans l’exposition » mixe ainsi les rencontres et place l’architecture au cœur même de la présentation et de la réception des œuvres. « Nous sommes ici aux antipodes du concept de “white cube”, tel qu’il est déployé dans les foires traditionnelles. L’hybridation culturelle est au cœur même de mon travail et l’idée est de montrer combien les plasticiens circulent d’un pays à l’autre et se nourrissent d’influences réciproques », explique ainsi la jeune commissaire. Dans cette section baptisée « The Third Space » (d’après les travaux du théoricien Homi Bhabha et son concept de « troisième espace »), sont présentés les monstres transgressifs et facétieux de la jeune plasticienne japonaise basée à Paris Eri Maeda (Galerie Artenae, Paris), les céramiques chimériques et pop inspirées des divinités du bouddhisme tantrique de l’artiste népalais Shushank Shrestha (Galerie Lefebvre & Fils, Paris), ou bien encore l’installation poétique de l’artiste pakistanaise Ajea Zahid qui dialogue avec les espaces historiques de La Monnaie de Paris (Hatch Gallery, Paris).

Avec une soixantaine de galeries et d’institutions, la foire dirigée par Alexandra Fain embrasse un vaste territoire. Si les scènes coréenne et japonaise restent bien représentées (on ira chez Françoise Livinec admirer les « paysages urbains » d’une grande délicatesse de l’artiste originaire de Séoul Kwon In Kyung), celles de Turquie et d’Asie centrale témoignent, elles aussi, d’une grande variété de langages. Parmi les découvertes de cette 12e édition, l’on peut ainsi laisser le regard s’abîmer dans les grandes compositions teintées de mélancolie de l’artiste iranien Morteza Khosravi (Leila Heller Gallery, Dubaï) dont les prix (de 4 500 à 14 400 euros) paraissent raisonnables vu leur extrême raffinement. Notre autre coup de cœur va à Suspended in Time (2026), cette gigantesque installation textile de l’artiste syrien d’origine arménienne Kevork Mourad présentée par la galerie Dominique Fiat (autour de 100 000 euros), qui avait été montrée à l’Institut du monde arabe, à Paris, au premier semestre 2026 dans l’exposition « Esclaves en Méditerranée, XVIIe-XVIIIe siècle ». Gageons qu’un musée saura se porter acquéreur de cette œuvre aux accents piranésiens qui retrace les souffrances des personnes déportées et réduites en esclavage avec empathie et lyrisme.

Davantage subversive, Punk Orientalism Studio (fondée en 2019 à New York par l’écrivaine et théoricienne Sara Raza) se veut, quant à elle, une plateforme curatoriale interdisciplinaire réunissant les arts visuels, la mode, le design, l’édition et la performance. Pour cette édition, l’artiste et poète visuel Babi Badalov a spécifiquement conçu un salon immersif tissant et entremêlant l’arabe, le cyrillique et les écritures latines afin de faire tomber les frontières entre l’Est et l’Ouest, le texte et l’image, la langue et l’identité. Mentionnons aussi la participation de la galerie TAK Contemporary. Dédiée à l’Asie du sud, celle-ci vient d’ouvrir un espace à Paris. Cette exploration des sens s’achève en beauté par l’exposition conçue par la Villa Hegra (AlUla, Arabie saoudite) qui réunit six propositions artistiques de sept créatrices saoudiennes autour de l’expérience de la table. Une invitation au voyage et au partage, qui n’est autre que la philosophie d’Asia NOW.

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Asia NOW, 20–24 October 2026, Monnaie de Paris, 11 quai de Conti, 75006 Paris.

Asia NowLa Monnaie de ParisVilla HegraAlexandra FainSara RazaBabi BadalovParisMarché de l'art
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