Il est des villes dont on ne part jamais vraiment, tant elles se rappellent à vous. Haut lieu de l’histoire de l’industrie et du football, Saint-Étienne est de celles-ci. Sur le modèle de Bilbao, en Espagne, avec le Guggenheim, la cité forézienne a entrepris, au tournant du millénaire, de se projeter dans le futur en misant sur le design comme vecteur de transformation économique et culturel. Selon une pensée résolument dialectique, le directeur de l’école d’art d’alors, Jacques Bonnaval, et le maire de l’époque, Michel Thiollière, ont vu dans cette discipline apparue avec la révolution industrielle le meilleur moyen de prendre un nouvel élan en s’appuyant sur les forces du passé. Ainsi naquit la Cité du design, créée en 2005 et inaugurée en 2009, qui rassemble, sur le site patrimonial de la Manufacture d’armes, la Biennale internationale Design et l’École supérieure d’art et design (Esadse), issue de l’ancienne École des beaux-arts.
Comme souvent, il y eut d’abord l’aventure enthousiasmante des premières années – à laquelle j’ai eu la chance de participer, à la tête de l’Esadse, au côté d’Elsa Francès, première directrice de la Cité du design. La conduite du projet se fit ensuite plus chaotique, jusqu’à la période sombre du début des années 2020, qui vit un déficit se creuser, tandis qu’une sale histoire de sextape empoisonnait la vie politique locale et que les Verts de l’AS Saint-Étienne étaient relégués en Ligue 2.
UN NOUVEL ÉQUIPEMENT CULTUREL
Fort heureusement, plusieurs signes laissent aujourd’hui augurer d’un second souffle. Alors que partout les lieux d’art et de culture ferment ou sont menacés, voici qu’un nouvel équipement culturel vient de voir le jour sur le site de la Manufacture, qui ne fédère pas moins de six institutions publiques. Exemplaire par son modèle partenarial, la Galerie nationale du design*1 l’est aussi par la qualité de la réhabilitation dont elle procède et du programme urbanistique dans lequel elle s’inscrit : pas de grand geste architectural, mais une démarche attentive à la mémoire du lieu et soucieuse de son appropriation par les usagers, visiteurs ou habitants.
On saluera également la complémentarité entre l’approche historique et muséale qui prévaut dans la Galerie, et le parti pris résolument contemporain de la programmation dans les espaces de la Platine, impulsé par le directeur général de la Cité du design et de l’Esadse, le designer Éric Jourdan, et la directrice du développement artistique et culturel, Laurence Salmon.
Deux expositions en particulier méritent ici de retenir notre attention. Intitulée « recto verso*2 », la première réunit les quatre-vingt-quatre diplômés des sessions 2024 et 2025 de l’Esadse, dans une ingénieuse scénographie qui permet de montrer, d’un côté, les pièces finalisées à travers treize dioramas et, de l’autre, le processus de recherche et de création, soit le mouvement même de la formation. Question essentielle pour le design, l’articulation du processus et de la forme est au cœur de l’exposition du postmaster « Local Tools*3 », piloté par Jean-François Dingjian et dédié, comme son sous-titre l’indique, au dialogue, si nécessaire de nos jours, du design et de l’industrie. Accompagnée d’un passionnant numéro de la revue Azimuts*4, créée par l’Esadse en 1991, celle-ci livre un parfait condensé de la capacité d’un territoire d’être en prise avec les enjeux contemporains tout en assumant pleinement son histoire.
Coopération culturelle, réhabilitation soignée, réarticulation du design à l’industrie, confiance résolue dans la jeunesse, la recherche et la création : il faut décidément toujours revenir à Saint-Étienne. On y revient comme à l’évidence ou aux principes, on en repart avec un vade-mecum pour le temps présent.
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*1 Lire notre article en ligne : À Saint-Étienne, le design épate la galerie
*2 « recto verso. Exposition des diplômé·es 2024 & 2025 de l’Esad Saint-Étienne », 29 avril-4 octobre 2026, Cité du design, Saint-Étienne.
*3 « Local Tools. Dialogues avec l’industrie », 29 avril-16 août 2026, La Platine, Cité du design, Saint-Étienne; 10-19 septembre 2026, galerie Même si, 39, boulevard Beaumarchais, 75003 Paris.
*4 Azimuts – Design Art Recherche, hors-série no 1, avril 2026.
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Galerie nationale du design


