Cette nouvelle institution est fondée par l’EPCC Cité du design-École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne (ÉSADSE) et par le Musée d’art moderne et contemporain (MAMC+). Sa mission est de valoriser les collections de design publiques françaises issues, notamment, du Centre national des arts plastiques (Cnap), du Centre Pompidou, du FRAC Grand Large à Dunkerque ou, évidemment, du musée d’Art moderne et contemporain local. Logée dans une moitié de la Halle 242 de l’ancienne manufacture d’armes, au sein de la Cité du design, la GND dispose d’une surface de 1 000 m2, dont 700 consacrés à l’exposition.
Depuis l’esplanade Bonnaval, une fois la porte d’entrée franchie, le visiteur se retrouve dans un espace double hauteur tout habillé de chêne clair, disposé façon salon confortable et meublé de pièces contemporaines, via un mécénat de compétence. Sur la mezzanine, accessible par deux escaliers de part et d’autre, on trouve un espace pédagogique, encadré par deux boîtes de métal perforé renfermant des bureaux ou les sanitaires. Celui-ci, entièrement vitré, offre un vaste panorama sur la salle d’exposition. Le mobilier, ici, résulte d’une commande publique remportée par le duo de designers Marie et Alexandre, avec le fabriquant basque Alki. Il fait la part belle au bois et ses différents éléments s’assemblent tel un jeu de construction.
L’accès à l’espace principal s’opère par deux larges portes en verre coulissantes. « Nous avons gardé tout ce qui faisait la qualité de cette construction simple et rigoureuse datant du XIXe siècle et surélevée au début du XXe siècle : une grande hauteur sous plafond, de vastes baies en berceau, une surface de 75 mètres de long sur 15 mètres de large, explique Philippe Reach, responsable de l’agence d’architecture lyonnaise Silt, auteur de la réhabilitation. Mais nous avons retiré les inévitables "scories" installées au fil du temps. »Résultat : un volume généreux, tout en sobriété – même le sol industriel en béton a été conservé – et baigné de lumière naturelle. Contrairement à l’espace d’accueil, la salle d’exposition, elle, a été entièrement isolée, afin de pouvoir y contrôler l’hygrométrie.
Le programme de cette GND s’articule autour d’une exposition par an conçue par une ou un commissaire invité, expert ès design – théoricien ou responsable d’institution. Un cycle de trois ans est déjà lancé. Première à essuyer les plâtres, l’historienne du design Laurence Mauderli, également enseignante à l’ÉSADSE, avec une exposition intitulée « Design en main. Du langage à l’objet ». La scénographie se veut « éco-conçue » et « modulable », autrement dit, elle devra être réutilisée pour les deux expositions suivantes. « Réfléchir à une scénographie qui pouvait être réutilisée trois fois de suite n’était pas chose aisée, convient le scénographe Éric Benqué. D’autant que si nous savions exactement quels objets seraient montrés dans l’exposition inaugurale, ce n’était absolument pas le cas pour les deux présentations suivantes ». D’où, une solution qui met en scène un même module carré en contreplaqué de peuplier de 60 cm x 60 cm, doté d’ailettes au dos, permettant de construire à la fois cimaises, socles, podiums, boîtes, étagères, vitrines et banquettes. « La présente scénographie a nécessité 982 modules », détaille Éric Benqué.

Vue de l’exposition « Design en main. Du langage à l’objet » à la Galerie nationale du design, à Saint-Étienne. Photo Louis Chevalier
L’exposition inaugurale rassemble près de 400 objets, des tout petits aux très grands, projets prospectifs ou datant de l’époque des manufactures stéphanoises, au XIXe siècle, le tout déployé en six sections intitulées selon une expression connue sur le vocable « main » : « Chaque chapitre raconte une histoire qui part du langage et mène à l’objet, souligne Laurence Mauderli. Tout comme les locutions populaires s’émancipent des normes académiques de la langue, les objets, eux, s’émancipent des standards et le design se réinvente à partir de situations de la vie quotidienne ».
Dans la section « Avoir en main », la Table d’appoint de Gae Aulenti (Fontana Arte), une plaque de verre montée sur quatre roues de bicyclette, lui a ainsi été inspirée par le geste des ouvriers pour transporter lesdites plaques dans la verrerie même. Dans « À mains nues », rubans et armes du XIXe siècle sont mis en regard avec le vase en céramique Ruban de Pierre Charpin (Sèvres) et un lampadaire Gun de Philippe Starck (Flos), luminaire de mauvais goût dont le pied est un faux fusil d’assaut doré.
Dans « La main à la pâte », autour de la production de la célèbre firme Manufrance, la couverture d’un catalogue datant de 1977 met à l’honneur divers gestes possibles avec les items dudit catalogue, tandis que des Stéphanois, eux, racontent leur attachement à un objet (grâce à une écoute via un QR code).
Ladite main se résume parfois à un doigt, celui qui, dans la section « Perdre la main », appuie sur le bouton d’une multitude de moulins à café et autres robots rassemblés sur un podium miroir, amusant reflet de la modernité ménagère des années 1960. Les objets eux-mêmes font parfois des signes de la main, comme cette série insolite de fourchettes qui « s’animent » sous la houlette du designer Bruno Munari (objets + vidéo). Dans un documentaire de 4 minutes intitulé Hands of Bresson (2014), le cinéaste Kogonada livre un essai visuel sur l’univers tactile de Robert Bresson. La main et l’objet. L’objet est la main. Hypnotique.
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« Design en main. Du langage à l’objet », jusqu’au 7 mars 2027, Galerie nationale du design, Cité du design, 14, esplanade Jacques Bonnaval, 42000 Saint-Étienne.



