La place de la République n’est pas qu’un simple lieu urbain situé au nord-est de la capitale française, elle cristallise l’affirmation, notamment de la jeunesse, d’être et de vivre pleinement cette « capitale » et cette « République ». S’y soulignent, parfois de façon brutale, les distinctions entre peuple, nation et gouvernement, de prises de parole spontanées en défilés institutionnalisés, sans compter les pratiques de roller, skate, vélo ou trottinette…
Si de nombreux photographes se sont essayés à en capter l’identité et la singularité, Bérangère Fromont a tenté, elle, d’en saisir le pouls et l’intensité, le silence face au bruit, l’absence au milieu des présences, l’intimité au cœur des promiscuités. Ce que révèlent aujourd’hui un livre publié par Chose commune, ainsi qu’un fanzine, huit posters et un tee-shirt édités par Delpire & co, une diversité de supports qui rappelle justement la multiplicité de celles et ceux qui traversent, parcourent, s’approprient, et finalement « font » cette place et notre République.
Une approche à la loupe
L’artiste s’est installée, tout d’abord, au cœur de cet espace public singulier avec son moyen format pendant plus de trois ans, dont six mois pour trouver sa juste place. Certaines personnes ne l’ont quasiment pas vue, d’autres ont refusé d’être photographiées, d’autres encore l’ont interrogée sur sa présence et son projet ; les skateurs habitués à être capturés en permanence, modelant pour leur part leur image en fonction de leur « street cred ».Elle a, dans un second temps, finement examiné ses négatifs et ses planches contact afin de repérer les interstices du réel, parfois éclatants, parfois infimes, parfois lumineux, parfois obscurs. Il y a donc ici quelque chose du Blow-Up (1966) de Michelangelo Antonioni. Sauf que nul cadavre ne se révèle au plus profond des grains de l’image, mais bien au contraire surgissent des événements vibrants et vivants d’existences humaines vues et retranscrites.
Comme le souligne Émilie Houssa dans le texte qui accompagne les clichés de Bérangère Fromont : « Il n’y a pas de mots dans [son] œuvre, l’image est là, suffisamment puissante pour porter tous les possibles du monde. Elle arrête et découpe des corps en tension dont on devine le regard et le mouvement sans saisir le pourquoi. Ils sont insaisissables, et c’est précisément cela que Bérangère fixe. La puissance par le détail, l’infime jusqu’au délire, car il y a bien une folie à fixer ces corps de nos regards jusqu’à les sentir sourdre dans le grain argentique. » Paradoxalement, dans ce travail de recadrage et de recomposition, c’est moins la forme du réel qui s’exprime dans le visible de l’image que son énergie, son souffle, son battement, voire son grondement, celui de chaque individu au milieu de la foule, de chaque identité au cœur du peuple, des citoyens qui font, tous ensemble, la nation – une certaine idée de l’espace commun de notre République.
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Bérangère Fromont et Émilie Houssa, République, Marseille, Chose commune, 272 pages, 55 euros.




