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Entretien

Nicholas Fox Weber : « Anni Albers a déployé une incroyable énergie pour sauver ses parents des nazis »

À l’occasion de la parution de son livre Anni Albers. A Life, le directeur exécutif, depuis cinquante ans, de la Josef and Anni Albers Foundation, à Bethany, aux États-Unis, évoque son parcours, le couple d’artistes et cette institution.

Propos recueillis par Christian Simenc
31 août 2026
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Nicholas Fox Weber. © Miguel Lorenzo

Nicholas Fox Weber. © Miguel Lorenzo

Dans quel milieu êtes-vous né ?

J’ai grandi dans une famille très originale à West Hartford, dans le Connecticut, une banlieue américaine ordinaire avec ses maisons au toit à deux pentes. Ma mère était peintre et avait un atelier au dernier étage de notre maison, mon père était imprimeur – deux activités qui allaient beaucoup compter dans ma vie. Tous les matins, je lisais le journal avec mon père, lui les pages sport, moi les bandes dessinées. Dans la salle à manger, de Pablo Picasso, il y avait un plat au poisson et trois assiettes [qui décorent aujourd’hui son appartement parisien], ainsi qu’une magnifique céramique en forme de hibou. Ma mère et mon père les avaient achetés à Vallauris [Alpes-Maritimes] en 1952. À l’époque, rares étaient les Américains à s’y rendre. Mes parents étaient communistes. Pablo Picasso l’a appris et leur a donné une superbe affiche signée qu’ils ont accrochée et que j’ai toujours admirée. Près de la porte d’entrée, il y avait une tapisserie Mimosa d’Henri Matisse. Je tiens à souligner qu’alors nous n’étions pas riches. Certaines pièces valaient 10 dollars. La tapisserie en avait coûté 100. Mes camarades s’en amusaient beaucoup. Eux avaient grandi entourés de peintures très classiques représentant des granges rouges américaines.

Comment s’est passée votre enfance ?

C’était un environnement à la fois artistique et politique. Mes parents étaient donc communistes, mais personne ne le savait. Ils avaient peur de l’ébruiter, car, dans les années 1950, Joseph McCarthy traquait tout militant ou sympathisant. Ils ne m’en ont jamais parlé. Je ne l’ai découvert qu’à la fin des années 1990, peu avant la mort de ma mère. Je lui ai posé des questions, mais elle évitait d’évoquer cette période de terreur. Elle m’a raconté que, lorsque j’avais 9 ou 10 ans, deux hommes du FBI sont venus chez nous et ont dit à mon père : « M. Weber, votre imprimerie est une réussite. Vous pourriez avoir davantage de succès si vous travailliez pour [l’entreprise de construction aéronautique] United Aircraft. Nous pourrions même nous arranger pour que cela se fasse sans appel d’offres. Nous avons juste besoin des noms de vos amis… » Papa, qui était toujours très calme, les a raccompagnés à la porte avec un simple « Bonsoir ! » Voilà mon enfance. Par la suite, ma sœur et moi avons découvert des lettres entre mon père et ma mère qui débutaient par « Cher camarade… » Leur fête de fiançailles avait en réalité été organisée pour envoyer en Espagne de l’argent aux républicains qui se battaient contre les nationalistes, partisans de Francisco Franco.

Quel a été votre premier contact avec l’art ?

Avant tout par les tableaux de ma mère. Il y en avait dans toute la maison. Un jour de 1958, j’ai visité le très beau musée d’art Wadsworth Atheneum, à Hartford. J’y ai été subjugué par une toile de Piet Mondrian. J’avais 10 ans. Étonnamment, elle m’évoquait le ski et les montagnes. J’ai par la suite écrit une biographie sur ce peintre, et une partie de l’ouvrage a consisté à essayer de comprendre quels étaient les ressorts mis en place par l’artiste pour enchanter ainsi un enfant de 10 ans.

Et votre premier souvenir d’architecture ?

Il est parfaitement clair ! J’avais 9 ans quand un hôtel Hilton a été construit à Hartford. Il avait la forme d’un parallélépipède. Dans le centre-ville, tous les autres immeubles étaient ornementés. Mais j’aimais ce pavé rectangulaire, il m’a bouleversé. Dans la banlieue, je me rappelle aussi d’un grand magasin Lord & Taylor dessiné par le designer Raymond Loewy. Ces deux exemples furent mon initiation à l’architecture moderne.

« [Nous souhaitons honorer] les valeurs des Albers. Nous croyons en l’indépendance, au courage et au talent artistique. »

Vous êtes-vous intéressé à l’art dès vos années de lycée, bien avant vos études au Columbia College, à New York, puis à Yale University, à New Haven ?

Mon premier contact avec l’art date du début des années 1960. Pour un cours d’histoire, j’ai écrit un texte sur la peinture américaine des années 1930 engagée socialement, avec des artistes tels Ben Shahn et Thomas Hart Benton. Puis, pour un cours de français, j’ai travaillé sur les portraitistes du XVIIIᵉ siècle comme Maurice-Quentin de La Tour et Élisabeth Vigée Le Brun. À la maison, je lisais en anglais les Mémoires du duc de Saint-Simon et des romans de Françoise Sagan. J’avais une obsession pour la France. Mes parents m’ont emmené à Paris pour la première fois quand j’ai eu 14 ans. Puis j’ai choisi d’étudier l’histoire de l’art. L’un de mes professeurs au Columbia College était Meyer Schapiro. Il donnait un cours brillant sur l’art médiéval.

C’est en 1971, alors que vous êtes à l’université, que vous rencontrez pour la première fois Josef et Anni Albers.

J’ai étudié à Yale entre 1969 et 1971. Lors de ma première année, la mère d’une amie m’a invité dans leur maison à Cambridge, dans le Massachusetts. Ils avaient huit tableaux de Josef Albers, deux tissages d’Anni Albers – à l’époque, je n’avais jamais entendu parler d’elle –, une œuvre de Giorgio Morandi, une de Jackson Pollock, une de Ben Nicholson… C’était époustouflant ! Et cela m’a laissé une forte impression. L’année suivante, cette même personne m’a emmené chez Josef et Anni Albers, qui vivaient non loin de là. Josef m’a demandé : « Qu’est-ce que tu fais, mon gars ? » À quoi j’ai répondu : « J’étudie l’histoire de l’art à Yale, mais je n’aime pas ça du tout parce que j’y perds ma passion. J’ai voulu, par exemple, parler des couleurs de Georges Seurat à un professeur qui évoquait ce peintre, et il m’a rétorqué que c’était un cours d’iconographie et non de peinture. » Josef m’a lancé : « Quels sont les autres de Yale que tu n’aimes pas ? » Anni n’a pas dit un mot, mais elle m’a regardé en souriant. Ils étaient tendres et bienveillants. Ce fut le début de mon histoire avec les Albers.

Entre 1971 et 1976, vous travaillez dans la société paternelle Fox Press, à Hartford. Continuez-vous à fréquenter les Albers ?

Un jour, j’ai demandé à Anni Albers si je pouvais écrire un livre sur elle. Elle a aimé l’idée, et j’ai commencé à la voir régulièrement. Je l’aidais aussi sur d’autres sujets. Je m’entendais à merveille avec Josef. Je les conduisais en voiture au Metropolitan Museum of Art, à New York, où ils m’invitaient à déjeuner dans la salle à manger du personnel. J’ai passé de plus en plus de temps avec eux, et nous sommes devenus très proches. Une autre chose très importante : connaissant un traiteur allemand, près de Hartford, je leur apportais du jambon de Westphalie, du pain noir et des patates avec de la mayonnaise vinaigrée. Ils adoraient ça !

Leur apportiez-vous également des nourritures spirituelles ?

J’aurais tout fait pour eux, tant je les aimais. Je les emmenais souvent à Tyler Graphics, leur atelier d’imprimerie. Un jour, ce devait être en 1975, Josef venait y signer des sérigraphies. Manque de chance, il s’y retrouve en même temps que David Hockney dont il détestait le travail. Et quand Josef n’appréciait pas quelque chose, vous le saviez ! Il avait toujours des choses horribles à dire sur David Hockney. Anni ne le connaissait pas, mais elle fut séduite par cet homme qui avait exactement la même chevelure que son mari lors de leur première rencontre ! Les deux hommes se sont présentés, et Josef lui a lancé : « Hockney ? Je connais ce nom. Vous et moi avons battu des records chez Christie’s, je l’ai lu dans le New York Times. Ravi de vous rencontrer ! »

En 1976, vous devenez, à 28 ans, directeur exécutif de la Josef and Anni Albers Foundation. De quelle manière cela s’est-il produit ?

C’est l’avocat Lee Eastman qui, à New York, a œuvré sur les statuts de la Fondation. Celle-ci a été créée en 1972, principalement pour éviter de payer d’énormes taxes, mais elle avait peu d’activités. Le jour du décès de Josef, le 25 mars 1976, Anni m’a appelé presque aussitôt, afin que je la rejoigne. Je ne suis pas allé à l’enterrement. Elle préférait que je garde leur maison, car elle avait peur des voleurs. Il y avait, dans les réserves, des centaines d’Homages to the Square. Anni a voulu que je rencontre leur avocat, un homme merveilleux, très compatissant, Lee Eastman, lequel m’a demandé si je pouvais les aider. L’enterrement était un samedi, j’ai commencé le lundi matin à travailler sur la succession des Albers. Un jour, Anni m’a enjoint de l’emmener à New Haven, où Josef possédait une réserve au sous-sol d’un bâtiment. La première chose que j’ai vue quand j’ai ouvert la porte était un dessin de Paul Klee. Je n’en croyais pas mes yeux, mes genoux tremblaient ! Il y avait, dans plusieurs dossiers, des œuvres des débuts de Josef, des photographies, des peintures… C’était rempli de trésors !

La Fondation s’installe ensuite dans un lieu physique.

À l’époque, en 1976, nous travaillions encore dans le sous-sol de la maison des Albers, et ce, jusqu’à la mort d’Anni en 1994. Deux ans auparavant, Hans, le frère de celle-ci, avait découvert que la fabrique de meubles dont leur famille était propriétaire à Berlin avait d’abord été spoliée par les nazis – la famille d’Anni était juive – puis était passée après-guerre dans le giron de la République démocratique allemande, mais pouvait être restituée. Nous l’avons recouvrée et aussitôt vendue. L’opération a rapporté un peu plus de 1 million de dollars. Cela nous a permis, en 1997, d’acquérir pour 400 000 dollars, un magnifique terrain d’environ 30 hectares à Bethany, dans le Connecticut, où nous avons fait construire un bâtiment pour abriter la Fondation ainsi qu’un atelier d’artiste.

Nicholas Fox Weber. © Miguel Lorenzo

Entre-temps, vous avez ouvert, en 1983, le Josef Albers Museum Quadrat, à Bottrop, en Allemagne. Pourquoi cet endroit ?

Parce que c’est la ville natale de Josef. Aux États-Unis, personne n’aurait édifié un musée en son hommage. Les Allemands, eux, avaient l’argent pour le faire si nous leur donnions des œuvres. Anni et la Fondation ont offert conjointement quatre-vingt-onze peintures et une large sélection de sérigraphies. Cela a permis de mettre Bottrop sur la carte du monde de l’art. Pour l’inauguration, les orateurs étaient au nombre de trois : le chancelier allemand Helmut Kohl, le vice-président des États-Unis George Bush senior et… moi-même. J’ai prononcé mon allocution en allemand parce que je voulais absolument me différencier de celle de George H. W. Bush qui parlait avec un fort accent américain. Helmut Kohl a fait un beau discours, dans lequel il a évoqué la manière dont les Albers avaient dû fuir l’Allemagne nazie il y a cinquante ans. On m’a ensuite présenté George Bush, lequel s’est exclamé : « Nick Weber ! Nous savons tout de vous ! » J’ai immédiatement pensé que j’avais un dossier au FBI qui indiquait que mes parents étaient communistes. Helmut Kohl, lui, m’a dit des mots que j’ai beaucoup appréciés : « Je suis sûr que Josef Albers aurait préféré remercier tous les ouvriers qui ont participé à la construction du bâtiment plutôt que des gens chics. » Le chancelier et sa femme furent très réceptifs. Les Bush, au contraire, un cauchemar…

Depuis 1988 et la première grande rétrospective consacrée à Josef Albers au Solomon R. Guggenheim Museum, à New York, vous n’hésitez pas à coiffer votre casquette de commissaire d’exposition. Pour quelles raisons ?

L’exposition du centenaire de la naissance de Josef Albers au Guggenheim fut une très mauvaise expérience. Certes, j’avais travaillé avec la commissaire, mais ce ne fut pas joyeux. Nous avons réalisé l’accrochage ensemble, et, deux jours avant l’inauguration, je lui ai fait promettre de ne rien bouger. Lorsque je suis revenu pour le vernissage, tout avait changé… Ce fut horrible, une vraie trahison. Josef m’avait d’ailleurs prévenu : « Méfie-toi de tous les directeurs de musée, ce sont des porcs ! » Heureusement, il y a aussi de bonnes expériences. En 2021, j’ai passé un moment merveilleux avec Fabrice Hergott, le directeur du musée d’Art moderne de Paris pour préparer l’exposition « Anni et Josef Albers. L’art et la vie ». Il a été un fantastique collègue et m’a permis de réaliser mon rêve : montrer ces deux artistes ensemble dans cet espace. Je n’ai pas la main sur toutes les manifestations organisées sur les Albers. Celle sur Anni présentée par la Tate Modern, à Londres, en 2018, a été faite sans moi par exemple. Tout comme celle sur Josef Albers et László Moholy-Nagy [« Albers and Moholy-Nagy : from the Bauhaus to the New World »], au même endroit, douze ans plus tôt, laquelle était, à mon avis, une erreur, parce que ces deux-là n’aimaient pas leurs travaux respectifs. En revanche, je suis très heureux de l’exposition sur Josef Albers proposée actuellement à la Villa Panza¹, à Varèse, en Italie, un splendide espace dans lequel ses vingt-neuf peintures émergent si fortement…

Vous écrivez également beaucoup de livres.

Je pourrais consacrer ma vie aux travaux de Josef et Anni Albers, mais je ne veux pas faire que ça, c’est une question d’équilibre personnel. D’autres choses m’importent. Très tôt, j’ai publié un livre sur le peintre américain Leland Bell (Hudson Hills Press, 1986) tout en organisant une rétrospective de ses œuvres à la Phillips Collection, à Washington. Dans le même temps, j’en ai coécrit un sur sa femme, la peintre islandaise Louisa Matthíasdóttir (Small Paintings, Hudson Hills Press, 1987). En parallèle, on m’a demandé de rédiger un ouvrage sur… Babar, puis un autre sur Five Patron Saints (Knopf, 1992) de l’époque moderne, dont le mécène Edward Warburg. C’est lui qui a fait émigrer Anni et Josef Albers aux États-Unis. Ma maison d’édition, Knopf, m’a ensuite commandé un livre sur Balthus (A Biography, 1999 ; Une biographie, Fayard, 2003), dont j’aime beaucoup l’œuvre. Ma femme et moi avions acheté un de ses dessins. Mais ce fut un vrai défi, car Balthus prévenait que « personne ne [pouvait] écrire sur [lui] ». Cela m’a pris en effet sept ans d’écriture. J’ai également travaillé pendant neuf ans sur une biographie de Le Corbusier (A Life, 2008 ; C’était Le Corbusier, Fayard, 2009) et dix ans sur celle de Piet Mondrian (His Life, His Art, His Quest for the Absolute, 2024)… Tout cela, bien sûr, en poursuivant mon activité pour la Fondation !

En 2005, vous avez fondé Le Korsa, une ONG destinée à apporter une aide médicale et à soutenir l’éducation au Sénégal. Dans ce pays, vous avez inauguré le centre culturel Thread, à Tambacounda. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, nous avons fait édifier par la Japonaise Toshiko Mori une résidence d’artistes baptisée Thread. L’architecte suisse Manuel Herz a quant à lui réalisé une aile de l’hôpital de Tambacounda. Nous souhaitons maintenant construire un musée dans cette ville. Il s’agit de notre plus grand projet à ce jour. Tambacounda est dans une région rurale vraiment isolée, où les habitants n’ont pas les moyens de payer les transports pour se rendre à Dakar. Ils n’ont jamais eu l’occasion de se confronter à l’art. Notre musée leur montrera l’art africain, l’art contemporain et quelques œuvres des Albers. Je veux qu’ils puissent bénéficier des opportunités que j’ai eues.

Pourquoi avoir choisi cette région d’Afrique ?

Tout, dans ma vie, arrive par hasard. En 1999, j’ai séjourné à Paris pour faire des recherches pour mon livre sur Le Corbusier et pour collaborer avec l’architecte Gae Aulenti sur l’exposition « Anni Albers » programmée au musée des Arts décoratifs. À l’occasion d’un rendez-vous médical, j’ai fait la connaissance du dermatologue Gilles Degois qui s’occupait d’une ONG dans les villages ruraux du Sénégal. Six mois plus tard, nous partions tous les deux, lui, avec une valise de poches de sang pour l’hôpital, moi, avec une valise de brosses à dents à distribuer dans les écoles.

Le 29 mars 2026, pour fêter vos cinquante ans à la tête de la Fondation, a été lancé le prix Nicholas Fox Weber, doté de 25 000 dollars [environ 22 000 euros]. De quoi s’agit-il ?

L’idée ne vient pas de moi. Certaines personnes ont souhaité m’honorer avec ce prix. À l’instar des résidences d’artistes existant déjà dans trois pays – États-Unis, Sénégal, Irlande –, il est destiné à soutenir un créateur : écrivain, commissaire d’exposition, réalisateur, plasticien, etc. Nous désirons mettre en avant les valeurs des Albers – ce qui ne veut aucunement dire imiter leur travail. Nous croyons en l’indépendance, au courage et au talent artistique. Mais attention : « No Bullshit! » [« Pas de conneries ! »] Il y en a tant aujourd’hui dans l’art… Et certains artistes sont si prétentieux !

« [Ce livre] contient des déclarations et des faits étonnants, un grand nombre d’éléments inattendus. »

Êtes-vous collectionneur ?

J’ai un petit nombre de pièces. À Paris, je détiens deux œuvres d’André Derain et une, magnifique, d’Anni Albers, qu’elle a créée à la toute fin de sa carrière, lorsque ses mains tremblaient, et qu’elle a décidé d’utiliser ce tremblement plutôt que de l’empêcher. Je n’ai pas beaucoup d’argent pour acheter de l’art, mais parfois, ma passion prend les devants. Je n’ai ainsi pas pu résister face à un dessin de Pierre Bonnard. Dans notre maison du Connecticut, nous possédons un très bel Homage to the Square de Josef, un cadeau d’Anni.

Nicholas Fox Weber, Anni Albers. A Life, New Haven et Londres, Yale University Press, 2026, 408 pages, 38 dollars.

Le livre que vous publiez s’intitule Anni Albers. A Life, soit « une vie », à commencer par la vôtre ?

Comme je l’ai dit précédemment, j’ai eu l’idée d’écrire une biographie sur Anni au début des années 1970. Cet ouvrage est donc basé sur des entretiens que j’ai eus avec elle entre 1972 et 1973, mais que j’avais complètement oubliés. Elle m’avait raconté tant de choses extraordinaires… C’est à présent un livre fort différent. Lorsque je le rédigeais, d’innombrables souvenirs me sont revenus ; j’ai fait aussi beaucoup de recherches. Il contient des déclarations et des faits étonnants, un grand nombre d’éléments inattendus. J’ai ainsi découvert, avec surprise, l’incroyable énergie qu’Anni avait déployée pour sauver ses parents des nazis. Elle ne m’en avait jamais parlé. J’ai exhumé ce fait de ses lettres et du carnet intime de sa mère. Anni était si courageuse. Dans cette biographie transparaît aussi son amour excessif pour un grand séducteur, le comédien autrichien Maximilian Schell, qui avait reçu, en 1962, l’Oscar du meilleur acteur [pour son rôle de Hans Rolfe] dans le film Jugement à Nuremberg (1961, Stanley Kramer). C’était après la mort de Josef…

  1. « Josef Albers. Meditations », 9 avril 2026-10 janvier 2027, Villa e Collezione Panza, Varèse, Italie.

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Nicholas Fox Weber, Anni Albers. A Life, New Haven et Londres, Yale University Press, 2026, 408 pages, 38 dollars.

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