« Une fois que l’on connaît un petit peu un jardin, on a une relation différente avec ce jardin-là », explique Jacques Perconte. Pour préparer « À fleur de forêt », présenté dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste 2026, l’artiste est revenu trois fois à Varengeville-sur-Mer, pendant une semaine et à différentes saisons. Il a filmé deux jardins et un bois entretenu, notamment la propriété de collectionneurs américains où les érables composent une véritable forêt. La lumière, le vent et la familiarité progressive avec le lieu ont modifié à chaque séjour sa manière de regarder.
Les trente-deux images exposées au musée Michel Ciry ne sont pourtant pas des photographies. Chacune est prélevée dans un flux vidéo dont il bouleverse l’encodage. Les couleurs et les textures passent d’une séquence à l’autre, tandis que les arbres et les fleurs se reconstruisent à travers les images précédentes. Le tirage devient ainsi « une espèce d’arrêt du temps, mais qui contient tout ce qui s’est passé depuis le début de mes manipulations ».
En effet, depuis vingt-cinq ans, l’artiste développe cette technique à partir d’outils ordinaires employés à rebours de leur utilisation habituelle. QuickTime lui sert de simple boîte de lecture, comparable selon lui à « un piano préparé ». Il ne superpose pas les images : il agit sur un même flux de données, de sorte qu’un monochrome jaune, une feuille d’or ou un massif de fleurs laisse son empreinte sur des arbres filmés plus tard. « C’est un peu comme de la cuisine, poursuit-il. On sait que si l’on chauffe telle chose pendant telle durée, cela va produire tel résultat, mais si l’on va trop loin, cela brûle. »
La maîtrise de l’outil ne supprime pas l’accident. Elle permet au contraire de le provoquer et de l’accompagner. Jacques Perconte se méfie des effets numériques trop reconnaissables, qui réduisent l’œuvre à la démonstration d’un procédé. « Ce qui est le plus important pour moi, c’est d’avoir des surprises », affirme-t-il. Certaines images apparaissent presque immédiatement ; d’autres naissent après plusieurs jours de manipulation et des milliers d’essais.
Le travail se poursuit au moment de l’impression. Les tirages sont uniques : une fois l’image imprimée, l’artiste ne la reproduit plus. Il ne cherche pas à retrouver exactement les couleurs de l’écran, mais observe la manière dont l’imprimante réagit à des fichiers qui excèdent les normes habituelles. L’encre et le papier deviennent à leur tour des instruments. « J’essaie d’arriver vraiment à quelque chose de très délicat, où une relation se développe », confie-t-il à propos de ce lent travail d’ajustement.
Jacques Perconte limite volontairement le format de ses tirages. Agrandies, les images perdraient la densité recherchée. « Quand on voit un arbre, il a cette magie-là parce qu’il y a cette incroyable densité de formes et de mouvements à l’intérieur », observe l’artiste. Il faut s’approcher pour percevoir les écarts de couleur, les traces de pixels et les mouvements contenus dans l’arrêt sur image.

Vue de l’exposition « Jacques Perconte – À fleur de forêt », au musée Michel Ciry, à Varengeville-sur-Mer. © Erika Vati
Cette attention aux variations infimes explique l’importance de la série. Plusieurs images presque semblables sont placées côte à côte au musée Michel Ciry afin de rendre visibles de légers déplacements de matière ou de lumière. Jacques Perconte rapproche sa méthode de celle de Claude Monet, moins par une volonté d’imitation que par un même attachement au motif. Lorsqu’il part filmer, il prévoit un vaste parcours, puis reste souvent au premier endroit rencontré : « Je suis pris par ce qui se passe déjà là. Finalement, je vais trouver tout ce dont j’ai besoin à cet endroit-là. »
À la gare de Rouen-Rive-Droite, « À fleur de mer » déploie sur un écran de cinq mètres sur quatre une vidéo conçue selon le même procédé. Des vues de fleurs et de mer fusionnent lentement, entre figuration et abstraction. « Les couleurs vont doucement se diluer, un peu comme si on les avait déversées dans l’eau, explique Jacques Perconte. Elles sont emportées par les courants ». Des oiseaux et des insectes traversent ainsi cette pièce volontairement calme, pensée pour l’environnement chargé de la gare. Mais, sa boucle demeure imperceptible. Les deux expositions s’inscrivent en définitive dans une recherche appelée à se poursuivre. « L’exposition, ce n’est pas un point de chute, c’est un passage », conclut Jacques Perconte.
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« Jacques Perconte – À fleur de forêt », jusqu’au 1er novembre 2026, musée Michel Ciry, 6 bis, rue Marguerite-Rolle, 76119 Varengeville-sur-Mer
« Jacques Perconte – À fleur de mer », jusqu’au 31 août 2026, gare de Rouen-Rive-Droite, place Bernard-Tissot, 76000 Rouen




