Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'éditorial de la semaine
L'actualité des galeries
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
L'éditorial de la semaine
L'actualité des galeries
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
Expositions
Actualité

Pierre Paulin, designer enfin phare du XXe siècle

Le musée Fabre, à Montpellier, consacre une vaste rétrospective à Pierre Paulin, retraçant quatre décennies de création, de ses premiers meubles de série à ses assises devenues iconiques. Point d’orgue du parcours, le fumoir conçu pour l’Élysée à la demande de Georges et Claude Pompidou y est présenté pour la première fois depuis son démontage en 1974.

Christian Simenc
22 juillet 2026
Partagez
Vue de l’exposition « Le design selon Pierre Paulin » au musée Fabre à Montpellier. Photo Christophe Ruiz pour le musée Fabre

Vue de l’exposition « Le design selon Pierre Paulin » au musée Fabre à Montpellier. Photo Christophe Ruiz pour le musée Fabre

Il se plaignait souvent de ne pas avoir été, dans l’Hexagone, estimé à sa juste valeur : « Je n’aurais rien fait si je n’avais pas travaillé pour des Hollandais, pour Artifort, qui m’a propulsé en Amérique, au Japon. J’étais reçu en Italie, à Milan, j’étais publié dans Domus. À l’étranger, j’étais exposé dans les musées, j’ai reçu des prix ! En France, je n’étais pas connu ! (1) » Après une première exposition, en 2016, au Centre Pompidou, à Paris, le designer Pierre Paulin (1927-2009) bénéficie cette fois au musée Fabre, à Montpellier, d’une rétrospective d’ampleur intitulée « Le design selon Pierre Paulin », construite autour de la présentation – une première ! – du fameux fumoir du Palais de l’Élysée. Il s’agit là, évidemment, de la pièce maîtresse de l’opus montpelliérain, a fortiori parce que ce fumoir n’a plus été vu depuis un demi-siècle, soit en 1974, époque où Valéry Giscard d’Estaing, peu sensible à la contemporanéité de son prédécesseur Georges Pompidou, l’avait fait démonter et mettre en caisses sitôt arrivé à l’Élysée. Cet ensemble avait été commandé, en 1971, par Georges Pompidou et son épouse Claude, lesquels comptaient bien bousculer la décoration ô combien classique du « Château » en faisant entrer, à tout le moins en leurs appartements privés, une louable modernité.

Designer alors en vogue, Pierre Paulin esquissera, en réalité, trois salles : outre le fumoir, il aménage aussi une salle à manger – coiffée d’un plafond-lustre orné de 9 000 tiges de cristal –, ainsi qu’un « salon aux tableaux » – avec sièges en cuir retourné couleur chamois et tables basses en verre fumé –, dont on peut voir, ici, une reconstitution proche de l’original. Une maquette et un plan explicitent d’ailleurs ce triple espace, tout comme un extrait du journal télévisé de 20 heures, dans lequel le designer détaille son projet. Salon en forme d’hémicycle, le fumoir consiste en une suite de structures métalliques autoportantes – il ne fallait, en aucun cas, s’appuyer sur les murs historiques –, habillées d’un textile souple et englobant de couleur grège permettant d’unifier banquettes, murs et plafond, un concept éminemment novateur à l’époque. Restauré de pied en cap par le Mobilier national, il illustre à l’envi une section intitulée « Années 1970 ». Or, il y a un « avant » et un « après » l’Élysée. C’est ce que montre, par décennies – des années 1940 aux années 1980 –, le reste du parcours.

Vue de l’exposition « Le design selon Pierre Paulin » au musée Fabre à Montpellier. Photo Christophe Ruiz pour le musée Fabre

Tout commence après la Seconde Guerre mondiale. C’est l’oncle paternel Georges Paulin, styliste automobile de son état et inventeur du premier coupé cabriolet décapotable, qui donne le virus du design à son neveu. Pierre Paulin étudie l’architecture intérieure au Centre d’art et de techniques – aujourd’hui École Camondo –, à Paris. L’un de ses professeurs et également décorateur, Maxime Old, qu’il vénère, l’envoie travailler chez son confrère Marcel Gascoin, spécialiste du meuble en série. En 1953, pour la firme Thonet - France, Paulin dessine un bureau (CM141) et une chaise (CM131), ici exposés, destinés à meubler les logements de la reconstruction, et expose, pour la première fois, au Salon des arts ménagers. Mais c’est à l’orée des années 1960 qu’a lieu le grand tournant : « Il fallait raser le passé pour construire l’avenir. C’est ce qui fait la force des jeunes. Ils ne voient que leurs rêves », dira, plus tard, le designer. Débute alors une collaboration durable avec l’éditeur néerlandais Artifort, laquelle lancera véritablement sa carrière. Le visiteur pourra ainsi admirer une multitude de sièges notoires, tels les fauteuils F577 dit Tongue, façon chips colorée ; F582 dit Ribbon, tel un ruban ondulant dans l’espace ; et également le F598dit Groovy ou le F560 dit Mushroom. Composées d’une armature métallique habillée de jersey extensible, ces assises bariolées aux looks très pop art – même si Paulin s’en défendait : « Pop, moi, c’est ridicule. Je ne connaissais pas Andy Warhol » — feront sa renommée. Le designer détestait pourtant leurs noms anglo-saxons, comme le rappelle cette citation affichée sur une cimaise : « Oh ça, Mushroom, je trouve le nom laid ! Les objets n’ont pas besoin de noms, ils ont leur propre personnalité par leur image ! »

Un regret néanmoins : hormis le mobilier, ses recherches sur la très grande série, au sein de l’agence ADSA, n’est évoqué qu’avec parcimonie – un fer à repasser Calor, une chaise longue Allibert –, celui sur ses identités visuelles pas du tout. Dommage.

Nombre de pièces, dont l’amusant « Tapis-siège », proviennent de la propre maison du designer, à Saint-Roman-de-Codières, dans le Gard, à une grosse heure de route du musée. Sis au pied du Mont Aigoual, dans les Cévennes, l’ancien antre refuge du designer où vit sa veuve Maïa Wodzislawska-Paulin, devrait accueillir, à partir de l’été 2027, le futur « Centre Pierre Paulin », lequel sera chargé, notamment, des archives du créateur.

« Le design selon Pierre Paulin », jusqu’au 1er novembre 2026, Musée Fabre, 39 boulevard Bonne Nouvelle, 34000 Montpellier

ExpositionsPierre PaulinDesignPop ArtClaude PompidouAndy WarholValéry Giscard d’EstaingLe Mobilier national
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

Art Paris Art FairAnalyse
1 avril 2025

French Design Art Edition, vitrine de l'excellence du savoir-faire français au Grand Palais

Art Paris inaugure cette année un secteur dédié au design et aux arts décoratifs contemporains français. French Design Art Edition réunit une large sélection de créateurs, de fabricants et d’éditeurs, tous très impliqués dans l’innovation.

Nicolas Denis
Musées et institutionsAnalyse
17 février 2021

Le mobilier de designers s'installe dans les musées

De plus en plus de musées font appel à des designers pour qu’ils créent un mobilier sur mesure pour leurs espaces. De Martin Szekely au Louvre aux frères Bouroullec à la Bourse de Commerce en passant par Constance Guisset à Fontevraud, les créateurs s’adaptent à l’histoire des différents lieux, auxquels ils apportent une touche contemporaine.

Anne-Lys Thomas
ExpositionsCritique
18 juin 2021

Le design au quotidien à Saint-Etienne

Quoique nous ne l’identifiions pas toujours, le design fait intrinsèquement partie de notre existence. C’est sur la base de ce constat qu’a été conçue une exposition chronologique intitulée « Déjà-vu, le design dans notre quotidien », au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne.

Christian Simenc